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Les écrits féminins non-fictionnels du Moyen Âge au XVIIIe siècle
Un inventaire raisonné

Trois sélections pour la Renaissance de la recherche en cours

Nous avons le plaisir de vous présenter pour la Renaissance trois entrées de femmes écrivains de la Renaissance. Pour chaque auteure se trouve une notice biographique, une fiche signalétique, et une sélection de localisations en France, au Québec et au Canada. Voici trois exemples de ce que comportera le répertoire pour le XVIe siècle.

BEAUJEU, Anne de, duchesse de Bourbon, dite Anne de France (1461-1522)

COLIGNY, Louise de, princesse d'Orange (1555-1620)

JUSSIE, Jeanne de (1503-1565)


BEAUJEU, Anne de, duchesse de Bourbon, dite Anne de France (1461-1522)

Les Enseignements d'Anne de France, duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne, à sa fille Susanne de Bourbon, publiés par A.-M. Chazaud, Marseille, Laffitte, 1978, [1re éd. : Lyon, Le Prince, s.d., rédigé entre 1503 et 1505], 338 p.

[Reproduction en fac-similé de l'éd. de 1878 à Moulins par C. Desrosiers, d'après les manuscrits de Saint-Pétersbourg]

BNF : 8-Z-48978

Autres éditions et/ou localisations des Enseignements d'Anne de France

UL : DC 107.2 A613 1878
BNF
: 23630
RES-M-R-5
Microfiche m. 20262
R104412
D-80044
Microfilm M-14652

Notice biographique

Surnommée l'aisnée des filles de fortune, Anne de France vient au monde en 1461, la même année que son père, Louis XI, est sacré roi de France. Elle est très tôt unie à Pierre de Beaujeu, conseiller intime du roi, et de 21 ans l'aîné de la jeune princesse. Le mariage semble pourtant heureux, contrairement à celui de sa soeur Jeanne, liée au duc Louis d'Orléans.

Malgré son jeune âge, Anne de Beaujeu est nommée tutrice de son frère cadet, Charles, dauphin de la couronne de France. Lorsque Louis XI meurt en 1483, Anne devient régente, dirigeant le royaume jusqu'à ce que son frère atteigne la majorité. Durant cette période, non seulement doit-elle s'occuper des affaires de l'État, mais elle doit aussi préserver la vie de Charles, sans cesse menacé par la noblesse qui le croit sans défense. Anne n'a cependant pas passé autant d'années auprès de son père en vain. Elle réussit à tenir fermement les rênes du royaume, et elle protège son frère en le changeant constamment de lieu.

Anne de Beaujeu démontre aussi une grande prudence et une grande prévoyance dans sa façon de régner. Elle anticipe la révolte féodale (aussi appelée la guerre folle) menée par Louis d'Orléans. Avec l'aide de ses deux généraux, Louis de la Trémoille et Imbert de Baternay, elle déjoue le duc et le force à la soumission. Aussi, voyant la fin de sa régence approcher, Anne se prépare à quitter la vie politique. Elle obtient pour son mari le duché de Bourbon, lui permettant ainsi de conserver une certaine influence sur Charles VIII, tout en demeurant à l'arrière-plan. Son dernier acte en tant que régente fut d'unir la Bretagne à la France, en mariant le nouveau roi à Anne la Bretonne.

En 1491, Anne de Beaujeu se retire dans son duché, où elle donne naissance à Susanne de Bourbon. Installée à la Chantelle, où on l'appelle « Madame la Grande », elle adopte son neveu, Charles de Montpensier, qu'elle élève elle-même. Cet éloignement de la cour n'est cependant pas permanent. Entre août 1494 et octobre 1495, Anne de Beaujeu reprend la garde de la France, alors que son frère, Charles VIII, part en expédition en l'Italie. C'est au courant de cette expédition que le roi apprend la mort de son premier fils, mort qui présage les autres à venir. De fait, Charles VIII décèdera en 1498 sans héritier, malgré les nombreuses grossesses de sa femme.

