Ottawa-Carleton : non à une super-ville

La question de la régionalisation des services locaux et de l'administration municipale est à l'ordre du jour en Ontario depuis près de cinquante ans et plus que jamais un enjeu important en Ontario et ailleurs au Canada.

En effet, le gouvernement du premier ministre Harris a non seulement préconisé, mais imposé la restructuration municipale notamment dans les régions de Toronto, Sudbury et Ottawa-Carleton.

Ces réformes ont fait l'objet de nombreuses réactions.

Voici un compte-rendu de la réaction des maires de la région d'Ottawa-Carleton au début de 1997.

Comment citer cette page

Ottawa, le 21 février 1997
Les maires d'Ottawa-Carleton font un pied de nez à la réforme Harris
Non à une super-ville


FRANCE PILON
LeDroit

Les 10 maires de la grande région d'Ottawa proposent une ébauche de restructuration municipale qui va complètement à l'encontre des réformes préconisées par le gouvernement Harris.

Ce projet de réforme de la municipalité régionale d'Ottawa-Carleton, dévoilé hier par les 10 maires, prévoit plus de pouvoirs aux municipalités existantes, abolit le gouvernement régional et crée à la place quatre commissions de services.

Ce modèle du «Grand Ottawa», comme les maires l'appellent, va faire économiser de l'argent aux contribuables en plus d'être le plus apte à offrir des services efficaces, a indiqué Claudette Cain, la maire de Gloucester, en conférence de presse.

Le projet, dit-elle, réduit la bureaucratie et rend les élus plus responsables.

Mme Cain est confiante que «le projet va résister à tous les examens minutieux». Il va toutefois dans le sens contraire de la réforme proposée par le gouvernement Harris, qui veut réduire le nombre de municipalités en Ontario en favorisant les fusions et en augmentant les pouvoirs des gouvernements régionaux.

Les maires qui ont participé à l'élaboration de ce plan, au coût de 500 000 $, et qui étaient tous présents lors de son lancement, représentent les municipalités de Cumberland, Gloucester, Gouldbourn, Kanata, Nepean, Osgoode, Rideau, Rockcliffe Park, West Carleton et Vanier.

La grande absente est la ville d'Ottawa, dont le maire Jacquelin Holzman préconise un tout autre projet, soit celui d'une ville unique avec une seule administration qui regrouperait les 700 000 citoyens du territoire de la MROC.

Essentiellement, le projet des 10 maires donne le premier rôle aux municipalités qui conservent leur autonomie locale et ont des pouvoirs accrus. En plus des services de base (loisirs, culture, entretiens des routes..) le projet met entre les mains des villes les services d'hydro, la collecte et le recyclage des ordures, l'alimentation en eau et les égouts et le pouvoir de taxation.

Pas de fusions

Le projet ne prévoit pas de fusions de villes à moins que des municipalités consentent à s'unir comme le projettent Kanata et Nepean, et Gloucester et Osgoode. Les citoyens continueront d'élire leurs représentants dans chaque ville.

Le transport en commun, les services sociaux et de santé, la planification stratégique et les services publics, comme les égouts, passeront sous la juridiction de quatre sociétés de services.

Ces sociétés seront gérées par des conseils d'administration sur lesquels les maires et des échevins vont siéger, leur nombre en proportion de leur population. Ainsi la ville d'Ottawa aurait droit à six représentants, Gloucester deux, Nepean deux et les autres villes un, pour un total de 18 membres.

«Ces sociétés ne sont pas un autre palier de gouvernement, a indiqué Mme Cain. Elles visent à éliminer le dédoublement et le chevauchement qu'on rencontre dans les gouvernements à deux paliers.»

Un des éléments clés du projet Grand Ottawa est de réduire le fardeau fiscal des contribuables. Par exemple, les propriétaires de maisons de 150 000 à 200 000 $ verront leurs taxes réduites de 95 $ à 124 $ par année.

L'élimination du chevauchement des services régionaux et municipaux pourrait permettre des économies entre 93 et 102 millions $.

Enfin, le projet du Grand Ottawa prévoit réduire la dette de la MROC de 22 %, soit d'environ 60 millions $.

Les municipalités rurales endossent ce projet de restructuration parce que pour une fois elles en auront pour leur argent, souligne-t-on.

«On va payer pour ce qu'on aura. Si on ne veut pas d'un service, on ne paiera pas», a souligné James Stewart, maire du canton de Rideau.

Le projet sera présenté au gouvernement Harris au plus tard le 30 avril et fera l'objet d'une consultation publique, à compter d'aujourd'hui jusqu'au 8 avril.


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Reproduit avec permission.

La mise en page a été modifiée par le professeur François-Pierre Gingras à l'intention de ses étudiants et étudiantes du cours Vie politique en Ontario à l'Université d'Ottawa.

Page mise à jour le 7 septembre 2000.

Voici comment citer cette page :
PILON, France, « Non à une superville », Le Droit, 21 février 1997, reproduit par François-Pierre Gingras, http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/doc/ottawa-fusion.html, 7 septembre 2000.