PRIX ET DISTINCTIONS
AWARDS AND HONOURS


- I -

Prix Vinay et Darbelnet
2003
Vinay and Darbelnet Prize


de
 l’Association canadienne de traductologie
pour le meilleur livre publié en 2001-2002
 


- II -

MÉRITE OTTIAQ
2004
OTTIAQ AWARD OF MERIT
 

Congrès annuel
Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec
Centre Mont-Royal, Montréal
(5 novembre 2004)


 


                 Photo:  Wang Yongqiu

 

"Le Mérite OTTIAQ vise à souligner des réalisations hors du commun ou des efforts échelonnés sur toute une carrière dans le domaine des professions langagières."

"The OTTIAQ Award of Merit is intended to recognize extraordinary achievements or valuable efforts over the course of one's career in the language professions."
 

PRÉSENTATION DU MÉRITE OTTIAQ

par
Monique C. Cormier, term. a.,

présidente de
l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec

Chers consoeurs, chers confrères,
Mesdames, Messieurs,

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les prix ou les distinctions qu’un Ordre comme le nôtre décerne au fil des années ont tendance à se faire un nid. Ainsi, c’est la coutume, allez savoir pourquoi, on devient membre d’honneur à l’occasion du Congrès de l’Ordre et le Mérite de l’Ordre est décerné à l’occasion de la Journée mondiale de la traduction, à la fin du mois de septembre.

Cette année, ces deux oiseaux ont échangé leur nid. En effet, le jeudi 30 septembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la traduction, l’OTTIAQ a remis le titre de membre d’honneur à une personne reconnue par le Bureau pour les services exceptionnels rendus à la profession et à l’Ordre. Il s’agissait, vous le savez sans doute maintenant, de Mme Betty Cohen, traductrice agréée. Je rappelle brièvement que Betty Cohen a été très active à l’OTTIAQ, entre 1982 et 2002, qu’elle a présidé notre Ordre en 1990 et qu’elle continue d’agir en faveur de l’Ordre au sein de la Fédération internationale des traducteurs, dont elle est la présidente depuis 2002.

Mais, revenons à nos moutons. Le choix du 30 septembre pour remettre ce titre à Betty Cohen en lieu et place d’aujourd’hui s’explique par le fait que nous savions qu’elle serait en Chine au cours de notre congrès. D’où l’échange de nids.

C’est donc maintenant que nous décernerons un autre prix très important pour l’Ordre, celui du Mérite OTTIAQ. Cette distinction vise à souligner des réalisations hors du commun ou des efforts échelonnés sur toute une carrière dans le domaine des professions langagières. Le premier Mérite a été décerné en 2001, c’est donc le quatrième que nous remettons cette année.

Les lauréats précédents ont été : Marie-Éva de Villers, Robert Dubuc, terminologue agréé et traducteur agrée, et Claude Bédard, traducteur agréé.

Avant d’annoncer le Mérite OTTIAQ 2004, permettez-moi de rappeler les principaux critères du prix.

Le Mérite est ouvert aux membres et aux non-membres de l’Ordre, ce qui accroît sa crédibilité et sa notoriété en ce sens que les langagiers qui se sont le plus démarqués, peu importe qu’ils fassent partie ou non de l’Ordre, peuvent recevoir cette distinction. Par exemple, Marie-Éva de Villers, linguiste et auteure réputée de dictionnaires, lauréate du premier Mérite, n’est pas membre de l’OTTIAQ.

Ensuite, les candidats au prix doivent avoir exercé l’une ou l’autre des différentes professions langagières, avoir été confrontés à plus d’une langue de travail et avoir touché à l’un ou l’autre des domaines reliés aux champs d’activité que sont l’enseignement, la gestion ou la recherche.

Mais, bien sûr, c’est finalement la quantité et la portée des réalisations d’un langagier ou d’une langagière, échelonnées sur une longue période, qui importent, qui donnent le poids et le vernis nécessaires pour que la candidature de cette personne fasse l’unanimité au sein du Comité des prix, puis du Bureau de l’Ordre.

En fait, les « Mérites », comme on les appelle, ce sont avant tout des « personnalités » du milieu langagier. Des personnes qui ont exploré une voie originale, qui se démarquent par la qualité de leur travail et par leur passion des langues.

Cette année, c’est encore une personne au parcours exceptionnel qui recevra le Mérite OTTIAQ. Une personne connue mondialement pour ses réalisations.

J’ai donc l’honneur et le bonheur d’annoncer le nom du lauréat du Mérite OTTIAQ 2004 : M. Jean Delisle, traducteur agréé et terminologue agréé.