Louis d'Orléans monte donc sur le trône, devenant Louis XII, avec l'aide inespérée d'Anne de Beaujeu. En effet, l'influence de la duchesse de Bourbon sur la France est telle qu'elle aurait pu imposer son fils adoptif Charles de Montpensier comme le nouveau roi. Contre toute attente, elle appuie plutôt son beau-frère, obtenant cependant de lui que sa fille Susanne conserverait le duché de Bourbon à la mort de ses parents.

Lorsque Louis XII décède et que François Ier prend le trône, Anne de Beaujeu se voit écartée de la scène politique. La jalousie que la reine-mère Louise de Savoie semble avoir pour elle la touche peu, et elle paraît satisfaite de ne jouer qu'un rôle secondaire à travers son fils adoptif, devenu Charles de Bourbon, connétable de France. Anne de Beaujeu meurt en 1522, quelques temps après avoir uni à nouveau la France au Bourbonnais.

Fiche signalétique

Les Enseignements d'Anne de France

en partie sur le Rosier des guerres, écrit par Louis XI à l'intention de son fils Charles, et sur les Enseignements de saint Louis à sa fille Isabelle, les Enseignements d'Anne de France à sa fille Susanne ont été écrits entre 1503 et 1505 comme un guide de conduite pour suppléer à la mère dans l'éventualité de sa mort. Conseillant sa fille, qui n'a alors que quinze ans, sur divers sujets allant des relations étrangères aux plaisirs mondains, Anne de Beaujeu tente de préparer Susanne aux tâches qui l'attend comme duchesse de Bourbon, comme épouse et comme femme. Elle lui demande de toujours suivre la voie tracée par Dieu, d'agir avec courtoisie et humilité, tant avec ses supérieurs que ses inférieurs, et d'être constante et prévoyante. Comme le dit Chazaud, dans l'édition de 1878, « nous avons là le testament intellectuel et moral pour ainsi dire de la fille de Louis XI, le dernier mot de sa sagesse, le résumé de toute son expérience ».

À la suite des Enseignements se retrouve un « extrait d'une épistre consolatoire à Katherine de Neufville, dame de Fresne, sur la mort de son premier et seul filz ». Elle raconte la légende du jeune fils du sire de Chastel, capitaine du château de Brest, qui fut livré en otage au prince de Galles, et exécuté par lui sans raison. Si Anne de Beaujeu rapporte ce récit, c'est pour souligner à sa fille la conduite de cette mère, Katherine de Neufville, qui malgré son chagrin maternel, a su trouver le courage de ne pas déroger à son devoir de femme de haut rang. Il s'agit, pour Anne de Beaujeu, d'un exemple destiné à illustrer ses préceptes et ses enseignements.


COLIGNY, Louise de, princesse d'Orange (1555-1620)

Principale édition de la Correspondance de Louise de Coligny

Correspondance de Louise de Coligny, Princesse d'Orange, 1555-1620, éd. de Paul Marchegay, avec une introduction biographique et notes par Léon Marlet, Genève, Slatkine Reprints, 1970, 379 p.

[Contient également le testament de Louise de Coligny]

[Réimpression de l'éd. de 1887 à Paris par O. Doin]

UM : DC 121.8 L6 A25
UL
: DC 121.8 C696 A4 M347 1970
UC
: DC 121. 8. L6 A2 1970
BNF
: 8-M-37231

Autres éditions et/ou localisations de la Correspondance de Louise de Coligny

BNF : 8-M-5535
RES-M-M-39
8-LN27-35708
Microfiche LN27- 35708
R94823
8-LM3-3375(1)
Microfilm M-8273
4- LM3- 1385

