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| Le Parti Libéral du Canada : son histoire, son héritage, ses chefs |
| L'histoire et l'héritage du Parti Libéral du Canada : une vue de l'intérieur | |
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Les ancêtres du Parti libéral moderne
soutenaient que les Anglais, nés libres, n'avaient
perdu aucun de leurs droits en franchissant
l'Atlantique et que le gouvernement devait avoir
pour tâche d'assurer le bien-être et de défendre
les intérêts des colons.
Après la guerre de 1812, la
revendication de l'autonomie se faisait de plus en
plus vive dans ces colonies qui allaient devenir le
Canada. La Révolution américaine avait établi un
précédent de révolte bien marqué que les colons
rejetèrent en faveur d'un processus
d'évolution plus graduel.
Les Réformistes
Ceux qui s'opposaient à la
théorie de la classe dirigeante - les Réformistes
(Libéraux) étaient beaucoup moins bien organisés que
les Tories, déjà au pouvoir. Dans le Bas-Canada, ils
étaient conduits par Louis-Joseph Papineau et, dans le
Haut-Canada, par William Lyon Mackenzie.
Il y avait eu force agitation
réformiste dans les régions peu peuplées du
Haut-Canada. Dans le Bas-Canada, de semblables appels aux
réformes avaient mené à l'élection d'une
assemblée dominée par les Réformistes de Papineau. Des
Réformistes de diverses provinces échangèrent une
correspondance constante. Mackenzie, Papineau et leur
partisans, dans le Haut et le Bas-Canada, travaillaient
sciemment aux mêmes fins dans le cadre d'une
étroite alliance.
Les Réformistes s'opposaient aux privilèges spéciaux des oligarchies dominant le Haut et
le Bas-Canada qui s'appellaient respectivement le
« Family Compact » et la clique du Château.
Cette dernière formait une élite gouvernant au mépris
et souvent à l'encontre des revendications de la
majorité. Son équivalent dans le Haut-Canada, le
« Family Compact », se montrait tout aussi tyrannique.
Peu à peu, cependant, les Réformistes se rendirent
compte que la seule vraie façon de redresser leurs
griefs et de détruire les privilèges était, comme le
disait William Lyon Mackenzie en 1835, d'établir
« le système constitutionnel britannique qui fait
obligation au chef du gouvernement de se choisir comme
conseillers et principaux collaborateurs des hommes qui
jouissent de la confiance de l'élément populaire
de la législature ». Ils voyaient dans le gouvernement
responsable le moyen d'extirper des privilèges
spéciaux et d'accorder des droits égaux à tous.
Découragés de ne pouvoir obtenir de
réforme autrement, les Réformistes décidèrent
d'avoir recours aux armes dans la rébellion de
1837. Malgré l'échec rapide de cette brève
tentative, ils témoignèrent ainsi de leur
détermination et de l'urgence des réformes.
Après l'Acte d'Union
En 1838, l'Angleterre délégua
comme gouverneur Lord Durham qu'elle chargea de
restaurer l'ordre, d'enquêter sur les causes
de la rébellion et de suggérer les mesures à adopter
pour l'avenir. À l'issue de sa mission, Lord
Durham présenta un rapport considéré comme l'un
des « documents constitutionnels les plus importants de
l'histoire de la colonisation britannique ». Ses
deux principales recommandations étaient l'union du
Haut et du Bas-Canada et l'octroi immédiat
d'un gouvernement responsable.
En 1841, l'Acte d'Union
fusionnait le Haut et le Bas-Canada et établissait une
seule entité législative devant se dénommer Canada.
L'Acte prévoyait un gouverneur, un Conseil
législatif nommé à vie par la Couronne (un amendement
apporté en 1856 prévoit l'élection de ses membres
tous les huit ans) et une Assemblée législative de 84
membres élus, chacune des deux anciennes colonies en
comptant 42.
La question du gouvernement responsable
ne fut pas réglée, cependant, avant les élections
générales de janvier 1848. Robert Baldwin et
Louis-Hippolyte Lafontaine, chefs des Réformistes
canadiens, comprirent que le gouvernement responsable ne
deviendrait une réalité que s'ils réussissaient
à obtenir l'appui de la majorité des membres de la
législature dans l'une et l'autre des
anciennes colonies. Ils obtinrent cette majorité aux
élections de 1848, sept ans après la fusion officielle
du Haut et du Bas-Canada. Baldwin et Lafontaine furent
chargés de former le premier cabinet. Ce gouvernement
dualiste « francophone-anglophone » symbolisait
l'union de l'Ontario et du Québec, mais allait
aussi devenir un principe fondamental qui continuerait à
inspirer la politique du Parti libéral.
Un gouvernement responsable suppose des
partis bien organisés. Son fonctionnement efficace
dépend, en effet, de la possibilité pour un parti de
compter sur une majorité stable dans une assemblée
représentative. La coalition Lafontaine-Baldwin ne
devint pas tout à fait un parti à l'époque et
elle fut rapidement dissoute après leur retraite en
1851. Cette coalition n'en constitue pas moins une
des grandes réalisations de l'histoire politique
canadienne. Pour la première fois, le gouvernement
était exercé par un parti organisé. La coalition fut
aussi le premier exemple de ce qui est devenu le trait le
plus frappant et le plus distinctif de la vie politique
canadienne: Le parti biracial qui surmonte les
divergences de vues entre Français et Anglais et réunit
ces derniers afin de diriger un gouvernement fondé sur
des principes acceptables aux uns et aux autres.
Les Libéraux (Grits)
Dans les années qui suivirent
l'institution du gouvernement responsable (1848), la
physionomie des partis politiques se transforma
graduellement. En 1854, il se forma une coalition
libérale-conservatrice afin d'assurer une
majorité. Cette coalition s'est peu à peu
solidifiée en un parti habilement dirigé par John A.
Macdonald et Georges-Etienne Cartier.
L'opposition au gouvernement
libéral-conservateur des années 1850 se divisa en deux
groupes: les Grits du Haut-Canada menés par George
Brown, rédacteur influent du journal The Globe et les
Rouges du Bas-Canada. Ils s'unirent brièvement mais
n'en vinrent jamais à se coaliser dans un
véritable parti avant 1867. S'ajoutant des alliés
des provinces Maritimes après la Confédération, ils
devaient devenir le Parti de la réforme ou Parti
libéral de Mackenzie, de Blake et de Laurier.
La Confédération a été amenée, en
ce qui concerne la province du Canada, par la coalition
des Conservateurs de Macdonald-Cartier avec les Grits de
Brown. Le groupe des Rouges refusa de se joindre au
mouvement. Avant le 1er juillet 1867, Brown
avait entraîné la plupart de ses partisans en dehors de
la coalition. Macdonald forma le premier gouvernement
fédéral en constituant un cabinet pris parmi ses
propres Conservateurs, des alliés trouvés dans les
Maritimes et quelques Grits du Haut-Canada. Il y eut
quelques années de confusion de partis; graduellement
cependant, ils se distinguèrent plus nettement et, aux
deuxièmes élections (1872), ce fut une véritable lutte
de partis qui se livra entre un gouvernement conservateur
et une opposition réformiste ou libérale.
Les Libéraux — Alexander
Mackenzie
À l'exception des années 1873 à
1878, les Conservateurs dominèrent la scène politique
de la Confédération à 1896.
En novembre 1873, Macdonald fut
contraint de démissionner à cause du scandale du
Pacifique et les élections furent fixées à
l'année suivante, élections où les Libéraux
remportèrent 133 sièges et les Conservateurs 73. Les
quatre années suivantes, le Canada eut un gouvernement
libéral dirigé par Alexander Mackenzie.
Durant ces années, les Libéraux
opérèrent nombre de réformes dont certaines des plus
remarquables furent l'établissement du scrutin
secret à la place du vote découvert, la tenue des
élections en un seul jour, la création de la Cour
suprême du Canada et l'institution du journal des
débats, le Hansard. Malgré ces réformes, le Parti
libéral ne réussit, sous Mackenzie, à se gagner un
appui populaire solide qu'en Ontario; en 1878, le
gouvernement connut une grande défaite aux élections
générales. Les Conservateurs obtinrent 137 sièges et
les Libéraux 69.
Edward Blake
En 1880, Alexander Mackenzie fut
remplacé comme chef du Parti libéral par Edward Blake,
grand parlementaire mais homme dont la direction ne fut
pas des plus heureuses. À la retraite de Blake, les
députés libéraux élurent Wilfrid Laurier chef
national du Parti. Le choix de Laurier comme successeur
de Blake montrait bien que le Parti libéral acceptait
l'association égale des Anglais et des Français au
Canada. Dès son élection comme chef du Parti, Laurier
se mit à prêcher l'idéal de l'unité
nationale. Lorsqu'il mourut en 1919, Laurier avait
passé presque 45 ans à la Chambre des communes, dont 15
ans en tant que Premier ministre du Canada.
