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Les écrits féminins non-fictionnels du Moyen Âge au XVIIIe siècle
Un inventaire raisonné

Claire Le Brun-Gouanvic présente la problématique de la spécificité médiévale sous l'angle de:

La diversité des discours.

En dépit de l'attention portée, depuis une vingtaine d'années, aux femmes écrivains du Moyen Âge, malgré le nombre croissant de panoramas et de monographies, il demeure encore très difficile d'avoir une idée d'ensemble de leur production littéraire, et de l'accessibilité de celle-ci, en raison de la dispersion de l'information. Généralement absente des bibliographies de la littérature française, elle est dispersée dans les travaux d'historiens et les encyclopédies, notamment religieuses et elle apparaît de façon trop succinte dans les dictionnaires et les index consacrés aux femmes du Moyen Âge.

Un inventaire bibliographique, critique et suffisamment descriptif, devrait donner aux chercheur/e/s une vue générale des genres et des discours pratiqués par les femmes. Genres aussi divers que le traité (éducatif, politique, moral, religieux), le genre épistolaire, l'hagiographie, l'historiographie, les écrits d'inspiration mystique.

Trois types de questions se posent à qui veut dresser un tableau complet de la production littéraire des écrivaines françaises du Moyen Âge.

1. La transmission des textes. Quels textes retenir de la tradition manuscrite? L'inventaire doit-il se contenter des seuls textes qui ont déjà fait l'objet d'une édition ou renvoyer également à des catalogues de manuscrits?

2. Le genre des textes. Que peut-on appeler littérature non-fictionnelle au Moyen Âge? Les discours scientifiques, politiques, didactiques sont généralement enchâssés dans un encadrement narratif. Les traités prennent souvent la forme d'un récit allégorique qui a pour déclencheur un songe ou une vision. La dictinction prose/vers n'est pas toujours opérante non plus; jusqu'à la fin du Moyen Âge, les vers sont couramment utilisés dans les écrits à caractère didactique. Enfin, s'agissant de certaines formes littéraires propres au Moyen Âge, il paraît difficile d'appliquer les distinctions modernes fictionnel/non-fictionnel; poésie/prose (ex. la tenson, le dit).

3. La langue des textes. Dans l'état actuel du dépouillement, plusieurs cas de figure se présentent.

a) Textes écrits en latin: Beaucoup des textes de femmes, à visée didactique, sont écrits en latin (ex. le manuel d'éducation de Dhuoda écrit vers 860), ainsi que la plupart des écrits religieux. Pour certains de ces textes, nous disposons d'éditions modernes bilingues.

b) Textes écrits en langue vernaculaire: ancien français; moyen français; langue d'oc; franco-provençal.

c) Rédaction bilingue (latin et moyen français).

d) Traduction médiévale (du latin au moyen français).

En conclusion, il nous paraît indispensable de réunir en un même lieu toutes ces auteures qui ont pratiqué des genres et des discours divers, en latin et dans les différents dialectes écrits en France au Moyen Âge. Palliant les inconvénients des traditionnelles classifications génériques et linguistiques, l'inventaire devrait pouvoir rapprocher les plus connues --celles qui ont leurs entrées dans les histoires de la littérature, comme Marie de France et Christine de Pizan-- et les ignorées ou confinées au seul domaine religieux. Une brève description des contenus, résumée en mots-clefs, permettra d'établir des liens entre les auteures et, globalement, de mieux saisir la place des femmes dans les différents champs du savoir au Moyen Âge. Ce travail de défrichage contribuera à coup sûr à la compréhension des écrits postérieurs, du XVIe au XVIIIe siècles, particulièrement dans les domaines de l'épistolaire, et des écrits religieux et mystiques.

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