Notice biographique

Le trait le plus marquant de l'existence de Louise de Coligny est qu'elle fut en quelque sorte éclaboussée du sang de ses proches. Fille de l'amiral de Coligny, chef des protestants français, elle agrée à 16 ans M. de Téligny, que son père favorisait. L'année suivante, en 1572, elle devait perdre et son père et son mari lors de la Saint-Barthélemy. Louise réussit toutefois à s'enfuir et elle se réfugie en Suisse, d'où elle reviendra en 1576 à la faveur de l'édit de Beaulieu. Elle se retire alors dans sa gentilhommière de Lierville, dans le Dunois, pendant sept ans. C'est alors que le libérateur des Pays-Bas, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, dit le Taciturne, demande sa main. De ses trois précédents mariages, il avait eu neuf filles et deux garçons, et l'aîné était prisonnier en Espagne. Louise accepte malgré les dangers d'épouser celui dont la tête était mise à prix par le roi d'Espagne. Quinze mois plus tard, en 1584, Guillaume de Nassau est abattu sous ses yeux dans leur maison de Delft. On craignait alors, dit-on, pour la raison de Louise. Elle venait à peine de lui donner un fils, Frédéric-Henri, qui devient le successeur de Maurice de Nassau, fils de Guillaume et nouveau prince d'Orange. Pour garder Frédéric-Henri à ses côtés, Maurice obligea Louise à rester dans les Pays-Bas et elle prit avec elle les plus jeunes filles du Taciturne.

Elle ne revint en France que dix ans plus tard, en 1594, avec deux de ses belles-filles qu'elle présente à la cour et auxquelles elle trouve deux brillants partis. Sa naissance et son titre lui méritent une place d'honneur, mais surtout Henri IV apprécie l'intelligence et la modération de cette huguenote fervente. En 1608, alors que Louise a 52 ans, il la prie de seconder ses ambassadeurs dans les négociations de paix entre les Pays-Bas et l'Espagne, qui aboutiront à la Trève de douze ans. À la mort du roi Henri IV en 1610, Louise quitte la cour, d'abord pour Lierville pendant trois ans, puis pour La Haye, avant de revenir en 1620 mourir au château de Fontainebleau.

Fiche signalétique

Correspondance de Louise de Coligny

La correspondance que nous a laissée Louise de Coligny n'épouse qu'imparfaitement les aléas de cette vie faite de courts tumultes et de longues retraites, même si elle s'échelonne sur 47 ans d'une existence qui en compta 65. Les deux premières lettres sont composées à dix-huit ans, pour des remerciements au Conseil de Berne qui a accueilli des réfugiés français. La lettres suivante date de dix ans plus tard. Louis y marque au comte Jean de Nassau, le frère cadet du Taciturne, le plaisir qu'elle éprouve d'être alliée à une famille dont il est un des fleurons. Les autres lettres composées dans son exil forcé en Zélande ou en Hollande après la mort du Taciturne seront également de circonstance, mais d'une autre nature. Son époux bénéficiait d'un solide appui financier des conseils des villes en raison de son rôle, appui qui ira ensuite à Maurice, laissant Louise et sa famille dans la gêne. Près de trente lettres aux états généraux, aux villes et surtout au Conseil d'Utrecht sont des demandes d'argent, des rappels de versements dus et non payés. Les autres lettres envoyées à la maison de Nassau se ressentent de ces préoccupations pécuniaires. Louise envoie également des invitations à son cousin Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne et ambassadeur du roi Henri IV, et à Leicester, favori d'Élisabeth d'Angleterre, en soulignant combien leur venue redonnerait du lustre à sa maison qui souffre de l'isolement dans lequel Maurice de Nassau la tient. Louise adresse aussi trois missives à des lettrés et coreligionnaires de son temps, à Du Plessis Mornay, à l'humaniste Scaliger et à François Hotman.

Son départ pour Paris en 1594 marque une transition soulignée par deux missives, la soixantième, dans laquelle elle recommande Frédéric-Henri à son cousin Guillaume de Nassau, car elle n'a pu obtenir de l'amener avec elle ; et une autre, envoyée de Paris à son ami le gouverneur Barnevelt, dans laquelle elle lui renouvelle son affection et redit son intention de travailler en France pour les intérêts de la Hollande. La majorité des lettres, envoyée à Maurice de Nassau, montre l'effort de Louise de bien marier ses deux belles-filles qui l'accompagnent à la cour, Charlotte-Brabantine, qui deviendra duchesse de La Trémoille, et Élisabeth, qui se décidera pour Henri de La Tour d'Auvergne, devenu duc de Bouillon. Ensuite, de 1594 à 1598, les échanges sont mondains, amicaux, d'affaires ou de nouvelles de la France à son neveu Guillaume de Nassau.