Les années Laurier
Laurier a été surnommé
l'architecte du libéralisme moderne. À Québec, en
1877 — 10 ans avant de devenir Premier ministre
— il définissait ainsi le libéralisme:
« Le principe du libéralisme
réside dans l'essence même de notre nature,
dans cette soif de bonheur que nous apportons avec
nous dans la vie, qui nous suit partout, pour
n'être cependant jamais complètement assouvie
de ce côté-ci de la tombe. Nous gravitons sans
cesse vers un idéal que nous n'atteignons
jamais. À peine sommes nous arrivés au terme que
nous nous étions assigné, que nous y découvrons
des horizons que nous n'avions pas même
soupçonnés. Nous nous y précipitons, et ces
horizons, explorés à leur tour, nous en découvrent
d'autres qui nous entraînent, encore et
toujours plus loin. Ainsi en sera-t-il tant que
l'homme sera ce qu'il est, tant que
l'âme immortelle habitera le corps mortel; ses
désirs seront toujours plus vastes que ses moyens,
ses actions n'arriveront jamais à la hauteur de
ses conceptions. »
Durant les dernières années 1880, le
Parti libéral réalisa de constants progrès dans les
provinces, si bien qu'en 1891 les Libéraux étaient
au pouvoir dans toutes, sauf en Colombie-Britannique.
Même s'ils ne remportèrent pas les élections
fédérales cette année-là — ils obtinrent 92
sièges contre 123 aux Conservateurs — ils
réalisèrent des gains impressionnants. En 1893, Laurier
convoqua le premier congrès national du Parti libéral
du Canada qui réunit à Ottawa 2,500 délégués de tout
le pays. C'était la première fois que des
Libéraux de toutes les régions du Canada se
rencontraient pour élaborer une politique. Le congrès
fut empreint de la nouvelle conscience nationale qui
régnait au Canada et les délégués rentrèrent chez
eux pour édifier un parti politique vraiment national et
voué à concilier l'autonomie provinciale et
l'unité nationale, à défendre la liberté civile
et religieuse, et à établir une nation canadienne
autonome dont tous les éléments seraient harmonisés
sans pour autant perdre leur caractère distinctif.
La crise provoquée par
l'exécution de Riel en 1885 marqua le commencement
de la désintégration du régime de Macdonald. Le vieil
antagonisme entre Français et Anglais surgit de nouveau.
Après leur victoire sur les Conservateurs aux élections
de 1896 (Libéraux, 117 sièges; Conservateurs, 89), les
Libéraux de Laurier attirèrent dans leur parti beaucoup
de Bleus, les Conservateurs modérés du Québec.
C'est ainsi qu'ils bénéficièrent d'un
appui considérable au Québec et que le Parti libéral
devint celui de la collaboration franco-anglaise tout
comme les Conservateurs de Macdonald l'avaient
été.
Le gouvernement libéral de Laurier se
lança dans une ambitieuse politique de développement
national fondé sur l'immigration et la construction
ferroviaire. L'expansion rapide de
l'agriculture de l'Ouest, axée surtout sur le
blé, stimula et en grande partie créa une économie
nationale au Canada pour la première fois. Le
développement de l'Ouest suscita un marché
grandissant pour l'industrie de l'Est. La
croissance de l'industrie moderne amena,
d'autre part, de nouvelles difficultés au niveau
des relations de travail et du bien-être social. En
1900, le gouvernement libéral établit un ministère du
Travail chargé des problèmes dus à la croissance de la
grande industrie urbaine.
Défaite infligée par Robert Borden
La première période de la réforme
libérale se poursuivit jusqu'en 1911. Mais Laurier
proposa un bill naval qui fut dénoncé par les
nationalistes québécois et, malgré l'opposition
conservatrice, accepta une certaine réciprocité
commerciale avec les États-Unis. Les Conservateurs et
les Nationalistes s'allièrent et, après les
élections générales de 1911, le Parti libéral se
trouva de nouveau dans l'opposition avec 86 sièges,
contre 132 aux Conservateurs. Sir Robert Borden fut élu
Premier ministre, charge qu'il occupait à
l'ouverture de la Grande Guerre.
Les efforts déployés par Laurier pour
qu'Anglais et Français continuent à collaborer
furent contrariés par une nouvelle cause de clivage
entre les deux groupes, à savoir les relations du Canada
avec l'Empire. Depuis la guerre des Boers de 1899,
ils s'étaient rangés dans des camps différents
sur la question; lorsque les tensions de la Grande Guerre
se firent sentir, ils se divisèrent dans l'amère
querelle suscitée par la conscription.
En 1917, la question avait pris des
proportions critiques. Robert Borden était convaincu que
la conscription s'imposait, mais il ne croyait pas
qu'un gouvernement d'un seul parti pût bien
l'appliquer. Il invita Laurier à se joindre à une
coalition afin d'imposer la conscription. Laurier
ayant refusé, Borden entama des négociations avec les
principaux Libéraux de langue anglaise. L'un après
l'autre, ils abandonnèrent Laurier pour se joindre
au gouvernement unioniste ou l'appuyer. Aux
élections de décembre 1917, Mackenzie King était
presque le seul conseiller privé d'expression
anglaise demeuré aux côtés de Laurier et ce fut pour
lui une défaite. Pas un seul Canadien-français du
Québec n'avait été élu à l'appui du
gouvernement unioniste et Laurier ne comptait qu'une
poignée de partisans hors du Québec. Sur les 82
Libéraux, 62 venaient du Québec; presque la moitié des
autres représentaient des circonscriptions à forte
population de langue française.
Mackenzie King
Wilfrid Laurier mourut le 16 février
1919. Six mois plus tard, le deuxième congrès national
du Parti libéral organisé à Ottawa élisait son
successeur, William Lyon Mackenzie King. Le congrès
adopta, une fois encore, des résolutions qui formulaient
un nouveau programme progressiste pour le Canada,
programme destiné à affermir un pays affaibli par la
dépression d'avant-guerre et ébranlé par le choc
de la guerre et l'inflation et la dislocation
économique qui suivirent.
La collaboration des Libéraux
francophones au congrès et le choix d'un chef
anglophone montraient bien que les Libéraux de langue
française entendaient rétablir le Parti libéral sur la
base de l'harmonie raciale et de l'unité
nationale.
En 1921, les Libéraux revinrent au
pouvoir sous la conduite de Mackenzie King, mais la
physionomie des Communes était changée du tout au tout.
Il manquait un siège au groupe libéral qui réunissait
116 députés pour avoir la majorité. Mais plus de la
moitié étaient originaires du Québec dont les 65
sièges étaient passés au Parti libéral. Les
Conservateurs ne détenaient que 50 sièges, le 65 autres
étant occupés pas les Progressistes, groupe
d'agriculteurs élus pour protester contre la
politique agricole d'Ottawa.
Au cours des quatre années qui
suivirent, Mackenzie King élabora quelques politiques
très acceptables pour les agriculteurs: aide au Canadien
national et à ses lignes secondaires et rétablissement
des tarifs du Pas du Nid de Corbeau tout à fait
acceptables pour les agriculteurs pour le transport des
céréales. Mais en ce qui concerne les réductions
douanières, il n'intervint pas assez rapidement. De
ce fait, lors des élections générales de 1925, les
Libéraux et les Progressistes se partagèrent les voix
dans l'Ouest, ce qui permit aux Conservateurs de
sortir vainqueurs avec 116 sièges (contre 101 pour les
Libéraux et 24 pour les Progressistes). Néanmoins, les
Progressistes appuyèrent Mackenzie King qui put demeurer
Premier ministre.
En juin 1926, le gouverneur général,
Lord Byng, refusa de dissoudre le Parlement, bien que le
gouvernement minoritaire de Mackenzie King eût essuyé
une défaite en Chambre. Il demanda plutôt au chef
conservateur, Arthur Meighen, de former le gouvernement.
Mais celui-ci ne put gagner la confiance de la Chambre et
de nouvelles élections eurent lieu en septembre 1926.
Dans l'intervalle, nombre de
candidats libéraux et progressistes du Manitoba et de
l'Ontario s'engageant à appuyer le
gouvernement libéral s'étaient accordés sur une
investiture conjointe libérale-progressiste. Cette
alliance et la vigueur de l'organisation libérale
en Saskatchewan amenèrent la restauration du Parti
libéral comme parti vraiment national. Les Libéraux
remportèrent 116 sièges, les Conservateurs 91, et
Mackenzie King put gouverner grâce à l'appui des
petits partis alliés.
Les années King
Les années 1920 furent une période de
croissance et de développement au Canada. Avec Ernest
Lapointe, chef du Canada français, Mackenzie King
s'employa à impartir une nouvelle dimension à
l'oeuvre du libéralisme. Conscient des besoins
politiques et sociaux de la nouvelle société
urbano-industrielle qui s'était développée
rapidement au Canada sous l'impulsion de la Grande
Guerre, il persuada le Parti libéral d'adopter une
politique de réforme sociale progressiste.
Sur le plan international, Mackenzie
King était convaincu que le principe de gouvernement
responsable au Canada devait être porté à sa
conclusion logique par la conversion de l'Empire
britannique en un Commonwealth de nations égales et
librement associées, mais ne comportant pas
d'institutions centralisées. Après une longue
résistance, cette vue finit par l'emporter comme
base constitutionnelle du nouveau Commonwealth des
nations britanniques à la Conférence impériale de
1926.
