UNIVERSITÉ D'OTTAWA
Département de science politique

Professeur François-Pierre Gingras

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Le Parti Libéral du Canada :
son histoire, son héritage, ses chefs

L'histoire et l'héritage du Parti Libéral du Canada : une vue de l'intérieur
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L'histoire et l'héritage du Parti Libéral du Canada :
une vue de l'intérieur

(texte tiré de la documentation officielle du Parti)

Au Canada, on peut faire remonter l'origine des partis politiques aux premiers jours du peuplement des colonies anglaises et françaises du Haut et du Bas-Canada. La révolution américaine avait poussé au Canada un nombre très considérable de loyalistes de l'Empire Uni. Ceux-ci s'établirent surtout dans le Haut-Canada (l'Ontario actuel) et dans certaines parties de la région de l'Atlantique. Ils étaient convaincus de la nécessité d'une classe dirigeante qui se composait des grandes familles et des élites du monde des affaires et des professions libérales et qui formait dans les colonies une masse compacte entourant le gouverneur anglais. Comme leurs homologues en Angleterre, ils finirent pas être connus sous le nom de « Tories ».

Les ancêtres du Parti libéral moderne soutenaient que les Anglais, nés libres, n'avaient perdu aucun de leurs droits en franchissant l'Atlantique et que le gouvernement devait avoir pour tâche d'assurer le bien-être et de défendre les intérêts des colons.

Après la guerre de 1812, la revendication de l'autonomie se faisait de plus en plus vive dans ces colonies qui allaient devenir le Canada. La Révolution américaine avait établi un précédent de révolte bien marqué que les colons rejetèrent en faveur d'un processus d'évolution plus graduel.

Les Réformistes

Ceux qui s'opposaient à la théorie de la classe dirigeante - les Réformistes (Libéraux) étaient beaucoup moins bien organisés que les Tories, déjà au pouvoir. Dans le Bas-Canada, ils étaient conduits par Louis-Joseph Papineau et, dans le Haut-Canada, par William Lyon Mackenzie.

Il y avait eu force agitation réformiste dans les régions peu peuplées du Haut-Canada. Dans le Bas-Canada, de semblables appels aux réformes avaient mené à l'élection d'une assemblée dominée par les Réformistes de Papineau. Des Réformistes de diverses provinces échangèrent une correspondance constante. Mackenzie, Papineau et leur partisans, dans le Haut et le Bas-Canada, travaillaient sciemment aux mêmes fins dans le cadre d'une étroite alliance.

Les Réformistes s'opposaient aux privilèges spéciaux des oligarchies dominant le Haut et le Bas-Canada qui s'appellaient respectivement le « Family Compact » et la clique du Château. Cette dernière formait une élite gouvernant au mépris et souvent à l'encontre des revendications de la majorité. Son équivalent dans le Haut-Canada, le « Family Compact », se montrait tout aussi tyrannique. Peu à peu, cependant, les Réformistes se rendirent compte que la seule vraie façon de redresser leurs griefs et de détruire les privilèges était, comme le disait William Lyon Mackenzie en 1835, d'établir « le système constitutionnel britannique qui fait obligation au chef du gouvernement de se choisir comme conseillers et principaux collaborateurs des hommes qui jouissent de la confiance de l'élément populaire de la législature ». Ils voyaient dans le gouvernement responsable le moyen d'extirper des privilèges spéciaux et d'accorder des droits égaux à tous.

Découragés de ne pouvoir obtenir de réforme autrement, les Réformistes décidèrent d'avoir recours aux armes dans la rébellion de 1837. Malgré l'échec rapide de cette brève tentative, ils témoignèrent ainsi de leur détermination et de l'urgence des réformes.

Après l'Acte d'Union

En 1838, l'Angleterre délégua comme gouverneur Lord Durham qu'elle chargea de restaurer l'ordre, d'enquêter sur les causes de la rébellion et de suggérer les mesures à adopter pour l'avenir. À l'issue de sa mission, Lord Durham présenta un rapport considéré comme l'un des « documents constitutionnels les plus importants de l'histoire de la colonisation britannique ». Ses deux principales recommandations étaient l'union du Haut et du Bas-Canada et l'octroi immédiat d'un gouvernement responsable.