Sa première lettre à Charlotte-Brabantine de La Trémoille en 1598 marque le début d'une correspondance privilégiée. Soixante-quatre lettres suivront, expédiées de Paris comme des Pays-Bas, qui compteront beaucoup pour l'appréciation des talents d'épistolière de Louise. Si la première lettre est courte et banale, les suivantes deviendront progressivement plus variées, et surtout plus affectueuses. Pendant cette période d'échanges avec sa belle-fille, Louise en entretient d'autres avec une quinzaine de destinataires (et peut-être plus, puisque toute sa correspondance n'a pas été retrouvée). Elle soigne ses relations avec la Hollande, avec les époux de ses filles, avec les administrateurs de ses biens, et autres gens. La différence entre ces lettres et celles qu'elle envoie à Charlotte-Brabantine tient moins au contenu, car on y traite encore des affaires financières, politiques, mondaines et circonstancielles, qu'à l'orientation tout de même plus privée, quand s'ajoutent des considérations sur l'éducation de la petite Charlotte, la fille de Charlotte-Brabantine, ou sur la santé de son époux.


JUSSIE, Jeanne de (1503-1565)

Principale édition de la Petite chronique

Petite chronique, éd. critique de Helmut Feld, Mainz, P. von Zabern, 1996, 326 p.

[Contient une introduction substantielle, des commentaires en allemand, et le manuscrit en français.]

UT : BR/410/J87/1996X

BNF : 4-Z-5037 (167)

Autres éditions de la Petite chronique publiées sous divers titres

Le Levain du calvinisme ou commencement de l'hérésie de Genève, faict par révérende soeur Jeanne de Jussie, avec une notice sur l'ordre religieux de Sainte-Claire et sur la communauté des clarisses de Genève, par A. -C. Grivel, Genève, Frères Jullien, 1865, [1re éd. : Chambéry, 1611], 293 p.

BNF : M-28234

Relation de l'apostasie de Genève, Paris, R. Guinard, 1682, 340 p.

BNF : H-11358

Autre localisation

BNF : D-39687

Traduction de la Petite chronique

Istoria memorabile del principo dell' eresia di Genevra, testo italiano pubblicato dal P. Marcellino da Civezza, con una sua prefazione, 1882, 207 p.

BNF: 8-K-847

Notice biographique

Les informations sur Jeanne de Jussie sont rares mais suffisantes pour qu'il n'existe aucun doute sur la maternité du texte, même si soeur Jeanne n'a pas signé son texte et qu'elle ne parle d'elle qu'à la troisième personne. Les renseignements dont nous disposons ont été patiemment rassemblés par ses éditeurs successifs, Albert Rilliet, dès son édition de 1566, puis A.-C. Grivel en 1865, et tout récemment, Helmut Feld dans la décisive édition critique qu'il a fait paraître en 1996. Née à Jussy-l'Évêque, village où se trouvait le patrimoine familial, Jeanne est entrée à 18 ans, en 1521, au couvent genevois des Clarisses, ou religieuses de Sainte-Claire, ordre austère fondé à Assise en 1212 par Claire Sciffo, avec l'appui de saint François. Les Clarisses seront chassées de leur couvent de Genève dans la nuit du 2 juillet 1536 et la moitié des quelque trente religieuses quittera définitivement la ville à la fin d'août, alors que leur maison sera transformé en hôpital. Jeanne est à ce moment secrétaire du couvent. Elle suivra ses compagnes en exil et deviendra leur abbesse. Les soeurs se réfugieront d'abord à divers endroits en Savoie, dont Annecy et Chambéry, où Jeanne s'éteindra le 21 janvier 1565, à l'âge de 61 ans. Elle utilisera son talent pour l'écriture pour colliger, vers 1545, les souvenirs de ces quelques années genevoises tumultueres (pour employer un mot de Montaigne) précédant le depart force de la ville.