Défaite infligée par Bennett, puis
victoire
Après les grandes années de
prospérité de 1927 et 1928, le choc du marasme
économique de 1929 secoua tout le pays et laissa le
gouvernement libéral incertain quant à la façon de
survivre au bouleversement social et économique. À
l'été 1930, le gouvernement libéral fut battu par
les Conservateurs dirigés par R.B. Bennett qui
remportèrent 137 sièges contre 88 libéraux. Les
Conservateurs, cependant, ne furent pas plus capables de
remédier aux perturbations économiques. La population
leur tint rigueur de ne pas réussir à arrêter la
baisse calamiteuse de niveau de vie ainsi que la perte de
confiance et d'espoir qui marqua les années
1930-1935. Aux élections de 1935, le Parti libéral
obtint 171 sièges et Mackenzie King revint au pouvoir.
Dans les années qui suivirent,
Mackenzie King et ses collègues se trouvèrent devant la
menace d'une autre guerre mondiale accompagnée de
la rupture possible de l'unité nationale. Les
Libéraux étaient divisés sur les meilleurs moyens
d'éviter la catastrophe de la guerre, mais unis
dans leur désir de la prévenir.
L'après-guerre
La guerre influa sur
l'organisation aussi bien que sur la pensée du
Parti libéral. Après les élections de mars 1940,
l'organisation du Parti fut démantelée
jusqu'à ce que, à l'été de 1943, la
victoire militaire semblât assurée. Mackenzie King
ranima le Parti dont il canalisa l'énergie pour
préparer un programme d'après-guerre.
Pour préciser les grandes orientations
du Parti et formuler un programme d'envergure,
Mackenzie King demanda à la Fédération libérale
nationale de convoquer son Conseil consultatif en 1943.
Le conseil étudia et discuta les politiques que les
Libéraux jugeaient indispensables si l'on voulait
assurer la poursuite de la croissance et de la
prospérité du Canada après la guerre.
Mackenzie King et son gouvernement
acceptèrent les recommandations du conseil. Dans le
discours du Trône, à l'ouverture de la session
parlementaire en janvier 1944, presque tout le programme
d'après-guerre était énoncé dans les intentions
législatives du gouvernement. Le programme comprenait
une nouvelle politique monétaire, un vaste programme de
sécurité sociale, un généreux et vaste plan de
rétablissement au bénéfice des anciens combattants,
l'établissement de la Banque d'expansion
industrielle afin d'assurer des crédits aux petites
entreprises, et des mesures telles que la Loi nationale
sur l'habitation et la Loi sur les prêts destinés
aux améliorations agricoles. Les Canadiens soutinrent ce
programme qui permit à Mackenzie King de remporter sa
sixième victoire électorale en 1945. Les Libéraux
obtinrent 125 sièges, contre 67 pour les Progressistes
conservateurs.
Dans une société obsédée par le
spectre de la grande crise des années 30, la promesse du
plein emploi constituait un argument supplémentaire,
décisif dans la victoire des Libéraux. Mackenzie King
hésita à s'engager avant d'être assuré que
c'était un objectif réalisable, sur le plan tant
politique qu'économique, en période de paix. Il
reconnut que le plein emploi exigeait une intensification
du commerce. Même si un marasme économique
d'après-guerre avait été craint de toutes parts,
il n'en fut rien. Il devint manifeste qu'il y
aurait pénurie plutôt qu'excédent de
main-d'oeuvre. Le gouvernement libéral se lança
donc, en 1947, dans un programme d'immigration qui a
contribué à accroître la population du pays plus
qu'en toute décennie de son histoire.
Les années St-Laurent
En janvier 1948, Mackenzie King, qui
était alors chef du Parti libéral depuis 29 ans,
annonça son intention d'abandonner la direction du
Parti. Le Parti convoqua un congrès national au mois
d'août à Ottawa et Louis St-Laurent fut élu au
premier tour pour succéder à Mackenzie King.
St-Laurent hérita de Mackenzie King le
Parti le plus solide de l'histoire du Canada, une
structure puissante érigée rouage après rouage depuis
1919 et demeurée intacte malgré les pertes électorales
de 1945. Le gouvernement libéral de St-Laurent devait
accomplir beaucoup pour le Canada au cours des neuf
années qui suivirent.
L'une des premières réalisations
du gouvernement St-Laurent fut le parachèvement du grand
projet de Confédération par l'adhésion de
Terre-Neuve en 1949.
Le Canada devint le 3e pays
du monde pour le commerce extérieur et le gouvernement
canadien appuya l'Accord général sur les tarifs
douaniers et le commerce (GATT).
Le programme de sécurité sociale du
Canada fut étendu. Citons: pension de vieillesse sans
justification des ressources, assistance-vieillesse,
allocation aux aveugles, extension des subventions à la
santé, adoption de la Loi sur les invalides, etc.
L'autonomie du Canada, déjà
réalisée dans les faits, fut marquée par un des
derniers gestes symboliques: le remplacement du Comité
judiciaire du Conseil privé du Royaume-Uni par la Cour
suprême du Canada comme dernier tribunal d'appel,
notamment pour les questions constitutionnelles.
Dans le domaine des affaires
internationales, St-Laurent et Lester B. Pearson, le
nouveau secrétaire d'État aux Affaires
extérieures, collaborèrent étroitement pour que la
nation s'unisse en faveur d'une participation
active et constructive du Canada sur la scène
internationale. Son rôle aux Nations-Unies, dans
l'établissement de l'OTAN, dans
l'institution du Plan Colombo, comme membre de la
Commission consultative internationale en Indochine, dans
le conflit coréen et dans l'autres domaines fit du
Canada un des pays les plus respectés du monde. Lors de
la crise de Suez, l'intervention de Pearson dans la
création des Forces d'urgence des Nations-Unies lui
valut le Prix Nobel de la Paix.
L'époque de St-Laurent fut en
outre une des plus grandes périodes de croissance de
l'histoire du Canada en termes de démographie, de
richesse nationale et de revenus individuels. Cette
énorme expansion économique fut favorisée par une
politique d'encouragement à l'immigration
intense de main-d'oeuvre et de capitaux.
La prospérité nationale ne se limita
pas à l'aspect matériel. L'une des
initiatives les plus originales du gouvernement
St-Laurent fut la création de la Commission royale
d'enquête sur les arts, les humanités et les
sciences sociales, présidée par Vincent Massey. Le
Conseil des Arts du Canada fut créé à la suite des
recommandations de la commission.
Loin du pouvoir
En 1957, les Libéraux se trouvaient au
pouvoir depuis 22 ans. Ce fait, ainsi que leur
précipitation et leur manque de discernement durant le
débat sur les pipelines amenèrent les Canadiens à
penser qu'il fallait donner sa chance à un autre
parti.
Les Conservateurs avaient un nouveau
chef, John Diefenbaker. Il se concentra, avec force
éloquence et beaucoup d'habileté politique, sur
l'âge du gouvernement et sur son « arrogance ».
Les élections eurent lieu le 10 juin
1957. Le Parti libéral remporta 40 p. cent des
suffrages, l'Opposition 30 p. cent; mais le nouveau
parlement ne comptait que 105 Libéraux contre 112
Conservateurs. La balance politique, dans le gouvernement
conservateur minoritaire, se trouvait entre les mains de
25 cécéfistes et de 19 membres du Crédit social. Le 21
juin 1957 John Diefenbaker devint Premier ministre du
Canada.
Les années Pearson
En septembre 1957, Louis St-Laurent
annonça qu'il entendait abandonner la direction du
Parti. Au congrès national tenu à Ottawa en janvier
1958, Lester B. Pearson fut choisi pour lui succéder.
Les politiques du Parti y furent soigneusement discutées
et réaffirmées, assorties de certains amendements
importants. Pour la première fois, la création
d'une communauté commerciale atlantique fut
adoptée comme objectif politique du Parti libéral.
L'institution d'un vaste programme de bourses
d'études nationales, complété de fonds nationaux
destinés à assurer des prêts aux étudiants
méritants, devint aussi un objectif immédiat du Parti.
En outre, le programme libéral comprenait
l'établissement d'un fonds de prêts aux
municipalités et d'un fonds d'aide en capital
au bénéfice des provinces de l'Atlantique, ainsi
qu'une assistance spéciale à ces dernières pour
l'achèvement de la Route transcanadienne et la
construction de routes principales.
Le 1er février 1958, le
nouveau chef à peine en fonction, le Parlement fut
dissous, et des élections générales déclenchées. Les
Libéraux essuyèrent une des plus grandes défaites de
leur histoire: ils ne remportèrent que 49 sièges, dans
quatre seulement des dix provinces, tandis que les
Conservateurs en avaient 208, ce qui constituait la plus
grande majorité de l'histoire du pays. Le Crédit
social ne remporta pas un seul siège, et les
Cécéfistes durent se contenter de huit.
La remontée au pouvoir
Pearson s'employa immédiatement
à une double tâche: assurer une opposition efficace au
Parlement et reconstruire le Parti libéral dans tout le
pays.
Sous sa direction, les Libéraux
réalisèrent trois grands objectifs. Ils donnèrent une
nouvelle orientation au Parti. Ils constituèrent une
nouvelle équipe de personnes compétentes, comme Judy
LaMarsh, élue à la Chambre des communes lors des
élections partielles de 1961, Maurice Sauvé, Guy
Favreau, Walter Gordon, Mitchell Sharp, Charles Drury,
Jean-Luc Pépin et John Turner, afin d'aider le
Parti à discuter et à définir sa politique. Ils
donnèrent l'image d'une opposition responsable
au Parlement en proposant des contre-mesures
constructives.