En 1841, l'Acte d'Union fusionnait le Haut et le Bas-Canada et établissait une seule entité législative devant se dénommer Canada. L'Acte prévoyait un gouverneur, un Conseil législatif nommé à vie par la Couronne (un amendement apporté en 1856 prévoit l'élection de ses membres tous les huit ans) et une Assemblée législative de 84 membres élus, chacune des deux anciennes colonies en comptant 42.

La question du gouvernement responsable ne fut pas réglée, cependant, avant les élections générales de janvier 1848. Robert Baldwin et Louis-Hippolyte Lafontaine, chefs des Réformistes canadiens, comprirent que le gouvernement responsable ne deviendrait une réalité que s'ils réussissaient à obtenir l'appui de la majorité des membres de la législature dans l'une et l'autre des anciennes colonies. Ils obtinrent cette majorité aux élections de 1848, sept ans après la fusion officielle du Haut et du Bas-Canada. Baldwin et Lafontaine furent chargés de former le premier cabinet. Ce gouvernement dualiste « francophone-anglophone » symbolisait l'union de l'Ontario et du Québec, mais allait aussi devenir un principe fondamental qui continuerait à inspirer la politique du Parti libéral.

Un gouvernement responsable suppose des partis bien organisés. Son fonctionnement efficace dépend, en effet, de la possibilité pour un parti de compter sur une majorité stable dans une assemblée représentative. La coalition Lafontaine-Baldwin ne devint pas tout à fait un parti à l'époque et elle fut rapidement dissoute après leur retraite en 1851. Cette coalition n'en constitue pas moins une des grandes réalisations de l'histoire politique canadienne. Pour la première fois, le gouvernement était exercé par un parti organisé. La coalition fut aussi le premier exemple de ce qui est devenu le trait le plus frappant et le plus distinctif de la vie politique canadienne: Le parti biracial qui surmonte les divergences de vues entre Français et Anglais et réunit ces derniers afin de diriger un gouvernement fondé sur des principes acceptables aux uns et aux autres.

Les Libéraux (Grits)

Dans les années qui suivirent l'institution du gouvernement responsable (1848), la physionomie des partis politiques se transforma graduellement. En 1854, il se forma une coalition libérale-conservatrice afin d'assurer une majorité. Cette coalition s'est peu à peu solidifiée en un parti habilement dirigé par John A. Macdonald et Georges-Etienne Cartier.

L'opposition au gouvernement libéral-conservateur des années 1850 se divisa en deux groupes: les Grits du Haut-Canada menés par George Brown, rédacteur influent du journal The Globe et les Rouges du Bas-Canada. Ils s'unirent brièvement mais n'en vinrent jamais à se coaliser dans un véritable parti avant 1867. S'ajoutant des alliés des provinces Maritimes après la Confédération, ils devaient devenir le Parti de la réforme ou Parti libéral de Mackenzie, de Blake et de Laurier.

La Confédération a été amenée, en ce qui concerne la province du Canada, par la coalition des Conservateurs de Macdonald-Cartier avec les Grits de Brown. Le groupe des Rouges refusa de se joindre au mouvement. Avant le 1er juillet 1867, Brown avait entraîné la plupart de ses partisans en dehors de la coalition. Macdonald forma le premier gouvernement fédéral en constituant un cabinet pris parmi ses propres Conservateurs, des alliés trouvés dans les Maritimes et quelques Grits du Haut-Canada. Il y eut quelques années de confusion de partis; graduellement cependant, ils se distinguèrent plus nettement et, aux deuxièmes élections (1872), ce fut une véritable lutte de partis qui se livra entre un gouvernement conservateur et une opposition réformiste ou libérale.

Les Libéraux — Alexander Mackenzie

À l'exception des années 1873 à 1878, les Conservateurs dominèrent la scène politique de la Confédération à 1896.

En novembre 1873, Macdonald fut contraint de démissionner à cause du scandale du Pacifique et les élections furent fixées à l'année suivante, élections où les Libéraux remportèrent 133 sièges et les Conservateurs 73. Les quatre années suivantes, le Canada eut un gouvernement libéral dirigé par Alexander Mackenzie.