Je cède maintenant la parole à ma collègue Aline Francoeur, qui va vous présenter notre lauréat et lui faire le nid qu’il mérite, tissé de branches, de feuilles et de fleurs de laurier.

____________

PRÉSENTATION DU LAURÉAT 2004

par
Aline Francoeur, term. a.

C’est pour moi un très grand honneur de vous présenter notre lauréat, honneur d’autant plus grand que je fais partie de ceux et celles qui ont terminé leur baccalauréat en traduction depuis dix ans ou moins et qui ont donc été formés selon les principes de La Traduction raisonnée. Pour nous, Jean Delisle est une figure légendaire, indissociable de notre cheminement universitaire.

Mais la carrière de Jean Delisle ne se limite pas à La Traduction raisonnée! Et je dois dire que résumer une telle carrière en cinq minutes tient pratiquement de l’exploit!  

Premier diplômé en 1978 de la prestigieuse École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs de l’Université Paris III (Sorbonne Nouvelle), Jean Delisle est connu à l’échelle nationale et internationale pour ses travaux dans le domaine de la pédagogie et de l’histoire de la traduction. Il dirige l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa, où il est professeur depuis trente ans.

Le dossier de publications de notre lauréat est particulièrement impressionnant et ne peut que faire l’envie des professeurs de ma génération! Il est en effet l’auteur de huit livres, de six chapitres de livres, d’une soixantaine d’articles parus dans des revues savantes, des ouvrages collectifs ou des revues professionnelles, et d’une trentaine de comptes rendus critiques parus dans diverses publications. Il a en outre dirigé ou codirigé la publication de huit ouvrages, prononcé plus de quarante conférences et animé une vingtaine d’ateliers et de séminaires à l’occasion d’événements scientifiques ou professionnels qui se sont déroulés un peu partout dans le monde et qui l’ont ainsi mené de Bruxelles à Madrid, en passant par Barcelone, Belgrade, Caracas, Genève, Le Caire, Paris, Séville et Washington, sans oublier Moncton, Montréal, Québec, Sherbrooke, Toronto et Winnipeg. Pas étonnant que sa renommée soit sans frontières!

Ce qu’il importe de retenir, toutefois, ce n’est pas tant le nombre de publications et de conférences auquel est associé le nom de Jean Delisle, mais plutôt l’apport de celles-ci à notre mémoire collective et à la visibilité de nos professions. Portraits de traducteurs, Portraits de traductrices, Les Traducteurs dans l’histoire sont autant de livres qui reflètent l’intérêt que porte Jean Delisle à l’histoire des professions langagières. D’autres ouvrages tels Les Alchimistes des langues, qui relate l’époque de la Société des traducteurs du Québec, et Au cœur du trialogue canadien, qui raconte cinquante ans dans la vie du Bureau de la traduction, nous ont permis de découvrir l’histoire de la traduction au Québec et au Canada. Toujours dans l’optique de donner de la visibilité aux traducteurs, interprètes et terminologues, Jean Delisle a créé en 1996 la collection « Regards sur la traduction », collection qu’il dirige aux Presses de l’Université d’Ottawa et dans laquelle une quinzaine d’ouvrages ont été publiés. Il a également organisé diverses expositions, sur Irène de Buisseret, sur l’histoire de la Société des traducteurs du Québec et sur l’histoire de la traduction au Canada.

En tant que professeure de traduction, j’aimerais par ailleurs insister sur le rôle de pionnier qu’a joué Jean Delisle dans l’enseignement de nos disciplines. En témoignent encore une fois plusieurs publications, dont La Traduction raisonnée. La riche réflexion pédagogique que mène Jean Delisle depuis trente ans est venu nourrir son enseignement, dont la grande qualité est reconnue par plusieurs générations de langagiers qui ont eu la chance de l’avoir pour professeur ou directeur de recherche. 

J’aimerais rappeler, en terminant, que la contribution de notre lauréat ne se limite pas au seul milieu universitaire. Depuis son adhésion à la Société des traducteurs du Québec en 1973, Jean Delisle a participé à la vie des associations professionnelles de multiples façons, en prenant part, notamment, aux travaux de divers comités au sein de la STQ, de l’OTTIAQ et de la FIT.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la carrière exceptionnelle de Jean Delisle, mais je m’arrêterai ici pour laisser à notre lauréat le temps de vous adresser quelques mots.

____________


Remerciements

par
Jean Delisle, trad. a, term. a.

