UNIVERSITÉ D'OTTAWA
Département de science politique

Professeur François-Pierre Gingras

DOCUMENT
Le Parti Progressiste-conservateur du Canada :
son histoire, son héritage, ses chefs

L'histoire et l'héritage du Parti Progressiste-conservateur du Canada : une vue de l'intérieur Les chefs du Parti Progressiste-conservateur du Canada, de 1867 à aujourd'hui
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L'histoire et l'héritage du Parti Progressiste-conservateur du Canada :
une vue de l'intérieur

(texte tiré de la documentation officielle du Parti)

« L'histoire de notre parti est remarquable. Même que sans lui, le Canada ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Un état démocratique est paralysé dès lors que ses partis politiques perdent leur liberté d'expression et leur ouverture d'esprit. Le premier dirigeant de notre pays a été un bâtisseur de parti avant de devenir un bâtisseur de nation.

En 1864, notre premier chef, Sir John A. Macdonald, se bat pour assurer l'avenir de notre parti et de notre pays. Il affronte des groupes pro-américains qui veulent annexer le pays aux États-Unis. Il en affronte d'autres, ceux-là partisans d'un Canada constitué en une vague union législative des provinces et des territoires. Il défend avec ardeur sa vision d'un solide état confédéré, d'un océan à l'autre. Macdonald forme un parti doté de vastes effectifs, à l'image, donc du Canada, c'est-à-dire, de l'étendue géographique de son territoire, de la diversité des intérêts régionaux, des innombrables facettes de sa culture et de sa réalité linguistique. Le parti qu'il forme réunit de nombreuses formations politiques représentant les colonies dispersées. Et une alliance importante le distingue des autres, celle de Sir John A. Macdonald et de George-Étienne Cartier. Le respect qu'ils ont l'un pour l'autre, les rapports qu'ils entretiennent et leur attachement au Canada et à ses intérêts jettent un pont entre les Canadiens de langue française et de langue anglaise à un moment crucial de l'édification de notre pays.

En 1867, Macdonald et les conservateurs forment le premier gouvernement du Canada. Ils entreprennent aussitôt la réalisation de vastes projets de développement national, entre autres, l'aménagement d'un système de transport qui unira, physiquement, tout le pays. Macdonald s'oppose fermement à l'extrémisme des opinions religieuses et raciales, et se montre hostile aux forces qui souhaitent transformer la Confédération en une alliance d'États indépendants.

Tout au long de son mandat, Macdonald se dresse contre les partisans d'une union politique et économique avec les États-Unis, parce qu'il rattache la santé, la survie même du Canada, au flot nourricier de son économie d'est en ouest.

Macdonald et les conservateurs obtiennent mandat après mandat aux élections de 1878, 1882, 1887 et 1891. Pendant cette période, les locomotives de la Canadian Pacific Railway Company sillonnent le pays jusqu'à l'océan Pacifique, l'Angleterre cède au Canada l'archipel arctique, on favorise l'immigration dans l'ouest du pays, une politique industrielle voit le jour tandis que l'autonomie et la force de la nation canadienne s'imposent.

Durant la campagne de 1891, Macdonald mise sur des valeurs sûres, le drapeau canadien, l'orientation traditionnelle du parti et son leadearship. Il obtient un quatrième mandat consécutif. Seulement le chef et fondateur de notre parti sort exténué de cette campagne menée durant les durs mois de l'hiver, exténué aussi par le combat qu'il a livré sa vie durant pour assurer la survie de son cher pays. Il meurt en juin 1891. Avec lui s'éteint une brillante époque de l'histoire de la politique canadienne. Mais à nous, ses survivants, il a laissé un flambeau que nous portons jusqu'à ce jour.

Après le décès de Macdonald, le parti vit une période sombre jusqu'à la fin des années 1890. Sir John Abbott, Sir John Thompson, Sir Mackenzie Bowell et Sir Charles Tupper, des hommes qui ont travaillé aux côtés de Macdonald à l'édification et à l'essor de la nation, se succèdent rapidement à la tête du parti.