Durant ces années, les Libéraux opérèrent nombre de réformes dont certaines des plus remarquables furent l'établissement du scrutin secret à la place du vote découvert, la tenue des élections en un seul jour, la création de la Cour suprême du Canada et l'institution du journal des débats, le Hansard. Malgré ces réformes, le Parti libéral ne réussit, sous Mackenzie, à se gagner un appui populaire solide qu'en Ontario; en 1878, le gouvernement connut une grande défaite aux élections générales. Les Conservateurs obtinrent 137 sièges et les Libéraux 69.

Edward Blake

En 1880, Alexander Mackenzie fut remplacé comme chef du Parti libéral par Edward Blake, grand parlementaire mais homme dont la direction ne fut pas des plus heureuses. À la retraite de Blake, les députés libéraux élurent Wilfrid Laurier chef national du Parti. Le choix de Laurier comme successeur de Blake montrait bien que le Parti libéral acceptait l'association égale des Anglais et des Français au Canada. Dès son élection comme chef du Parti, Laurier se mit à prêcher l'idéal de l'unité nationale. Lorsqu'il mourut en 1919, Laurier avait passé presque 45 ans à la Chambre des communes, dont 15 ans en tant que Premier ministre du Canada.

Les années Laurier

Laurier a été surnommé l'architecte du libéralisme moderne. À Québec, en 1877 — 10 ans avant de devenir Premier ministre — il définissait ainsi le libéralisme:

«  Le principe du libéralisme réside dans l'essence même de notre nature, dans cette soif de bonheur que nous apportons avec nous dans la vie, qui nous suit partout, pour n'être cependant jamais complètement assouvie de ce côté-ci de la tombe. Nous gravitons sans cesse vers un idéal que nous n'atteignons jamais. À peine sommes nous arrivés au terme que nous nous étions assigné, que nous y découvrons des horizons que nous n'avions pas même soupçonnés. Nous nous y précipitons, et ces horizons, explorés à leur tour, nous en découvrent d'autres qui nous entraînent, encore et toujours plus loin. Ainsi en sera-t-il tant que l'homme sera ce qu'il est, tant que l'âme immortelle habitera le corps mortel; ses désirs seront toujours plus vastes que ses moyens, ses actions n'arriveront jamais à la hauteur de ses conceptions. »

Durant les dernières années 1880, le Parti libéral réalisa de constants progrès dans les provinces, si bien qu'en 1891 les Libéraux étaient au pouvoir dans toutes, sauf en Colombie-Britannique. Même s'ils ne remportèrent pas les élections fédérales cette année-là — ils obtinrent 92 sièges contre 123 aux Conservateurs — ils réalisèrent des gains impressionnants. En 1893, Laurier convoqua le premier congrès national du Parti libéral du Canada qui réunit à Ottawa 2,500 délégués de tout le pays. C'était la première fois que des Libéraux de toutes les régions du Canada se rencontraient pour élaborer une politique. Le congrès fut empreint de la nouvelle conscience nationale qui régnait au Canada et les délégués rentrèrent chez eux pour édifier un parti politique vraiment national et voué à concilier l'autonomie provinciale et l'unité nationale, à défendre la liberté civile et religieuse, et à établir une nation canadienne autonome dont tous les éléments seraient harmonisés sans pour autant perdre leur caractère distinctif.

La crise provoquée par l'exécution de Riel en 1885 marqua le commencement de la désintégration du régime de Macdonald. Le vieil antagonisme entre Français et Anglais surgit de nouveau. Après leur victoire sur les Conservateurs aux élections de 1896 (Libéraux, 117 sièges; Conservateurs, 89), les Libéraux de Laurier attirèrent dans leur parti beaucoup de Bleus, les Conservateurs modérés du Québec. C'est ainsi qu'ils bénéficièrent d'un appui considérable au Québec et que le Parti libéral devint celui de la collaboration franco-anglaise tout comme les Conservateurs de Macdonald l'avaient été.

Le gouvernement libéral de Laurier se lança dans une ambitieuse politique de développement national fondé sur l'immigration et la construction ferroviaire. L'expansion rapide de l'agriculture de l'Ouest, axée surtout sur le blé, stimula et en grande partie créa une économie nationale au Canada pour la première fois. Le développement de l'Ouest suscita un marché grandissant pour l'industrie de l'Est. La croissance de l'industrie moderne amena, d'autre part, de nouvelles difficultés au niveau des relations de travail et du bien-être social. En 1900, le gouvernement libéral établit un ministère du Travail chargé des problèmes dus à la croissance de la grande industrie urbaine.