Chers collègues et amis,

Je suis très touché de l’honneur que vous me faites en me décernant cette distinction pour l’ensemble de ma contribution à la profession. Je remercie chaleureusement la personne qui a présenté ma candidature, ainsi que les membres du Conseil qui l’ont reçue et acceptée. C’est pour moi une immense fierté que d’être porté au pinacle aux côtés de la trinité langagière que sont Robert Dubuc, le père, Claude Bédard, le fils, et Marie-Eva De Villers, la blanche colombe si inspirée et si inspirante...

Ce « Mérite OTTIAQ », je l’accepte volontiers, mais en sachant fort bien que nombreux sont ceux et celles qui le méritent et qui auraient pu être à ma place aujourd’hui. Mais le ciel de la reconnaissance de l’OTTIAQ est immense et un jour ils y auront leur place, à la droite du père, du fils et de la colombe! Sans faire un jeu de mots facile, je dois vous avouer, en toute honnêteté, que je n’ai pas beaucoup de mérite d’avoir réalisé tout ce qu’Aline Francoeur vient de vous énumérer : la profession que j’ai choisie m’a permis non seulement de mettre du beurre dans mes épinards, mais elle m’a aussi et surtout apporté de grandes satisfactions intellectuelles. Je suis de ces personnes qui exercent le métier de leur passion. Exercer le métier de sa passion est une autre définition du bonheur. Dans mon cas, travail intellectuel et loisirs se confondent. Je n’ai pas de mérite, j’ai de la chance.

Je suis venu à la profession en 1968 comme étudiant du premier programme de baccalauréat en traduction offert au pays. C’était à l’Université de Montréal, il y a de cela 36 ans. J’ai l’impression que c’est hier… Si c’était à refaire, je bouclerais la boucle de la même manière : je ferais d’abord mes classes en traduction (en espérant que, cette fois, mes professeurs utilisent comme manuel La Traduction raisonnée), ensuite je serais de nouveau traducteur, puis réviseur avant de passer à l’enseignement universitaire. Et j’ai des projets pour occuper mes loisirs pendant 36 autres années… Je choisirais encore comme domaines d’intérêt la pédagogie et l’histoire de la traduction pour garder un pied à la fois dans l’avenir et dans le passé de la profession : grâce à l’enseignement je prépare la relève et je suis donc tourné vers l’avenir, tandis que l’histoire me fait découvrir la riche expérience des traducteurs du passé, expérience qu’il est important de faire connaître.

Malgré tout, je suis néanmoins un peu mal à l’aise d’accepter cette distinction. Vous qui travaillez quotidiennement sur la ligne de front de la production, savez mieux que moi que les clients ne reconnaissent pas toujours votre travail à sa juste valeur. Trop souvent vous n’avez droit qu’à des miettes de reconnaissance. Pourtant, a écrit le poète et traducteur anglais Daniel Weissbort, « translators barely receive a mention, but they deserve a Nobel prize » (The Guardian, 23 novembre 2002). Heureusement que ce n’est pas dans les compliments ni les remerciements que réside la satisfaction d’exercer nos professions. D’ailleurs, la recherche effrénée de la gloire, « cette fumée que même les sages se disputent » (Louis de Sacy (1654-1727), est tout à fait étrangère à l’éthique du traducteur.

Cela dit, l’histoire de la traduction nous fournit de nombreux exemples d’auteurs traduits qui ont fait l’éloge de leur traducteur en des termes dithyrambiques. Nicolas Boileau est l’un d’eux. Lui-même traducteur d’auteurs grecs, il connaissait bien la complexité de l’art de traduire. Il n’a pas été ingrat envers son traducteur portugais, le comte d’Ériceyra. Jugez par vous-mêmes d’après l’extrait de la lettre qu’il lui expédia en 1697.

Bien que mes ouvrages aient fait de l’éclat dans le monde, écrit Boileau, je n’en ai point conçu une trop haute opinion de moi-même; et si les louanges qu’on m’a données m’ont flatté assez agréablement, elles ne m’ont pourtant point aveuglé. Mais j’avoue que la traduction que Votre Excellence a bien daigné faire de mon Art poétique, et les éloges dont elle l’a accompagné en me l’envoyant, m’ont donné un véritable orgueil. Il ne m’a plus été possible de me croire un homme ordinaire, en me voyant si extraordinairement honoré; et il m’a paru que d’avoir un traducteur de votre capacité et de votre élévation étoit pour moi un titre de mérite, qui me distinguoit de tous les écrivains de notre siècle. […] Vous enrichissez toutes mes pensées en les exprimant. Tout ce que vous maniez se change en or, et les cailloux mêmes, s’il faut ainsi parler, deviennent des pierres précieuses entre vos mains.

Voilà ce qu’en termes élégants devraient vous dire vos clients! Vous transformez tout en or. N’êtes-vous pas des « alchimistes des langues »?