Sir John Abbott, un sénateur natif de St-André-Est, dans le Bas-Canada (Québec), assume les fonctions de premier ministre pendant dix-sept mois, soit de juin 1891 à novembre 1892. Sa carrière politique est jalonnée d'éminentes fonctions, dont la mairie de Montréal, de 1887 à 1889.

Lui succède Sir John Thompson, catholique bien en vue de la Nouvelle-Écosse et brillant politicien, qui a été ministre de la Justice sous Macdonald. Il guide les conservateurs dans le dossier controversé des écoles manitobaines, une tâche qui n'est pas de tout repos. Thompson meurt en 1894; il était au pouvoir depuis un peu moins de deux ans. Son successeur, Sir Mackenzie Bowell, sénateur lui aussi (il a siégé auparavant à la Chambre des communes comme député de la circonscription ontarienne de North Hastings et fait partie du conseil des ministres sous Macdonald), est premier ministre pendant deux ans. Fervent protestant, il tente lui aussi de donner gain de cause aux catholiques dans la crise des écoles au Manitoba, en 1896, mais les libéraux entravent ses initiatives à la Chambre.

Sir Charles Tupper, natif de la Nouvelle-Écosse, succède à Sir Mackenzie Bowell pendant une courte période en 1896. Il dirige avec une poigne de fer, et arrive mieux que quiconque, malgré la brièveté de son mandat, à cimenter le parti qui, dans les années suivant le décès de Macdonald, se questionne sur son identité et la direction à prendre. C'est l'aube d'un nouveau millénaire.

En 1901, Robert Borden, originaire de la Nouvelle-Écosse lui aussi, un homme dont on sait la modération et le sens commun, est élu chef du parti. Il se met aussitôt au travail. Il s'agit de fouetter le moral des troupes et de concevoir un solide programme politique qu'il faudra faire connaître de la population canadienne. Il établit des liens étroits avec les dirigeants provinciaux et, au terme de dix années de travail acharné, il mène le parti au siège du pouvoir. C'est en 1911.

De grandes réalisations marquent l'époque qui suivra. On assiste à une réforme de la fonction publique fédérale, une large part du système de transport ferroviaire est restructurée et devient le Canadien national, propriété de l'État, et le pays arrive, sous l'habile doigté de ses dirigeants, à surmonter l'énorme défi que représente la Première Guerre mondiale. Sous l'administration Borden, le Canada est finalement reconnu comme nation autonome, partenaire de plein droit au sein du Commonwealth et membre originaire de la Société des Nations.

Histoire du Parti progressiste-conservateur

Si Macdonald est le père de la Confédération, Sir Robert Borden est, sans conteste, l'un des principaux architectes de la maturité de la nation canadienne et, par ricochet, de son indépendance.

En 1917, la périlleuse position des forces alliées en cette période de guerre et les difficultés qui accompagnent l'organisation de l'effort de guerre suscitent d'écrasantes demandes. Les politiques partisanes n'ont plus leur place. Borden offre de résigner ses fonctions de premier ministre et de laisser n'importe quel autre Canadien, y compris Sir Wilfrid Laurier, du clan des libéraux, tenir les rênes de la nation. Mais Borden est tenu pour indispensable par un si grand nombre que c'est à lui qu'on demande de diriger le nouveau gouvernement d'union. Il joue aussi un rôle de premier plan parmi les conseils alliés durant les mois décisifs qui précèdent la victoire, en 1918. C'est Borden qui a conçu les programmes socio-économiques de l'après-guerre dont se sont inspiré d'autres nations et le Canada, et qui ont été repris au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

Et c'est ainsi que le Parti conservateur contrôle les destinées du Canada pendant 30 de ses 50 premières années d'existence. Dans ce laps de temps, le parti réussit avant tout à instaurer une tradition d'unité, de modération politique, de progrès économique et d'engagement envers l'avenir du pays.

Sir Robert Borden, qui fut le premier homme d'État canadien à se faire connaître sur l'échiquier international, quitte l'arène politique en 1920. L'éloquent et habile Arthur Meighen, de l'Ontario, est choisi pour le remplacer. Le style parlementaire de Meighen et son conformisme constitutionnel ajoutent des dimensions nouvelles à la façon de diriger de ses prédécesseurs. Toutefois, la conjoncture économique et politique de l'après-guerre ne sourit pas au gouvernement conservateur que dirige Meighen. Les libéraux, menés par Mackenzie King, prennent le pouvoir.