Défaite infligée par Robert Borden

La première période de la réforme libérale se poursuivit jusqu'en 1911. Mais Laurier proposa un bill naval qui fut dénoncé par les nationalistes québécois et, malgré l'opposition conservatrice, accepta une certaine réciprocité commerciale avec les États-Unis. Les Conservateurs et les Nationalistes s'allièrent et, après les élections générales de 1911, le Parti libéral se trouva de nouveau dans l'opposition avec 86 sièges, contre 132 aux Conservateurs. Sir Robert Borden fut élu Premier ministre, charge qu'il occupait à l'ouverture de la Grande Guerre.

Les efforts déployés par Laurier pour qu'Anglais et Français continuent à collaborer furent contrariés par une nouvelle cause de clivage entre les deux groupes, à savoir les relations du Canada avec l'Empire. Depuis la guerre des Boers de 1899, ils s'étaient rangés dans des camps différents sur la question; lorsque les tensions de la Grande Guerre se firent sentir, ils se divisèrent dans l'amère querelle suscitée par la conscription.

En 1917, la question avait pris des proportions critiques. Robert Borden était convaincu que la conscription s'imposait, mais il ne croyait pas qu'un gouvernement d'un seul parti pût bien l'appliquer. Il invita Laurier à se joindre à une coalition afin d'imposer la conscription. Laurier ayant refusé, Borden entama des négociations avec les principaux Libéraux de langue anglaise. L'un après l'autre, ils abandonnèrent Laurier pour se joindre au gouvernement unioniste ou l'appuyer. Aux élections de décembre 1917, Mackenzie King était presque le seul conseiller privé d'expression anglaise demeuré aux côtés de Laurier et ce fut pour lui une défaite. Pas un seul Canadien-français du Québec n'avait été élu à l'appui du gouvernement unioniste et Laurier ne comptait qu'une poignée de partisans hors du Québec. Sur les 82 Libéraux, 62 venaient du Québec; presque la moitié des autres représentaient des circonscriptions à forte population de langue française.

Mackenzie King

Wilfrid Laurier mourut le 16 février 1919. Six mois plus tard, le deuxième congrès national du Parti libéral organisé à Ottawa élisait son successeur, William Lyon Mackenzie King. Le congrès adopta, une fois encore, des résolutions qui formulaient un nouveau programme progressiste pour le Canada, programme destiné à affermir un pays affaibli par la dépression d'avant-guerre et ébranlé par le choc de la guerre et l'inflation et la dislocation économique qui suivirent.

La collaboration des Libéraux francophones au congrès et le choix d'un chef anglophone montraient bien que les Libéraux de langue française entendaient rétablir le Parti libéral sur la base de l'harmonie raciale et de l'unité nationale.

En 1921, les Libéraux revinrent au pouvoir sous la conduite de Mackenzie King, mais la physionomie des Communes était changée du tout au tout. Il manquait un siège au groupe libéral qui réunissait 116 députés pour avoir la majorité. Mais plus de la moitié étaient originaires du Québec dont les 65 sièges étaient passés au Parti libéral. Les Conservateurs ne détenaient que 50 sièges, le 65 autres étant occupés pas les Progressistes, groupe d'agriculteurs élus pour protester contre la politique agricole d'Ottawa.

Au cours des quatre années qui suivirent, Mackenzie King élabora quelques politiques très acceptables pour les agriculteurs: aide au Canadien national et à ses lignes secondaires et rétablissement des tarifs du Pas du Nid de Corbeau tout à fait acceptables pour les agriculteurs pour le transport des céréales. Mais en ce qui concerne les réductions douanières, il n'intervint pas assez rapidement. De ce fait, lors des élections générales de 1925, les Libéraux et les Progressistes se partagèrent les voix dans l'Ouest, ce qui permit aux Conservateurs de sortir vainqueurs avec 116 sièges (contre 101 pour les Libéraux et 24 pour les Progressistes). Néanmoins, les Progressistes appuyèrent Mackenzie King qui put demeurer Premier ministre.