Par ailleurs, je me rends compte, à la réflexion, que ce que j’ai fait jusqu’ici sur le plan professionnel, tant en enseignement qu’en histoire de la traduction, va dans le sens de la valorisation des traducteurs et de leur profession, profession qui, à mes yeux, est une des plus « généreuses » et des plus « accueillantes », en ce sens que pour bien l’exercer, il faut être réceptif au travail d’autrui et posséder un sens inné de la communication.

Je travaille en ce moment à la rédaction d’un dictionnaire de citations sur la traduction et les traducteurs. L’ouvrage devrait paraître l’an prochain sous le titre La Traduction en citations. Dans ce recueil, qui comptera  plus de 3000 citations, il y a, bien sûr, toutes sortes de méchancetés proférées à l’égard des traducteurs, mais il y a aussi un grand nombre d’éloges. J’aimerais conclure ces brefs remerciements par deux citations élogieuses tirées de ce recueil en préparation.

La première est de Goethe (1749-1832) qui écrit à propos de la traduction de son Faust par Gérard de Nerval : « Je n'aime plus lire le Faust en allemand; mais, dans cette traduction française, tout agit de nouveau avec fraîcheur et vivacité... ». Beau compliment adressé au traducteur de la part d’un auteur de génie qui préfère la version traduite de son œuvre à son propre texte.

La seconde est d’un écrivain espagnol d’origine péruvienne, Mario Vargas Llosa, que l’on considère comme l’un des chefs de file de la littérature latino-américaine : « Le traducteur, écrit-il, est un créateur modeste qui, comme Cyrano de Bergerac, accepte de séduire une dame pour un ami! » Cette belle métaphore exprime l’essence et toute la noblesse du travail du traducteur. Les valeurs de service, de communication, de modestie et de créativité y sont évoquées de manière poétique. Traduire est bel et bien un « acte d’amoureuse collaboration ». Nous sommes tous des Cyrano. Je vous remercie.

____________


- III -

MEMBRE D'HONNEUR
DE

L'ASSOCIATION CANADIENNE DE TRADUCTOLOGIE
XXe Congrès annuel, Saskatoon
(26-28 mai 2007)
 

                 
L'Association canadienne de traductologie est une société savante qui regroupe des chercheurs, des professeurs et des praticiens qui se consacrent à l'étude ou à l'enseignement de la traduction et des disciplines apparentées.


HONORARY MEMBER
OF THE
CANADIAN ASSOCIATION FOR TRANSLATION STUDIES

XXth Annual Congress, Saskatoon
(26-28 May 2007)


- IV -

Diplôme d’honneur

décerné par
l’École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs (ESIT) de
                 l’Université Paris III – Sorbonne Nouvelle
à titre de premier
Docteur en traductologie pour la traduction (1978)

(
Paris, 10 novembre 2007)

 


- V -

Prix du CTTIC 2008

Conseil des traducteurs, terminologues
et interprètes du Canada

(Montréal, 29 novembre 2008)

 Remerciements

En tant qu’historien « autoproclamé » des trois professions que chapeaute le CTTIC, je suis ce qu’on pourrait appeler une « mémoire de traduction »… Les traducteurs, terminologues et interprètes ont aussi un devoir de mémoire. Par mes recherches et mes publications, je tâche de garder vivant le souvenir des pionniers de nos professions, le souvenir des luttes, parfois épiques, qu’il a fallu mener pour la reconnaissance professionnelle et, surtout, le souvenir des figures marquantes qui ont fait grandir nos trois professions langagières. Je remercie les personnes qui ont proposé ma candidature et les membres du Conseil qui l’ont approuvée. J’espère être digne de l’honneur que vous me faites en me décernant le Prix du CTTIC 2008. Longue vie à l’organisme rassembleur qu’est le CTTIC! (http://www.cttic.org/mission.asp?lang=F)

 

 

2008 CTTIC Award

Canadian Translators, Terminologists and Interpreters Council

(Montreal, November 29, 2008)

 Acknowledgements

As the self-proclaimed” historian of the three professions overseen by CTTIC, I see myself as a kind of  “translation memory… Translators, terminologists and interpreters also have a duty to remember. Through my research and publications, I try to keep alive the memory of the pioneers of our professions, the memory of the strugglessometimes epicthat eventually led to professional recognition and, above all, the memory of those notable individuals who contributed so much to the growth of our three language professions. I thank those who put forward my name to receive this 2008 CTTIC Award and the members of the Council who approved it. I hope to prove worthy of this honour. Long live CTTIC, a remarkable rallying point for the language professions!
http://www.cttic.org/mission.asp