Meighen ne se considère pas vaincu pour autant ---- il solidifie ses appuis, avec un zèle infatigable, et livre des discours percutants. Son travail acharné et sa détermination sont récompensés au scrutin majoritaire de 1925. Le parti remporte 116 sièges, les libéraux 99. Mais les libéraux refusent d'abdiquer leur autorité et transigent avec trois partis fragmentaires qui avaient récolté 28 sièges aux élections. Adroite manoeuvre qui leur permet de conserver le pouvoir. Les efforts de Meighen ne sont pas perdus, au contraire; ils servent de tremplin à R.B. Bennett, qui lui succède à la tête du parti en 1927 et remporte une éclatante victoire au scrutin de 1930.

R.B. Bennett, natif du Nouveau-Brunswick, est le premier chef du parti qui représente les provinces de l'ouest. C'est en Alberta qu'il se fait connaître. Il défait Mackenzie King, qui avait déclaré que son gouvernement ne ferait rien pour soulager les souffrances des chômeurs dans aucune des provinces placées sous la gouverne des conservateurs.

Bennett remporte une majorité incontestable avec un programme électoral qui place les intérêts de la nation avant tout et lui promet un « ticket d'entrée » sur les marchés mondiaux. Malgré l'intensification de la Crise de 1929, le gouvernement Bennett met sur pied la SRC, la Banque du Canada et un système de tarifs commerciaux préférentiels avec les nations membres du Commonwealth britannique. Il adopte une politique hardie et sans précédent qui prévoit le versement de sommes monumentales aux administrations provinciales pratiquement ruinées pour venir en aide aux chômeurs. La société agonisait et Bennett est intervenu.

Au terme de son mandat, Bennett est tenu pour un homme d'une extraordinaire compétence. À preuve, l'efficacité de son gouvernement durant l'une des périodes les plus sombres de l'histoire du Canada et du reste de l'humanité. Il a aidé notre pays non seulement à survivre au pire moment de la Crise de 1929, mais à s'en tirer avec des taux d'inflation acceptables, exempt de faillites bancaires et doté de solides bases économiques qu'il restait à développer. Les historiens (sinon les révisionnistes) ont reconnu plus tard, ce qu'on n'avait pas fait à l'époque, que Bennett a su préserver la force et l'intégrité de nos institutions économiques fondamentales.

Bennett a voulu instaurer un programme de développement national et de réforme sociale avant-gardiste et modelé sur le programme de la Nouvelle Donne qu'avait conçu le président Roosevelt. La Chambre des communes donne son aval au projet, mais les choses en restent là après l'élection du gouvernement libéral de Mackenzie King en 1935.

Robert Manion succède à Bennett en juillet 1938. Les conservateurs essuient une cuisante défaite aux élections de 1940. C'est la guerre, les cicatrices de la Crise de 1929 sont toujours visibles, et le climat de paix et sécurité à travers le monde est menacé. Arthur Meighen accepte d'assumer la direction du parti lorsqu'on le lui demande. Son mandat aurait été de plus longue durée s'il avait pu obtenir un siège à la Chambre des communes.

C'est le premier ministre conservateur du Manitoba, John Bracken, qu'on choisit comme chef du parti, rebaptisé le Parti progressiste-conservateur en 1942. (Petit anecdote intéressant : Sir John A. Macdonald parlait des progressistes-conservateurs en 1854, 13 ans avant la Confédération). Bracken puise dans ses vingt ans d'expérience à la tête d'un gouvernement pour restructurer et moderniser le parti pendant les trois années qui précèdent et les trois qui suivent le règlement de la Deuxième Guerre mondiale. Il entreprend de réorienter les politiques du parti pour qu'elles tiennent compte des besoins changeants de la population. Il doit songer par-dessus à ceux et celles à qui on demande de faire des sacrifices, en cette période de guerre, et qui aspirent à de meilleures conditions sociales et perspectives économiques une fois la paix rétablie. Le parti réitère son engagement fondamental envers la libre entreprise et la reconnaissance de l'initiative, et lui greffe un vaste programme de sécurité sociale. Il est question d'assurance-chômage, d'assurance-retraite et d'assurance-maladie. La plate-forme électorale du parti reprendra tous ces thèmes. Les mesures envisagées sont bien avant-gardistes par rapport à ce que proposent les libéraux au pouvoir. Aux élections générales de 1945, le parti, sous la direction de Bracken, défend son programme de sécurité sociale et obtient des sièges dans chacune des provinces ainsi qu'au Yukon. Une performance jugée honorable compte tenu des circonstances.