Le premier des trois objectifs du Parti
fut atteint de manière spectaculaire en 1960 lors de la
Conférence libérale de Kingston où fut élaboré un
nouveau programme ambitieux et tourné vers
l'avenir, comprenant une vaste extension des
services de bien-être social. Universitaires, hommes
politiques et chefs de file de tous les secteurs de la
vie canadienne participèrent à la formulation de la
politique libérale.
Au cours de la campagne électorale de
1962, Pearson insista sur le chômage, sur la mauvaise
administration à Ottawa et sur la perte, pour le Canada,
de son prestige international; ce qui, cependant,
consomma plus que toute autre chose la défaite du
gouvernement Diefenbaker, fut la question des armes
nucléaires. La question remontait à 1957 alors que
l'OTAN avait décidé de stocker en Europe des armes
nucléaires américaines à l'usage de ses forces (y
compris les troupes canadiennes). En 1958, le
gouvernement Diefenbaker décida d'abandonner la
construction de l'avion Avro Arrow et de le
remplacer par le missile Bomarc B qui devait être
équipé d'une ogive nucléaire. Il surgit une crise
d'indécision quand vint le temps de fournir les
ogives nucléaires sans lesquelles le Bomarc
n'était qu'une grosse et fort coûteuse
cartouche à blanc.
Très divisés sur la question des
armes nucléaires, les Conservateurs sortirent des
élections de 1962 avec un pouvoir fort réduit: sur les
208 sièges enlevés aux élections de 1958, ils
n'en gardaient que 116. L'Opposition libérale
doublait le nombre de ses députés en emportant 99
sièges. Le Crédit social et le NPD effectuaient une
énorme remontée avec respectivement 30 et 19 sièges.
Seul le déséquilibre de la représentation rurale
permit à John Diefenbaker de prolonger de quelques mois
le mandat de son gouvernement minoritaire.
En 1962, Lester Pearson décida
qu'il fallait honorer les engagements du Canada
envers l'OTAN et se déclara favorable à
l'utilisation des ogives nucléaires au besoin.
Au terme d'une campagne basée sur
la promesse des « 60 jours de décision », le Parti
libéral sortit victorieux des élections d'avril
1963, mais sans avoir la majorité absolue, ce qui
tenait, en partie, à la montée inattendue du mouvement
créditiste de Réal Caouette, mouvement qui reçut un
appui considérable au Québec. Ces élections se
soldaient par les résultats suivants: Libéraux, 129
sièges; Progressistes conservateurs, 95; NPD, 17; et
Crédit social, 24.
Dès son arrivée au pouvoir, Pearson
se rendit compte que la survie de la Confédération
dépendait dans une grande mesure du succès avec lequel
il concilierait les aspirations des francophones et des
anglophones. À l'automne 1963, le gouvernement
chargea la Commission royale d'enquête sur le
bilinguisme et le biculturalisme « ...de recommander les
mesures à adopter pour assurer le développement de la
Confédération canadienne sur la base d'une
association égale entre les deux races fondatrices... ».
Sur la recommandation de la commission, le gouvernement
libéral institua un vaste programme en vue de promouvoir
le bilinguisme dans la Fonction publique.
Afin de contrer les dissensions
grandissantes et d'affermir l'unité nationale,
le gouvernement libéral formula une politique de
fédéralisme coopératif. Cette politique se
définissait ainsi: « coopération entre Ottawa et les
provinces à trois échelons — préconsultation dans
la formulation des mesures fédérales, collaboration à
la rédaction de l'énoncé de ces mesures et
coordination dans leur application. » Le fédéralisme
coopératif harmonisait les initiatives fédérales et
provinciales, surtout dans le domaine des lois sur le
bien-être social et celui des programmes conjoints.
Lorsque Pearson décida de donner un
nouveau drapeau au Canada, il apporta sans doute, comme
Premier ministre, sa contribution la plus remarquable. Il
était convaincu qu'il fallait au Canada un drapeau
distinct pour affirmer, ne fût-ce que symboliquement,
son identité propre. La longue et difficile lutte sur la
question du drapeau immobilisa le Parlement durant
presque six mois, en 1964. Cependant, le 15 février
1965, la feuille d'érable rouge sur étendard rouge
et blanc devint le drapeau officiel du pays.
La recherche d'une majorité
En septembre 1965, après deux années
et demie de gouvernement minoritaire, Pearson ayant
dissous le Parlement se mit en quête d'une
majorité. De l'avis des Conservateurs, les
élections étaient inutiles. Appelée aux urnes pour la
troisième fois en quatre ans, la population se déclara
du même avis. Les Libéraux remportèrent la victoire le
8 novembre et accrurent leurs sièges de 129 à 131, mais
ils n'avaient pas la majorité. Les Conservateurs en
obtenaient 97, soit deux de plus qu'aux élections
précédentes.
Déçu, sans pour autant s'avouer
vaincu, le gouvernement Pearson se consacra à nouveau à
l'unité et au progrès et redoubla d'efforts
pour élaborer un programme et une philosophie qui lui
vaudraient la confiance des Canadiens de tout le pays.
C'est dans cet esprit que le Parti
tint sa Conférence politique nationale en octobre 1966.
C'était la première fois qu'un parti national
se réunissait en pareille rencontre alors qu'il
était au pouvoir. La Conférence établit un programme
législatif complet et souscrivit à des principes aussi
vastes que l'obligation de rendre compte et
l'accessibilité universelle à l'enseignement.
Même si on a souvent accusé le
gouvernement Pearson d'être inactif et de s'en
tenir au statu quo au lieu d'aller de l'avant,
il appliqua une liste impressionnante de réformes. Il
institua une solide structure de base de la sécurité
sociale et du bien-être social (Loi sur la sécurité de
la vieillesse, Régime de pensions du Canada, Supplément
de revenu garanti, Régime d'assistance publique du
Canada et Loi sur les soins médicaux). Certaines mesures
législatives importantes assurèrent la réorganisation
et l'unification des Forces armées, de nouveaux
programmes de placement et de recyclage de la
main-d'oeuvre et une aide financière fort accrue
aux provinces.
En février 1968, la première
Conférence fédérale-provinciale sur la constitution
eut lieu à Ottawa. Pierre Elliott Trudeau, alors
ministre de la Justice, présenta une Déclaration des
droits à incorporer dans l'Acte de l'Amérique
du Nord britannique, qui, si elle était acceptée,
primerait sur les lois fédérales et provinciales. La
Déclaration des droits revêtait une particulière
importance car elle aurait garanti la protection des
droits linguistiques des Canadiens français dans tout le
pays.
Les années Trudeau
Le 14 décembre 1967, Lester B. Pearson
annonça qu'il entendait abandonner son poste de
chef du Parti. Un congrès national fut convoqué pour
avril 1968 à Ottawa en vue d'élire un nouveau chef
pour le Parti. Le choix de Pierre Elliott Trudeau marqua
l'avènement d'une époque et d'un style
nouveaux dans la vie politique canadienne. Voici sa
définition du libéralisme, telle qu'il la
présenta au congrès:
« Le libéralisme est la
philosophie de notre temps car il ne cherche pas à
préserver toutes les traditions du passé, car il
n'applique pas les vieilles solutions
doctrinaires aux nouveaux problèmes, car il est
prêt à expérimenter et à innover, car, enfin, il
sait que le passé a moins d'importance que le
futur. »
Le 23 avril 1968, le Parlement fut
dissous et des élections générales furent fixées au
25 juin. Au cours de la campagne, les conceptions de M.
Trudeau sur le Canada et la « Société juste » se
propagèrent dans tout le pays. L'image de M.
Trudeau comme homme de raison et son effet charismatique
sans précédent sur la population concoururent à
reporter les Libéraux au pouvoir avec 155 sièges. Le
souci de justice sociale de M. Trudeau et ses capacités
intellectuelles frappèrent les imaginations et lui
valurent l'adulation de tout le pays. Menés par
leur nouveau chef, Robert Stanfield, candidat aux
élections générales pour la première fois, les
Conservateurs remportèrent 72 sièges tandis que le NPD
en obtenait 22 et les Créditistes, 14.
Immédiatement après les élections,
le Premier ministre Trudeau se mit à l'oeuvre afin
d'instaurer la « Société juste ». Pour la
première fois, les méthodes savantes de la gestion
moderne se manifestèrent dans la planification
gouvernementale. De nouvelles priorités furent établies
et de vieux programmes révisés. Une réorganisation
massive du gouvernement créa de nouveaux ministères
afin de faire face aux problèmes des années 70:
Environnement, Affaires urbaines, Sciences et Technologie
et Communications.
Le Parti libéral subit, lui aussi, une
grande réorganisation. Le Parti réalisa l'oeuvre
de réflexion politique la plus élaborée de toute
l'histoire politique du Canada. Commencée par une
conférence de réflexion tenue à Harrison Hot Springs,
Colombie-Britannique, en 1969, cette oeuvre atteint un
point culminant avec la tenue de très importantes
assises à Ottawa, en novembre 1970. De nombreuses
personnes intéressées, représentant toutes les
régions du pays participèrent à ce congrès qui permit
un vaste échange de vues entre les décisionnaires
politiques, l'appareil du Parti et les militants de
tout le pays. Ainsi, 2,000 délégués ont-ils contribué
à dessiner les objectifs du Parti libéral pour les
années 1970.