En juin 1926, le gouverneur général, Lord Byng, refusa de dissoudre le Parlement, bien que le gouvernement minoritaire de Mackenzie King eût essuyé une défaite en Chambre. Il demanda plutôt au chef conservateur, Arthur Meighen, de former le gouvernement. Mais celui-ci ne put gagner la confiance de la Chambre et de nouvelles élections eurent lieu en septembre 1926.

Dans l'intervalle, nombre de candidats libéraux et progressistes du Manitoba et de l'Ontario s'engageant à appuyer le gouvernement libéral s'étaient accordés sur une investiture conjointe libérale-progressiste. Cette alliance et la vigueur de l'organisation libérale en Saskatchewan amenèrent la restauration du Parti libéral comme parti vraiment national. Les Libéraux remportèrent 116 sièges, les Conservateurs 91, et Mackenzie King put gouverner grâce à l'appui des petits partis alliés.

Les années King

Les années 1920 furent une période de croissance et de développement au Canada. Avec Ernest Lapointe, chef du Canada français, Mackenzie King s'employa à impartir une nouvelle dimension à l'oeuvre du libéralisme. Conscient des besoins politiques et sociaux de la nouvelle société urbano-industrielle qui s'était développée rapidement au Canada sous l'impulsion de la Grande Guerre, il persuada le Parti libéral d'adopter une politique de réforme sociale progressiste.

Sur le plan international, Mackenzie King était convaincu que le principe de gouvernement responsable au Canada devait être porté à sa conclusion logique par la conversion de l'Empire britannique en un Commonwealth de nations égales et librement associées, mais ne comportant pas d'institutions centralisées. Après une longue résistance, cette vue finit par l'emporter comme base constitutionnelle du nouveau Commonwealth des nations britanniques à la Conférence impériale de 1926.

Défaite infligée par Bennett, puis victoire

Après les grandes années de prospérité de 1927 et 1928, le choc du marasme économique de 1929 secoua tout le pays et laissa le gouvernement libéral incertain quant à la façon de survivre au bouleversement social et économique. À l'été 1930, le gouvernement libéral fut battu par les Conservateurs dirigés par R.B. Bennett qui remportèrent 137 sièges contre 88 libéraux. Les Conservateurs, cependant, ne furent pas plus capables de remédier aux perturbations économiques. La population leur tint rigueur de ne pas réussir à arrêter la baisse calamiteuse de niveau de vie ainsi que la perte de confiance et d'espoir qui marqua les années 1930-1935. Aux élections de 1935, le Parti libéral obtint 171 sièges et Mackenzie King revint au pouvoir.

Dans les années qui suivirent, Mackenzie King et ses collègues se trouvèrent devant la menace d'une autre guerre mondiale accompagnée de la rupture possible de l'unité nationale. Les Libéraux étaient divisés sur les meilleurs moyens d'éviter la catastrophe de la guerre, mais unis dans leur désir de la prévenir.

L'après-guerre

La guerre influa sur l'organisation aussi bien que sur la pensée du Parti libéral. Après les élections de mars 1940, l'organisation du Parti fut démantelée jusqu'à ce que, à l'été de 1943, la victoire militaire semblât assurée. Mackenzie King ranima le Parti dont il canalisa l'énergie pour préparer un programme d'après-guerre.

Pour préciser les grandes orientations du Parti et formuler un programme d'envergure, Mackenzie King demanda à la Fédération libérale nationale de convoquer son Conseil consultatif en 1943. Le conseil étudia et discuta les politiques que les Libéraux jugeaient indispensables si l'on voulait assurer la poursuite de la croissance et de la prospérité du Canada après la guerre.

Mackenzie King et son gouvernement acceptèrent les recommandations du conseil. Dans le discours du Trône, à l'ouverture de la session parlementaire en janvier 1944, presque tout le programme d'après-guerre était énoncé dans les intentions législatives du gouvernement. Le programme comprenait une nouvelle politique monétaire, un vaste programme de sécurité sociale, un généreux et vaste plan de rétablissement au bénéfice des anciens combattants, l'établissement de la Banque d'expansion industrielle afin d'assurer des crédits aux petites entreprises, et des mesures telles que la Loi nationale sur l'habitation et la Loi sur les prêts destinés aux améliorations agricoles. Les Canadiens soutinrent ce programme qui permit à Mackenzie King de remporter sa sixième victoire électorale en 1945. Les Libéraux obtinrent 125 sièges, contre 67 pour les Progressistes conservateurs.