Bracken résigne ses fonctions en 1948. George Drew, le premier ministre conservateur de l'Ontario, défait John Diefenbaker et Donald Fleming au congrès d'investiture de 1948. Administrateur éloquent et capable, Drew renouvelle l'image des progressistes-conservateurs fédéraux, lui insuffle un dynamisme qu'elle n'avait pas. Ses talents d'organisateur et de polémiste ont un effet tonique sur le caucus parlementaire, qui se défend avec toute la vigueur que doit avoir un parti de l'opposition. Il n'arrive pas pourtant à ouvrir de brèche dans la forteresse libérale, pas plus au scrutin général de 1945 qu'à celui de 1953.

En 1956, le gouvernement libéral de Louis Saint-Laurent, qu'on surnomme « mon oncle » tellement sa popularité est grande, déclenche une tempête autour de la « question du pipeline ». Peu de dossiers, dans toute l'histoire parlementaire canadienne, ont soulevé de débats aussi âpres, aussi intenses. Les progresssistes-conservateurs lancent une rude offensive pour empêcher les libéraux de museler le Parlement. L'opinion publique se range fermement derrière Drew et les conservateurs, mais juste au moment où ses efforts laissent pressentir une victoire du parti, Drew quitte son poste pour des raisons de santé. John George Diefenbaker, dont les fascinants talents d'orateur avaient si bien servi la cause du parti dans le dossier du pipeline, prend la barre en décembre 1956, après une éclatante victoire sur Donald Fleming et E. Davie Fulton, au premier tour de scrutin du congrès d'investiture.

L'équipe de Diefenbaker forme un gouvernement minoritaire en 1957, mais assure au parti une victoire sans précédent au scrutin de 1958, puis forme un autre gouvernement minoritaire en 1962.

Diefenbaker se taille rapidement la réputation de champion des «gens ordinaires», et c'est précisément l'idée que la population se fait du Parti progressiste-conservateur. Au cours de son mandat, Diefenbaker adopte des mesures législatives progressistes et salutaires. Les droits civils sont protégés par la célèbre Déclaration des droits, les services sociaux pour les gens dans le besoin et les vétérans des deux grandes guerres sont largement améliorés, tandis que les effectifs des Forces armées canadiennes sont accrus. Des ententes profitent aux provinces, à l'agriculture, au développement du pays, du Nord plus particulièrement. Diefenbaker établit la Commission Hall sur les services de santé, dont les travaux servent de fondement à notre système national de soins de santé.

Tout au long des difficiles années de la récession, le gouvernement Diefenbaker tente de raviver l'économie par le biais d'importants programmes de mise en valeur des ressources. La Loi sur les prêts aux petites entreprises est adoptée, puis la Loi sur la revalorisation et l'aménagement des régions agricoles, une ambitieuse et fructueuse initiative qui permet de vendre notre blé sur des marchés jusque-là inexplorés, le projet de routes d'accès aux ressources naturelles, le programme de formation professionnelle, la forte hausse des prêts accordés à la construction domiciliaire. Et ce ne sont là que quelques-unes des mesures que propose le gouvernement progressiste-conservateur.

Le bilan des six années de pouvoir de l'administration Diefenbaker est impressionnant. Pourtant, on le discerne mal à mesure que la récession s'aggrave.