Le changement et l'innovation sont
les traits caractéristiques du premier mandat du Premier
ministre Trudeau. Bon nombre de ces changements visaient
à rendre les méthodes du gouvernement et du Parlement
plus expéditives, plus ordonnées et plus indépendantes
des événements et des circonstances imprévisibles.
Beaucoup d'autres actions
politiques du Premier ministre ont également eu un grand
éclat. Mentionnons les mesures adoptées pour consolider
l'unité nationale, objet de vive préoccupation
pour M. Trudeau; la Loi sur les langues officielles, une
politique de multiculturalisme et le ministère de
l'Expansion économique régionale pour lutter
contre les disparités régionales. On réalisa
d'importants progrès vers une plus grande justice
sociale au Canada pour les autochtones, les femmes, les
personnes à revenu faible ou fixe; des réformes
juridiques majeures ont également été accomplies.
Sur la scène internationale, la
reconnaissance de la République populaire de Chine,
l'amélioration des relations avec l'URSS, la
contribution de M. Trudeau à la Conférence du
Commonwealth de 1971 pour prévenir le démembrement de
cette importante communauté de même que
l'extension de la souveraineté du Canada dans
l'Arctique pour arriver à maîtriser la pollution
illustrent bien la volonté du jouer un rôle
international en tant que puissance moyenne.
De ce mandat ressortent également la
force de direction et la rapidité d'action
manifestées lors de deux crises graves, la menace du FLQ
en octobre 1970 et les conséquences des mesures
économiques prises par les États-Unis à la fin de
l'automne 1971.
Aux élections générales du 30
octobre 1972, les Canadiens élurent leur cinquième
gouvernement minoritaire depuis 1957. Les Libéraux
obtenaient 109 sièges; les Progressistes conservateurs,
107; le NPD, 31; et le Crédit social, 15. M. Trudeau et
ses collègues, se préparent à se présenter au
Parlement et à solliciter la confiance de la Chambre des
communes pour s'occuper des questions
d'intérêt national. Le 4 janvier 1973, dans le
discours du Trône qui inaugure la 29e
législature, le gouvernement de M. Trudeau expose ses
principaux programmes dans les domaines économique et
social.
Le Premier ministre prit une initiative
importante au cours de la 29e législature: la
Conférence sur les perspectives économiques de
l'Ouest qui eut lieu à Calgary en juillet 1973.
C'était la première fois qu'un Premier
ministre du Canada convoquait ses homologues d'une
région donnée du pays pour discuter avec eux les
problèmes de cette région. À l'issue de cette
conférence, le gouvernement fédéral s'est engagé
à intervenir dans bon nombre de domaines (transports,
exploitation des ressources, agriculture des Prairies,
etc.) ce qui devait aider grandement l'économie des
provinces de l'Ouest.
Au mois d'août 1973, le Canada
était l'hôte des chefs de gouvernement du
Commonwealth. Tous les pays du Commonwealth y étaient
représentés, et les participants se sont félicités du
caractère positif que M. Trudeau avait su donner à
cette réunion. Ce fut là l'occasion d'une
nouvelle manifestation de la vitalité du Commonwealth et
de sa souplesse.
Le congrès national du Parti libéral
tenu les 14, 15 et 16 septembre 1973 à Ottawa a
poursuivi le processus de réflexion politique amorcé
lors du congrès de novembre 1970. Une vaste gamme de
sujets furent abordée: développement de
l'industrie et des ressources énergétiques,
l'identité canadienne, l'économie agricole et
la vie rurale, les politiques des transports et de
l'emploi, la politique sociale, les ressources
marines et les pêches. Deux mille cinq cents
délégués, nombre jamais atteint auparavant,
participèrent à ce congrès où 125 résolutions furent
adoptées.
Le voyage historique du Premier
ministre en Chine au cours du mois d'octobre 1973
marque un rapprochement significatif des deux pays et
mène ultérieurement d'autres pays occidentaux à
accepter la Chine comme membre des Nations-Unies.
La deuxième majorité Trudeau
Le 8 mai 1974, le NPD présente une
motion de censure à l'égard du budget déposé
deux jours plus tôt, et il unit ses forces à celles du
Parti progressiste-conservateur pour renverser le
gouvernement libéral minoritaire par un vote de 137 voix
contre 123.
La date des élections générales est
alors fixée au 8 juillet. M. Trudeau mène une campagne
énergique dans tout le pays et il est réélu, à la
tête cette fois d'un gouvernement libéral
majoritaire qui détient 141 sièges. Les Progressistes
conservateurs de Robert Stanfield, le NPD et le Crédit
social obtiennent respectivement 95, 16 et 11 sièges.
La 30e législature
s'est ouverte le 30 septembre 1974. Les deux
premières années ont été dominées par la lutte
contre l'inflation galopante qui sévissait dans le
monde entier. De toutes les mesures adoptées, la mise
sur pied d'un programme de contrôle des prix et des
salaires administré par une Commission de lutte contre
l'inflation créée à cet effet fut la plus
spectaculaire et la plus efficace. Ce programme fut une
réussite comme en témoigne la chute du taux annuel
d'inflation qui est passé de 12% en décembre 1974
à 6,5% au milieu de 1976. Le programme de décontrôle
devait commencer en avril 1978.
D'autres mesures de lutte contre
l'inflation ont été prises, notamment pour
augmenter l'offre de biens et de services. Le
Premier ministre Trudeau et son gouvernement se sont
également appliqués à protéger ceux qui étaient
particulièrement touchés par l'inflation:
augmentation du nombre de bénéficiaires du Régime de
pensions du Canada, création de l'allocation au
conjoint en vertu de la Loi sur la sécurité de la
vieillesse, prestations plus élevées et octroyées plus
largement aux anciens combattants et à leurs familles,
création du Régime enregistré d'épargne
retraite.
Le gouvernement libéral a également
pris des mesures en vue de réduire le chômage,
notamment en créant les programmes Canada au travail et
Jeunesse Canada au travail et le Programme de crédit
d'impôt à l'emploi.
Une nouvelle Loi sur les droits de la
personne offre une plus grande protection contre la
discrimination. En vertu de cette loi, une Commission des
droits de la personne est constituée et un commissaire
à la protection de la vie privée jouissant de vastes
pouvoirs d'enquête est nommé pour jouer un rôle
similaire à celui d'un ombudsman.
Le gouvernement a également présenté
un programme sur l'ordre et la sécurité publique
sous forme de deux projets de loi qui ont été adoptés,
l'un prévoyant l'abolition de la peine
capitale et l'autre visant en général la
prévention du crime.
La Loi sur l'immigration fut
révisée, pour la première fois depuis 1952, de façon
à proscrire toute discrimination et à promouvoir les
objectifs nationaux en matière économique,
démographique, sociale et culturelle.
Une initiative importante prise lors du
30e Parlement assure une plus grande
participation du public au gouvernement: la
retransmission télévisée des débats de la Chambres
des communes. Sans précédent dans le monde, cette
expérience est une très grande réussite en ce
qu'elle permet au grand public de mieux se tenir au
courant des affaires du pays et d'y prendre
intérêt.
À la même époque, un nouveau sujet
d'inquiétude prenait de l'ampleur chez tous
les Canadiens: les approvisionnements en énergie et le
prix de l'énergie. En 1975, le gouvernement Trudeau
créa une société pétrolière nationale, Petro-Canada,
pour intéresser tous les Canadiens à leur avenir
énergétique. La conservation de l'énergie
revêtit une importance accrue, comme en témoigne
l'instauration de programmes tels le Programme
d'isolation thermique des résidences canadiennes.
C'est aussi au gouvernement Trudeau que nous devons
la législation créant l'Agence sur le pipeline du
Nord; le terrain était ainsi déblayé pour la mise en
oeuvre de ce vaste projet.
Sur le plan international, le Canada a
joué un rôle particulièrement efficace en oeuvrant
pour assurer la stabilité économique tant à la
Conférence sur la coopération économique
internationale que lors de divers sommets économiques.
Au cours des années 70, le Canada,
comme la plupart des pays au monde, a dû affronter toute
une série de graves problèmes économiques. La flambée
du prix de l'énergie, le déplacement massif des
ressources financières vers les pays producteurs de
pétrole, l'instabilité et les fluctuations
extrêmes des monnaies, l'émergence de nations
nouvellement industrialisées au Tiers-Monde, les
changements survenus dans les schémas traditionnels de
croissance de la population et dans la structure de la
main-d'oeuvre, tous ces facteurs ont créé une
situation économique globale des plus instables,
caractérisée par une inflation galopante accompagnée
de stagnation économique et de chômage élevé.
En juillet 1978, M. Trudeau et ses
homologues occidentaux se réunirent au Sommet de Bonn en
Allemagne de l'Ouest, pour mettre au point des
solutions aux problèmes économiques communs.
Dans le but de remplir les engagements
pris à Bonn et de remédier aux problèmes pressants du
Canada, le gouvernement libéral instaura un programme en
huit points destiné à stimuler l'économie du pays
et à résorber l'inflation et le chômage. On y
retrouvait trois mesures notables: l'augmentation de
20$ par mois par ménage du supplément de la pension de
vieillesse, l'octroi d'un crédit
d'impôt-enfant de 200$ et l'allocation de
ressources supplémentaires à l'expansion
industrielle.