Fiche signalétique

Les diverses éditions et surtout les différents titres d'un même texte ne reprennent curieusement pas, sauf pour la traduction italienne, le titre de l'un des deux manuscrits trouvés à la bibliothèque publique genevoise, qui était Histoire memorable du commencement de l'Heresie de Geneve. L'édition de Chambéry en 1611 porte le titre, conservé par Grivel, de Levain du calvinisme, titre biaisé puisque le nom de Calvin n'apparaît jamais dans le texte de soeur Jeanne et que le réformateur ne viendra qu'en 1536, alors que la transformation en Ville-Église est déjà avancée. Le titre transformé par l'abbé de Saint-Réal en Relation de l'apostasie de Geneve, pour son édition en bon français de 1682, reflète plus fidèlement le contenu de l'oeuvre, qui est un document de première main pour suivre, en quelque sorte pas à pas, et pendant les années 1523 à 1536, les progrès de la Réforme, qualifiée ici de luthérienne, dans la ville de Genève et aux alentours.

Malgré le poudroiement des faits consignés, la Petite, ou grande, Chronique présente un tableau peint sur le vif des circonstances qui ont amené la majorité des Genevois à se ranger du côté de la Réforme, avec le corollaire fréquent à l'époque de l'interdiction du culte catholique et de la fermeture des églises et des couvents papistes. Elle commence par l'évocation de l'alliance des villes cantonales de Genève, Berne et Fribourg et par l'expulsion de 52 nobles et bourgeois alliés au pouvoir de Savoie. Et elle s'achève sur l'installation des Clarisses dans le couvent de Sainte-Croix d'Annecy. Si les événements des années 1526 à 1528 sont plus condensés, aucun détail significatif n'est omis pour les suivantes. En sous-titrant ce texte compact et lisse, Helmut Feld le divise en pas moins de 123 sections, distribuées sur 306 pages.

Bien que tous ces bouleversements soient relatés par une catholique fervente, le ton n'est pas haineux, mais s'apparente plutôt à une déploration, à une lamentation sur les errements et les excès qui ont produit ce changement monstrueux qui est de se détourner de sa foi. Maniant rarement l'invective, point notable pour une recension à chaud de scènes de pillages, d'iconoclasme de statues, de croix et d'images, d'insultes proférées contre les religieuses et les prêtres, Jeanne de Jussie laisser parler les faits dont seules la multiplicité et la diversité peuvent expliquer un revirement urbain aussi considérable. Y sont exposés, dans un certain désordre hiérarchique lié à la perspective chronologique, les divers étages de cette transformation. Celui des relations entre les grands de ce monde, le pape Clément VII, ses évêques et le roi de France, François Ier. Celui des forces guerrières, sur le champ de bataille comme entre les alliés de la maison de Savoie et les troupes des Suisses, mais aussi dans la rue entre citoyens, dans le Conseil de ville, et même dans le couvent d'où un homme tentera de faire sortir sa soeur religieuse de force. Celui des disputes théologiques, où la Réforme est enseignée par des prédicateurs venus de France et la religion traditionnelle est défendue par les évêques de Genève et de Chambéry. Celui des citoyens, regroupés souvent en syndics, où l'on assiste à l'éclatement des familles, entre convertis récents et fidèles catholiques. Alors s'opposent la fille et la mère, le frère et la soeur, le fils et le père, le moine hérétique et son prieur, l'écrivaine hérétique Marie Dentière, qui conjure les soeurs de sortir de leur couvent, et leur secrétaire Jeanne de Jussie. Avec comme toile de fond de cette instabilité les tumultes urbains ponctuels provoqués lors des messes, des vêpres, des processions, de Pâques ou simplement de la sonnerie des cloches, troubles qui conduisent certains de leurs fauteurs en prison ou au gibet. Comme nous sommes au XVIe siècle, tant d'affrontements ne peuvent que provoquer l'ire de Dieu, laquelle se manifeste par l'apparition de comètes, par celle de la peste, et par l'invasion des Turcs en Hongrie, autant de signes de l'impatience divine. Tout ce qu'enregistre alors Jeanne de Jussie, avec une acuité d'attention et un sens aigu de l'importance des détails, fournit un riche matériel qui permet de bien comprendre les progrès de la Réforme à Genève mais aussi d'extrapoler à partir de cette situation sur la façon avec laquelle elle a gagné tant de villes à la Renaissance.

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