Le gouvernement conservateur est défait au scrutin de 1963, mais le parti, sous la tutelle de Diefenbaker, ne forme pas moins une solde force de l'opposition avec laquelle doit compter le gouvernement libéral minoritaire de Lester B. Pearson. Les conservateurs, sous l'habile direction de Dief, comme on l'appelle, privent les libéraux d'une victoire majoritaire aux élections de 1965 qu'ils déclenchent sans autre motif, semble-t-il, que celui de décrocher une majorité absolue.

Le départ de Diefenbaker met notre parti à rude épreuve. Suit une période tumultueuse par moments, puis, en 1967, les membres se choisissent un nouveau chef : Robert Lorne Stanfield, alors premier ministre de la Nouvelle-Écosse. Stanfield fait beaucoup pour rétablir l'unité au sein du parti et en actualiser les structures, entre autres son organisation et ses mécanismes de financement. Il supervise un vaste projet d'élaboration de politiques et réaffirme le traditionnel engagement du parti envers la tolérance et la justice. Il se consacre lui-même à la défense des intérêts de tout le pays.

En 1968, l'année qui suit les célébrations du centenaire de la Confédération, les Canadiens se lancent dans ce qu'on a appelé depuis la «Trudeaumanie». Aux élections de 1972, quatre ans plus tard, Stanfield et le Parti progressiste-conservateur restructuré effectuent un retour en force et récoltent 107 sièges, les libéraux, 109. Stanfield et notre parti tiennent le haut du pavé dans toutes les provinces et territoires, à l'exception de deux. Le gouvernement de coalition que forment libéraux et néo-démocrates, de 1972 à 1974, adopte des politiques dont se ressent toujours notre économie. Les affirmations mensongères des libéraux dans le dossier du contrôle des prix et des salaires nuisent à Stanfield et ouvrent grand la porte à un gouvernement libéral majoritaire en 1974. La suite, nous la connaissons tous : Trudeau a vite fait d'adopter une politique de contrôle des prix et des salaires. Dans l'année qui suit, Stanfield annonce qu'il quitte la direction du parti. Joe Clark, député de Rocky Mountain, en Alberta, est élu à sa place en février 1976.

Clark est un fin organisateur et son approche conciliatoire plaît non seulement aux membres du parti, mais aussi à la population. Il poursuit le travail qu'avait commencé Stanfield, et donne à sa formation l'image d'un parti national apte à remplacer les libéraux au pouvoir. Ses efforts mènent à l'élection d'un gouvernement conservateur minoritaire en mai 1979.

L'administration Clark ne chôme pas pendant la courte période qu'elle tient la barre. Elle propose la réforme de la procédure parlementaire et des politiques sociales, l'adoption de la Loi sur l'accès à l'information et le déploiement d'une nouvelle stratégie économique. Le gouvernement Clark place les intérêts du pays au-devant des politiques partisanes, ce qui a pour lui des conséquences funestes. Lorsqu'il présente un budget qui propose de ramener le déficit de 12 à 8 milliards de dollars, les forces de l'opposition se liguent contre lui, croyant le moment propice pour reprendre le pouvoir et servir leurs propres intérêts. C'est en décembre 1979.

Joe Clark s'efforce, le temps qu'il est au pouvoir, de consolider nos forces au Québec, auprès des femmes et du nombre toujours plus grand de personnes qui choisissent de venir s'établir au Canada. Son gouvernement est celui qui accueille les réfugiés de la mer, des vietnamiens, en 1979.

À peine 231 jours après l'avoir élu, les Canadiens tournent le dos à notre parti. Il faut entreprendre une nouvelle campagne, au beau milieu de l'hiver, défendre notre budget et justifier une hausse de 18 cents sur le prix du gallon d'essence. Nous sommes défaits à ces élections de 1980. Faut-il préciser la suite ? Le prix de l'essence a triplé et les Canadiens ont hérité, par surcroît, d'une constitution amputée d'une province -- la province où réside l'un des deux peuples fondateurs du Canada -- mais qu'on prend soin d'étoffer d'une clause d'exemption!