En novembre 1976, le Québec élut son
premier gouvernement séparatiste. Le Premier ministre
Trudeau constitua une Commission de l'unité
canadienne dont le mandat était de recueillir les
opinions des Canadiens, d'encourager les efforts du
public pour promouvoir l'unité et de conseiller le
gouvernement sur la question de l'unité canadienne.
En septembre 1977, il créa un nouveau ministère des
Relations fédérales-provinciales. Puis, en novembre et
décembre 1977, M. Trudeau se rendit dans toutes les
provinces pour discuter de l'unité canadienne et de
la réforme de la constitution avec les premiers
ministres.
Le discours du Trône du 11 octobre
1978 reflétait les deux principales préoccupations du
gouvernement, soit le renforcement de l'économie et
le renouvellement de la fédération canadienne.
Principales assemblées politiques
Pendant cette période, le Parti
libéral a organisé trois assemblées nationales. En
novembre 1975, le Parti réunissait son dixième congrès
national. Des délégués de toutes les régions se sont
rencontrés à Ottawa pour discuter les politiques et les
questions d'importance pour l'avenir du Parti
et du Canada. Le grand thème du congrès était la
participation de chacun, « Le Canada que moi je veux
bâtir ». Au cours des cinq grandes séances et des 10
ateliers, les délégués ont participé à des
discussions sur quatre questions importantes:
l'action politique, le Canada et les autres pays, la
croissance, et la place de l'individu dans la
société.
Du 24 au 27 mars 1977, le Parti
libéral organisait à Toronto un atelier
d'orientation qui réunit plus de 500 participants,
libéraux et autres. L'atelier a donné à des
personnes venant de tous les coins du Canada la
possibilité d'échanger des idées et de discuter
librement des problèmes se posant au Canada à moyen
terme.
Les participants sont ensuite
retournés dans leurs circonscriptions et ont organisé
d'autres réunions et échanges régionaux en
utilisant les documents de travail portant sur les quatre
grands thèmes prévus pour le congrès biennal:
stratégies économiques, programmes sociaux, droits et
libertés, et unité.
Le congrès national du Parti libéral
s'est déroulé du 24 au 26 février 1978 à Ottawa
et a réuni plus de 3,500 personnes. Un nombre record de
résolutions a été proposé pour discussion et
approbation par les délégués. Ces résolutions
portaient sur les grandes questions intéressant tous les
Canadiens, l'économie et l'unité venant au
premier plan.
Les Canadiens face à deux
élections
Le Parlement fut dissous en mars 1979.
Les élections auraient lieu le 22 mai 1979. La révision
de la carte électorale avait porté à 282 le nombre de
sièges à la Chambre des communes.
Après 16 ans de gouvernement libéral,
les Canadiens optèrent pour un gouvernement conservateur
minoritaire. Les Conservateurs se retrouvaient avec un
nouveau chef, Joe Clark, élu au congrès national de son
Parti en février 1976, et 136 députés. Les Libéraux
obtenaient 114 sièges; le NPD, 26; et le Crédit social,
6.
Dans les mois qui suivirent, les
Libéraux s'employèrent à renforcer le Parti
partout au pays et à bien remplir leur rôle
d'opposition forte et efficace à la Chambre des
communes.
Le gouvernement de Joe Clark ne
survécut même pas un an. Le 13 décembre 1979, il
succomba à une motion de censure sur le budget
qu'il avait déposé deux jours auparavant et qui
semblait inacceptable aux Libéraux. Libéraux et
Néo-démocrates unirent leurs voix pour mettre fin à
neuf mois de gouvernement conservateur. Les élections
furent fixées au 18 février 1980.
Le 21 novembre 1979, Pierre Trudeau
avait annoncé sa démission de son poste de chef du
Parti libéral et demandé la convocation d'un
congrès d'investiture. À l'annonce des
élections, le groupe parlementaire libéral et le Parti
libéral le prièrent de rester à leur tête. Celui-ci
accepta.
Les promesses non tenues des
Conservateurs, l'impression de « mauvaise
administration » qu'ils donnaient et leur budget
concoururent à leur défaite. Le 18 février 1980, les
Canadiens élurent un gouvernement libéral majoritaire,
le troisième pour Pierre Trudeau, lui donnant 146
sièges sur 281 (les Libéraux remportèrent un 147e
siège dans une circonscription où l'élection
avait été reportée). Les Progressistes-conservateurs
remportaient 103 sièges et le NPD, 32. Appuyé par un
cabinet fort et énergique et un groupe parlementaire
revitalisé, M. Trudeau se prépare à faire entrer le
Canada dans les années 80.
Peu après sa victoire électorale de
1980, le Parti libéral s'est à nouveau réuni en
congrès national, du 4 au 6 juillet 1980. Pour la
première fois, ce congrès n'eut pas lieu à Ottawa
mais à Winnipeg. Les délégués ont débattu d'un
projet de manifeste qui tentait de réunir en un seul
document l'histoire du Parti libéral, ses objectifs
et les principes qu'il défend. Chaque association
provinciale et territoriale ne devait alors présenter
que trois résolutions prioritaires chacune et la
Commission féminine ainsi que la Commission jeunesse
n'en présentaient qu'une chacune. Le Projet de
manifeste modifié par le congrès fut renvoyé à la
Commission des politiques qui devait l'étudier et
présenter un rapport au congrès suivant, à Ottawa, du
5 au 7 novembre 1982.
La nouvelle Commission des politiques
organisa un colloque de 100 Libéraux en juin 1981 (le
Colloque de Carleton) afin de déterminer les principaux
thèmes du congrès. Un total de 73 résolutions furent
adoptées sur l'expansion économique, le
développement des ressources, l'accroissement de
l'emploi, certaines révisions à la politique
sociale, la réforme parlementaire, électorale et
gouvernementale ainsi que sur la réforme du Parti.
Répondant à une question de la
Commission des politiques, le congrès de 1982 a
également décidé que le Projet de manifeste de 1980 ne
devait pas être considéré comme le seul énoncé des
principes et politiques libéraux et que l'on
maintiendrait le système de résolutions comme élément
fondamental de la formulation de la politique du Parti.
Réalisations du gouvernement
Le 14 avril 1980, Pierre Elliott
Trudeau revenait à la Chambre des communes Premier
ministre. La première session de la 32e
législature ne prit fin que le 30 novembre 1983,
établissant un record de 588 jours - session la plus
longue et la plus productive de l'histoire
parlementaire canadienne. Plus de 200 projets de loi
furent présentés et 150 d'entre eux sont
effectivement devenus lois. Nombre d'initiatives
importantes ont été lancées par le gouvernement
libéral et « quatre en particulier ont transformé le
Canada » selon les termes du discours du Trône
clôturant la première session.
Les Québécois ayant rejeté la
souveraineté-association à l'occasion d'un
référendum, le gouvernement libéral fédéral
entreprit de renouveler la fédération en rapatriant la
constitution canadienne accompagnée d'une formule
d'amendement et d'une charte des droits et
libertés. Grâce aux efforts du Premier ministre Trudeau
surtout, depuis des années, le Canada est devenu une
nation entièrement indépendante en avril 1982 et la
nouvelle constitution garantit officiellement à tous les
citoyens certains droits et libertés fondamentaux.
Cette garantie devait encore être
renforcée lorsque le Parlement adopta, en 1983, une
résolution invitant le gouvernement
manitobain à respecter ses obligations
constitutionnelles en protégeant les droits de la
minorité francophone dans sa province.
Une autre grande réalisation du
gouvernement fut, en 1980, le programme énergétique
national. Cet ensemble complet de mesures vise la
sécurité de l'offre, un renforcement des prises de
contrôle et de participation canadiennes et la
protection du consommateur dans le développement de
notre potentiel pétrolifère.
Au début des années 1980, le Canada
s'est trouvé plongé dans une grave récession
économique mondiale. Le gouvernement libéral réagit en
annonçant le programme des 6 et 5 p. cent afin de
protéger au mieux les Canadiens de la récession
internationale et de l'inflation intérieure. Ce
programme qui limitait la majoration des revenus et des
prix à 6 et 5 p. cent sur deux ans, fut renforcé par le
secteur privé et les provinces qui, dans
l'ensemble, ont décidé d'y adhérer.
Cherchant à minimiser encore les
effets de l'inflation sur les Canadiens, le
gouvernement a aidé les nouveaux propriétaires de
logements en leur offrant des subventions pouvant
atteindre 3000$. Des mesures spéciales furent adoptées
pour aider les agriculteurs, les pêcheurs et les petites
entreprises. La déduction pour enfants à charge fut
doublée pour atteindre 2000$ par enfant. On lança des
programmes de formation et d'emploi à
l'intention des jeunes chômeurs canadiens.
Le quatrième point fort de cette
session fut l'adoption, à la fin 1983, de la Loi
sur le transport du grain de l'Ouest, qui instaure
un système plus équitable que l'ancien tarif du
Pas-du-Nid-du-Corbeau. Un réseau ferroviaire moderne et
efficace apportera à l'Ouest du Canada des
milliards d'investissements directs et des milliers
de nouveaux emplois.
Le gouvernement libéral a innové sur
plusieurs autres fronts. Il a nommé la première femme
président de la Chambre des communes et la première
femme juge de la Cour Suprême du Canada. « O Canada »
est devenu l'hymne national. Le gouvernement a
également consolidé le système
d'assurance-maladie de notre pays.
La politique étrangère du Canada a
pris de nouvelles dimensions lorsque le Premier ministre
Trudeau exposa un plan hardi visant à diminuer les
tensions entre l'Est et l'Occident par des
initiatives politiques plutôt que militaires. M. Trudeau
est allé rendre visite aux chefs d'État du monde
entier pour tenter de les intéresser à son initiative
de paix visant le contrôle des armements et le
désarmement. Les efforts du Premier ministre ont poussé
le monde à demander la reprise des pourparlers et lui
valurent le Prix Albert Einstein de la Paix: une grande
victoire pour M. Trudeau et pour le Canada.
Les années Turner
Chef du Parti libéral pendant plus de
15 ans, Pierre Elliott Trudeau annonça son intention de
se retirer le 29 février 1984. On convoqua un congrès
national d'investiture pour les 14, 15 et 16 juin
1984. Plus de 3,400 délégués étaient à Ottawa et le
16 juin, au deuxième tour de scrutin, John Napier Turner
fut élu chef du Parti libéral. Deux semaines plus tard,
le 30 juin, il était assermenté Premier ministre du
Canada.
Le 9 juillet, le Parlement fut dissous.
Les élections générales seraient le 4 septembre 1984.
L'électorat avait le choix entre deux nouveaux
chefs: le Premier ministre John Turner et Brian Mulroney
que le Parti progressiste-conservateur avait élu à son
congrès d'investiture, en juin 1983. D'autre
part, le Parti libéral était au pouvoir depuis 1963 -
plus de 21 ans - sauf pour le bref intervalle du
gouvernement conservateur de Joe Clark en 1979. Au fur et
à mesure que la campagne avançait, on s'aperçut
que les Libéraux faisaient face à un grand désir de
changement de la part de l'électorat.
Le 4 septembre 1984, les Canadiens
élurent un gouvernement progressiste-conservateur
majoritaire. Le Parlement comprenait maintenant 211
Conservateurs, 40 Libéraux, 30 Néo-démocrates, et 1
Indépendant.
Bien que les résultats électoraux
furent désastreux pour les Libéraux, le chef, le groupe
parlementaire et les militants du Parti aux quatre coins
du pays ont vite compris le défi et la chance qui
s'offraient à eux de renouveler et de moderniser le
Parti. La résolution 40 du Congrès national de 1982
avait abouti à la création du Comité de la présidente
sur la réforme du Parti libéral dont le mandat était
de consulter largement les membres du Parti et de
recommander des réformes significatives dans les
structures, l'organisation et les pratiques du
Parti. Ce processus démocratique de réforme avait été
interrompu par le congrès d'investiture et les
élections de 1984 mais fut repris avec fermeté en 1985.
John Turner devait déclarer: « Pour les Libéraux de
tout le Canada, c'est le début d'une ère de
réforme et de renouveau. »
Opposition 1984
Certains « experts » et observateurs
prédisaient sinistrement qu'avec seulement 10
députés de plus que le Parti néo-démocrate, le Parti
libéral du Canada en était arrivé au dernier chapitre
de sa longue histoire. John Turner et ses collègues
parlementaires leur ont prouvé combien ils avaient tort.
Les Libéraux n'avaient pas connu
de longue période dans l'Opposition depuis le
balayage Diefenbaker en 1958. Il leur fallut réapprendre
l'art de l'opposition et trouver de nouvelles
stratégies pour réagir à titre d'Opposition
officielle aux programmes très marqués par la droite du
gouvernement Mulroney.
La première grande confrontation vint
lorsque les Conservateurs se proposèrent de désindexer
les pensions de vieillesse. Les Libéraux furent les
premiers à défendre le principe de l'universalité
des programmes sociaux du Canada, programmes que les
gouvernements libéraux successifs avaient institués.
L'opposition féroce qui s'est élevée à la
Chambre des communes et dans tout le pays obligea le
gouvernement à faire marche arrière en 1985.
Le groupe libéral obligea le
gouvernement à rendre des comptes sur tout un éventail
de questions et notamment sur une série de scandales qui
mena à la démission de plusieurs ministres.
Après des promesses répétées de ne
pas augmenter les impôts, le gouvernement majora la
charge fiscale des Canadiens à faible et moyen revenus
et diminua celle des riches et des grosses sociétés,
pour finalement imposer la taxe sur les produits et
services de 7 p. cent qui prit effet en janvier 1991. Le
gouvernement diminua également les ressources des
programmes sociaux et les subventions à l'expansion
régionale, supprimant totalement la contribution
fédérale aux programmes d'assurance-chômage,
imposant les pensions d'assurance vieillesse,
refusant d'honorer ses promesses au sujet de la
garde d'enfants et de la reconversion
professionnelle, pour ne citer que quelques exemples.
Ces politiques régressives se sont
heurtées à l'opposition vigoureuse des Libéraux
à la Chambre des communes et au Sénat. Partout au
Canada, les Libéraux ont soutenu et encouragé
l'Opposition parlementaire en organisant des débats
et discussions très réfléchis à l'occasion de
plusieurs de leurs assises.
Renouveau et reconstruction du Parti
En novembre 1985, sous la direction de
la présidente du Parti, Iona Campagnolo, les Libéraux
se réunissent à Halifax pour la Conférence sur la
réforme. Ils proposent un certain nombre de changements
à la Constitution du Parti afin de moderniser ce dernier
et d'encourager les femmes, les jeunes et les
autochtones à participer plus activement à
l'action du Parti qui devait aussi devenir plus
représentatif de la nature multiculturelle de notre
pays. Nombre de ces propositions furent présentées en
même temps que d'autres au Congrès
d'orientation de 1986 à Ottawa et reçurent
l'appui des délégués. Ceux-ci adoptèrent entre
autres le principe d'une résolution portant
création d'une Commission des peuples autochtones.
Le congrès était aussi appelé à voter sa confiance à
John Turner, ce qu'il fit de façon massive.
Après le Congrès de 1986, le chef
convoqua une série de Conférences Canada visant à
réunir des Libéraux et des experts dans diverses
disciplines. Plus de 450 personnes devaient participer à
ces trois conférences à la fin de 1987 et au début de
1988. Les thèmes en étaient: Consolider
l'économie canadienne: Programme des années 90;
Consolider la société canadienne: Valeurs familiales et
sociales d'une nation parvenant à maturité; et
Consolider la nation canadienne: Souveraineté et
politique étrangère dans les années 90.
Ces discussions, les résolutions des
congrès de 1985 et de 1986, une conférence en 1988 sur
les autochtones et les droits de l'homme ainsi que
d'autres rencontres et discussions menèrent les
Libéraux à élaborer une plate-forme en 40 points pour
les élections de 1988.
L'accord commercial
Canada-États-Unis
Toutefois, ces élections portèrent
essentiellement sur l'accord commercial du
gouvernement conservateur avec les États-Unis, accord
auquel s'opposait fermement la majorité des
Libéraux. John Turner demande aux sénateurs libéraux
de retarder l'adoption du projet de loi
jusqu'à ce que le peuple canadien ait eu la
possibilité de se prononcer sur ce nouvel accord des
plus complexes. Les Libéraux y voyaient beaucoup
d'inconvénients: l'abandon progressif de la
souveraineté canadienne et du contrôle de nos
politiques économiques et sociales, l'incidence
négative de l'accord sur les agriculteurs, les
pêcheurs et plusieurs autres groupes,
l'insuffisance des programmes de soutien aux
victimes de l'accord et un certain nombre
d'autres problèmes, notamment que le gouvernement
ait accepté d'entreprendre de longues négociations
avec les Américains au sujet de la définition de
« subventions ».
Réforme constitutionnelle
En 1987, le gouvernement fédéral et
les gouvernements provinciaux signent l'Accord du
lac Meech en vue de modifier la Constitution. Suite à
d'importants débats au sein du Parti, le Groupe
libéral devait présenter un certain nombre
d'amendements et la majorité de ses membres ont
appuyé l'initiative visant à ramener le Québec à
la table des négociations. L'accord ne devait
finalement pas aboutir puisqu'il n'obtint pas
l'approbation unanime des provinces à l'issue
de la période de trois ans prévue pour sa confirmation.
La rigidité du processus et le fait que le gouvernement
Mulroney ait refusé d'envisager toute modification
furent les principales raisons de cet échec.
Campagne 1988
Bien que le grand enjeu de cette
campagne fut l'accord commercial, la plate-forme
électorale du Parti libéral en 40 points portait
également sur un régime fiscal équitable, sur la garde
des enfants, le logement, l'environnement et un
certain nombre d'autres mesures progressistes. La
magnifique performance de John Turner durant la campagne,
et en particulier au cours des débats avec les chefs des
deux autres partis, lui gagna les louanges et
l'admiration des Canadiens. Les résultats
électoraux furent néanmoins décevants pour les
Libéraux même si leur représentation à la Chambre des
communes avait doublé. Le NPD n'avait pas tellement
progressé et la majorité du gouvernement avait
diminué. Résultats finaux: Libéraux, 83;
Conservateurs, 169; et NPD, 43.