Brian Mulroney, activiste de longue date et fidèle partisan, est élu à la tête du parti en 1983. Il comprend et respecte la tradition et l'histoire de notre parti, les enseignements de ceux qui l'ont précédé. Il s'en inspire et procure deux victoires majoritaires consécutives au Parti progressiste-conservateur. Il est le seul premier ministre canadien, depuis Louis Saint-Laurent, à obtenir pareils mandats, et le seul conservateur, depuis Sir John A. Macdonald.

L'histoire se chargera, sans aucun doute, de rendre à César ce qui est à César, mais l'on peut dire aujourd'hui, sans crainte de se tromper, que Brian Mulroney et son gouvernement ont, de 1984 à 1993, révolutionné la politique canadienne et changé fondamentalement la façon dont opère le gouvernement. Ainsi, ils opposent à l'embonpoint incontrôlable de l'appareil de l'État un sévère régime de gel des salaires et de réduction des dépenses, ils s'attaquent au problème de l'inflation, concluent un accord de libre-échange avec les États-Unis, puis l'ALÉNA, et réforment en profondeur le régime fiscal -- la TPS vient remplacer la taxe sur les ventes des fabricants, qui a l'effet contraire d'un tonique sur l'emploi. Le paysage constitutionnel change lui aussi sous l'administration Mulroney. L'Accord du lac Meech et celui de Charlottetown sont historiques puisque c'est la première fois depuis 1867 que tous les premiers ministres canadiens s'expriment dans le même sens. Et qui plus est, dans le cas de Charlottetown, les gouvernements des territoires et quatre grandes associations autochtones ajoutent leur voix à l'approbation générale. Le désir de promouvoir l'unité canadienne a motivé ces deux projets d'accords; nous pouvons être fiers de notre parti pour le courage qu'il a eu de les entreprendre et le leadership dont il a fait preuve.

La signature d'un traité sur les pluies acides avec les États-Unis, les sanctions prises contre l'Afrique du Sud, la création du Sommet de la Francophonie, le soutien de l'intervention des Nations Unies dans la guerre du Golf, l'adhésion du Canada à l'Organisation des États américains pour avoir une influence certaine sur ce qui se passe dans notre propre hémisphère, et notre engagement soutenu envers le rôle important que joue le Canada dans les opérations de maintien de la paix sont toutes des initiatives qui témoignent du courage de Brian Mulroney et de notre gouvernement, et leur donnent de la crédibilité aux yeux de la communauté internationale.

Brian Mulroney quitte la direction de notre parti en juin 1993. Nous choisissons Kim Campbell, de la Colombie-Britannique, pour le remplacer et assumer les fonctions de premier ministre. Une première au Canada. C'est un grand pas en avant pour notre parti qui reconnaît ainsi la collaboration égale des femmes à la vie politique.

Nombre de nos détracteurs, d'experts et de soi-disant historiens politiques ont bien essayé de discréditer le travail de Kim Campbell comme premier ministre du Canada. C'est pourtant elle qui supervise la plus vaste restructuration du gouvernement de notre histoire. La taille du cabinet fédéral est ramenée de 35 à 25 membres. Simple comparaison : Jean Chrétien est entouré aujourd'hui de 34 ministres. Vous l'entendrez dire, bien sûr, que le cabinet n'a jamais été aussi petit, qu'il compte 25 ministres à part entière et neuf secrétaires d'État. Soyons franc : un ministre est un ministre. Et ils sont bel et bien 34.

On réserve à Kim Campbell le même sort qu'à ses prédécesseurs. Parce qu'elle ose dire la vérité -- comme l'ont fait Stanfield sur le contrôle des salaires et des prix, Clark, sur la hausse de 18 cents le gallon d'essence, Mulroney, sur le libre-échange et la TPS. Campbell ose parler du taux de chômage élevé.

Lorrie Goldstein l'a très bien dit dans le Toronto Sun du 23 février 1997 : «Kim Campbell a débuté sa campagne de 1993 en faisant ce qui ne se fait pas en politique. Elle a dit la vérité. Et on lui a vite montré le droit chemin!»

Qui calomnie Kim Campbell, qui nous dénigre ? Nuls autres que les défenseurs mêmes de l'honnêteté et de l'intégrité, Jean Chrétien et ses libéraux.