Congrès national d'investiture
à Calgary - 1990
Le 3 mai 1989, John Turner annonce
qu'il entend démissionner du poste de chef du
Parti. Un congrès d'investiture est convoqué à
Calgary en juin 1990. L'honorable Herb Gray est
nommé chef de l'Opposition à la Chambre des
communes le 7 février 1990, poste qu'il occupe
jusqu'à ce que le nouveau chef soit assermenté en
décembre de la même année. En prévision du congrès,
six tribunes sont organisées aux quatre coins du pays
afin de donner aux candidats la possibilité
d'expliquer comment ils entendent traiter les grands
enjeux de l'actualité et d'écouter ce que les
Libéraux ont à dire dans les différentes régions.
Près de 5,000 délégués se sont
retrouvés à Calgary, non seulement pour élire un
nouveau chef, mais également pour élire un nouvel
Exécutif national et se prononcer sur un certain nombre
d'amendements à la constitution du Parti.
Coprésidé par le président sortant Michel Robert et la
députée de Western Arctic Ethel Blondin, le congrès
choisit l'honorable Don Johnston comme nouveau
président et l'honorable Jean Chrétien comme
nouveau chef.
Un des premiers actes du nouveau chef
fut de lancer une grande campagne en vue de réorganiser
le Parti et de renouveler ses efforts de financement afin
de remettre le Parti en état de disputer les prochaines
élections. Il réorganisa aussi le « Cabinet fantôme »,
attribuant de nouvelles responsabilités aux porte-parole
du groupe parlementaire.
Le 10 décembre 1990, Jean Chrétien se
fait élire dans Beauséjour au Nouveau-Brunswick à
l'occasion d'une élection partielle et rejoint
ainsi ses collègues à la Chambre des communes. Il est
assermenté chef de l'Opposition le 20 décembre
1990. Le nouveau chef s'empresse de faire le
nécessaire pour défendre l'unité nationale au nom
du Parti libéral. Comparaissant devant la Commission
Bélanger-Campeau sur l'avenir de la province
quelques jours seulement après l'élection
partielle, M. Chrétien déclare:
« Une étude attentive des
faits nous mène inévitablement à la conclusion
que ce qui a fait de nous l'une des
sociétés les plus avancées du monde mérite
d'être protégée. »
Commission de la réforme
Un mandat visant l'étude et le dépôt
d'amendements proposés à la Constitution du Parti fut
accordé à la Commission de la réforme en 1990, lors du
congrès national d'investiture à Calgary. On demanda
spécifiquement à la Commission de formuler des
recommandations sur la méthode de suffrage universel que
l'on pourrait utiliser pour élire le prochain Chef
libéral, l'établissement d'une commission électorale
permanente, les finances du Parti, la structure du Parti,
ses membres ainsi que toutes autres propositions qui
rehausseraient la démocratie, l'accessibilité, la
responsabilité et l'équité au sein du Parti. Les
recommandations contenues dans le rapport final de la
Commission intitulé « Direction réforme », furent
utilisées à titre d'ébauche pour les amendements
constitutionnels lors de la tenue du Congrès
constitutionnel de 1992 qui a eu lieu à Hull, Québec,
les 20 et 21 février.
Colloque d'Aylmer
Peu de temps après son élection,
Monsieur Chrétien a demandé au Parti libéral du Canada
de convoquer un colloque afin de discuter et de débattre
la question de la place du Canada dans un monde en pleine
transformation, tant au niveau international que
structurel. Le but de ce colloque était de rassembler
des experts canadiens et étrangers afin de discuter les
implications de cette mondialisation et le rôle du
gouvernement dans l'économie, l'environnement, la
santé, les sciences et la technologie.
Le colloque, qui a eu lieu du 22 au 24
novembre 1991, a connu un succès retentissant. Plus de
200 participants provenant des secteurs de l'industrie,
du bénévolat, des groupes d'intérêts et
d'établissements d'enseignement ont pris part
à ce colloque pour y discuter des questions majeures
auxquelles fait face notre nation, alors que l'on se
dirige vers le 21e siècle et, plus
particulièrement, le défi de gouverner en cette ère
nouvelle.
Le colloque d'Aylmer fut le point
déterminant du retour de la tradition du Parti libéral
entourant les « colloques d'idées » établis par le
colloque de Port Hope en 1933 et celui de Kingston en
1960. Il fut aussi le point important du plan
pré-électoral du Parti libéral, qui incluait le
congrès constitutionnel du Parti et le congrès biennal
de février 1992, ainsi que la formulation du Comité de
la campagne nationale et le Comité de la plate-forme
nationale.
Élections de 1993
En février 1992, lors du Congrès
biennal du Parti libéral, où se sont rassemblés des
milliers de militants libéraux en provenance des quatre
coins du Canada, une série de résolutions fixant les
buts d'un nouveau gouvernement libéral, furent
adoptées. Durant l'année 1992 et la première tranche
de 1993, le Comité de la plate-forme du Parti,
co-présidé par Paul Martin et Chaviva Hosek, s'est
penché sur le travail de 1990 et 1991 et a voyagé à
travers le Canada, rencontrant et écoutant des milliers
de Canadiens et Canadiennes. Cette consultation a eu pour
effet la formulation de « Pour la création d'emplois,
Pour la relance économique: Le plan d'action libéral
pour le Canada ». Le « Livre Rouge » paru lors de
la campagne électorale, est basé sur une approche
cohérente et intégrée à la politique économique,
sociale, environnementale et étrangère.
Le 25 octobre 1993, le Parti libéral
du Canada a réussi à obtenir 177 sièges, le seul parti
politique à faire élire des députés dans chaque
province du pays. Jean Chrétien fut assermenté le 4
novembre 1993, à titre de 20e Premier
ministre du Canada.
Congrès biennal 1996: Trois ans de
Gouvernement libéral
« Pour la création d'emploi, pour
la relance économique », notre Livre rouge, fut au coeur
de la campagne électorale de 1993. C'était la
première fois qu'un parti politique déclarait
publiquement, par écrit et de façon détaillée,
comment il entendait gouverner. Au Congrès biennal du
Parti en 1996, le très honorable Jean Chrétien innovait
encore en dévoilant le « Bilan des réalisations »,
compte-rendu précis expliquant en 120 pages comment son
gouvernement avait tenu 78% des promesses du Livre rouge
et ce, après trois ans seulement d'un mandat de
cinq ans.
Qu'il s'agisse de grandes
initiatives tel que l'assainissement des finances
publiques essentielle à la création d'emplois ou
de mesures plus précises tel que le rétablissement du
financement des programmes d'alphabétisation ou la
création d'un programme de nutrition prénatale, le
« Bilan des réalisations » présente un rapport honnête
de l'action du gouvernement depuis son élection en
1993.
Les Libéraux remportent 155
sièges, soit une deuxième majorité d'affilée
Le 2 juin, les Libéraux, d'un
bout à l'autre du pays, célébraient la deuxième
majorité consécutive du gouvernement Chrétien, ce que
l'on n'avait pas vu depuis les deux victoires
consécutives du Premier ministre Louis Saint-Laurent en
1953. Ayant élu des députés dans toutes les régions
du pays, le Parti libéral du Canada reste le seul qui
puisse prétendre être un parti politique vraiment
national.
Lorsque le Premier ministre a annoncé
le 28 avril que les élections auraient lieu début juin,
il savait que les Canadiens examineraient les
différentes options qui s'offraient à eux avant de
décider du genre de pays qu'ils souhaitaient, pour
eux et pour leurs enfants.
Durant toute la campagne, Jean
Chrétien a exposé sa vision du Canada. Son approche
n'est pas faite de promesses grandioses et de gestes
d'éclat. Il a présenté aux Canadiens un plan
pratique et pragmatique pour assurer notre avenir commun.
Le programme du Parti « Bâtir notre avenir ensemble »
repose sur les bases solides et stables que le
gouvernement libéral a jetées au cours des quatre
dernières années. Il prévoit des mesures réalisables
qui nous permettront de progresser ensemble et
d'élargir les possibilités de tous les Canadiens,
de nous mettre en marche vers le siècle prochain sous le
signe de la confiance et du succès.
Les élections de 1997 furent
également l'occasion pour un nombre record de
femmes de briguer la députation fédérale. Le Premier
ministre avait annoncé que le Parti aurait au moins 75
candidates. Finalement, elles étaient 84 à se
présenter sous la bannière libérale, et 37 ont été
élues.
Nous avons maintenant cinq partis
officiels à la Chambre des communes et la 36ème
législature sera certainement marquée par la diversité
et la politique.
[Ce texte a été rédigé après les élections fédérales de 1997]
Comment citer cette page
GINGRAS, François-Pierre, « Document. Le Parti Libéral du Canada : son histoire, son héritage, ses chefs »,
http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/doc/histoire-pc.html, 10 janvier 2001.
Liens intéressants
L'histoire du Parti Progressiste-Conservateur du Canada du Canada
Page mise à jour le 10 janvier 2001.
une vue de l'intérieur
(texte tiré de la documentation officielle du Parti)
Autres pages de François-Pierre Gingras :
fgingras@uottawa.ca.