Les réalisations de tous ces gens sont l'héritage du Parti progressiste-conservateur. Nous avons connu des chefs visionnaires, intègres et déterminés à servir les intérêts de toute la nation. Nous avons su laisser de côté les intérêts partisans et songer plutôt au mieux-être de la nation toute entière. Les intérêts nationaux ont toujours primé sur le reste. Nous avons créé et amélioré des institutions nationales précisément pour répondre aux besoins et tenir compte des préoccupations de toutes les régions du pays. Nous nous sommes engagés envers le respect des droits de la personne, l'adoption de politiques sociales efficaces et la protection des intérêts de tous et chacun.

Le Parti PC s'efforce de limiter les pouvoirs de l'État pour empêcher toute intrusion injustifiée de sa part dans la vie des Canadiens. Il s'est fait le champion de l'entreprise privée et de ses riches ressources. Qu'elle soit le maître d'oeuvre de la prospérité du Canada et des Canadiens. Que le Canada soit un parangon de justice sociale et de fédéralisme respectueux de toutes les tendances politiques. Le défenseur de nobles causes à l'étranger. C'est ce que souhaite le parti. Macdonald et Cartier, Abbott, Thompson, Bowell, Tupper, Borden, Meighen, Bennett, Manion, Bracken, Drew, Diefenbaker, Stanfield, Clark, Mulroney et Campbell ont personnifié la tradition que représente le Parti progressiste-conservateur, celle de servir et de protéger le pays de nos rêves, le pays que nous aimons. Il n'y a pas de plus bel héritage pour les progressistes-conservateurs que celui-là. Nous pouvons compter aujourd'hui sur un Parti restructuré et sur le dynamisme de notre chef, Jean Charest, pour nous conduire vers de nouvelles fortunes, vers de nouveaux sommets. »


Le Parti Progressiste-conservateur du Canada : ses chefs
Le très hon. Sir John A. Macdonald 1er juillet 1867 - 6 juin 1891
L'hon. Sir J.J.C. Abbott 16 juin 1891 - 5 décembre 1892
Le très hon. Sir John Thompson 5 décembre 1892 - 12 décembre 1894
L'hon. Sir Mackenzie Bowell 21 décembre 1894 - 27 avril 1896
L'hon. Sir Charles Tupper 1er mai 1896 - 5 février 1901
Le très hon. Sir Robert Borden 6 février 1901 - 10 juillet 1920
Le très hon. Arthur Meighen 10 juillet 1920 - 11 octobre 1926
L'hon. Hugh Guthrie (chef parlementaire) 11 octobre 1926 - 12 octobre 1927
Le très hon. R.B. Bennett 12 octobre 1927 - 7 juillet 1938
L'hon. R.J. Manion 7 juillet 1938 - 13 mai 1940
L'hon. R.B. Hanson (chef parlementaire) 13 mai 1940 - 27 janvier 1943
Le très hon. Arthur Meighen 12 novembre 1941 - 11 décembre 1942
L'hon. John Bracken 11 décembre 1942 - 2 octobre 1948
L'hon. George A. Drew 2 octobre 1948 - 14 décembre 1956
Le très hon. John G. Diefenbaker 14 décembre 1956 - 9 septembre 1967
Le très hon. Robert L. Stanfield 9 septembre 1967 - 22 février 1976
Le très hon. Joe Clark 22 février 1976 - 8 février 1983
L'hon. Erik Nielsen (chef parlementaire) 9 février 1983 - 11 juin 1983
Le très hon. Brian Mulroney 11 juin 1983 - 13 juin 1993
La très hon. Kim Campbell 13 juin 1993 - 13 décembre 1993
L'hon. Jean J. Charest 14 décembre 1993 - 3 avril 1998
Mme Elsie Wayne 3 avril 1998 - 14 novembre 1998
Le très hon. Joe Clark 14 novembre 1998 -


Comment citer cette page

GINGRAS, François-Pierre, « Document. Le Parti Progressiste-conservateur du Canada : son histoire, son héritage, ses chefs », http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/doc/histoire-pc.html, 10 janvier 2001.


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Page mise à jour le 10 janvier 2001.