Dans une société obsédée par le spectre de la grande crise des années 30, la promesse du plein emploi constituait un argument supplémentaire, décisif dans la victoire des Libéraux. Mackenzie King hésita à s'engager avant d'être assuré que c'était un objectif réalisable, sur le plan tant politique qu'économique, en période de paix. Il reconnut que le plein emploi exigeait une intensification du commerce. Même si un marasme économique d'après-guerre avait été craint de toutes parts, il n'en fut rien. Il devint manifeste qu'il y aurait pénurie plutôt qu'excédent de main-d'oeuvre. Le gouvernement libéral se lança donc, en 1947, dans un programme d'immigration qui a contribué à accroître la population du pays plus qu'en toute décennie de son histoire.

Les années St-Laurent

En janvier 1948, Mackenzie King, qui était alors chef du Parti libéral depuis 29 ans, annonça son intention d'abandonner la direction du Parti. Le Parti convoqua un congrès national au mois d'août à Ottawa et Louis St-Laurent fut élu au premier tour pour succéder à Mackenzie King.

St-Laurent hérita de Mackenzie King le Parti le plus solide de l'histoire du Canada, une structure puissante érigée rouage après rouage depuis 1919 et demeurée intacte malgré les pertes électorales de 1945. Le gouvernement libéral de St-Laurent devait accomplir beaucoup pour le Canada au cours des neuf années qui suivirent.

L'une des premières réalisations du gouvernement St-Laurent fut le parachèvement du grand projet de Confédération par l'adhésion de Terre-Neuve en 1949.

Le Canada devint le 3e pays du monde pour le commerce extérieur et le gouvernement canadien appuya l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).

Le programme de sécurité sociale du Canada fut étendu. Citons: pension de vieillesse sans justification des ressources, assistance-vieillesse, allocation aux aveugles, extension des subventions à la santé, adoption de la Loi sur les invalides, etc.

L'autonomie du Canada, déjà réalisée dans les faits, fut marquée par un des derniers gestes symboliques: le remplacement du Comité judiciaire du Conseil privé du Royaume-Uni par la Cour suprême du Canada comme dernier tribunal d'appel, notamment pour les questions constitutionnelles.

Dans le domaine des affaires internationales, St-Laurent et Lester B. Pearson, le nouveau secrétaire d'État aux Affaires extérieures, collaborèrent étroitement pour que la nation s'unisse en faveur d'une participation active et constructive du Canada sur la scène internationale. Son rôle aux Nations-Unies, dans l'établissement de l'OTAN, dans l'institution du Plan Colombo, comme membre de la Commission consultative internationale en Indochine, dans le conflit coréen et dans l'autres domaines fit du Canada un des pays les plus respectés du monde. Lors de la crise de Suez, l'intervention de Pearson dans la création des Forces d'urgence des Nations-Unies lui valut le Prix Nobel de la Paix.

L'époque de St-Laurent fut en outre une des plus grandes périodes de croissance de l'histoire du Canada en termes de démographie, de richesse nationale et de revenus individuels. Cette énorme expansion économique fut favorisée par une politique d'encouragement à l'immigration intense de main-d'oeuvre et de capitaux.

La prospérité nationale ne se limita pas à l'aspect matériel. L'une des initiatives les plus originales du gouvernement St-Laurent fut la création de la Commission royale d'enquête sur les arts, les humanités et les sciences sociales, présidée par Vincent Massey. Le Conseil des Arts du Canada fut créé à la suite des recommandations de la commission.

Loin du pouvoir

En 1957, les Libéraux se trouvaient au pouvoir depuis 22 ans. Ce fait, ainsi que leur précipitation et leur manque de discernement durant le débat sur les pipelines amenèrent les Canadiens à penser qu'il fallait donner sa chance à un autre parti.

Les Conservateurs avaient un nouveau chef, John Diefenbaker. Il se concentra, avec force éloquence et beaucoup d'habileté politique, sur l'âge du gouvernement et sur son « arrogance ».

Les élections eurent lieu le 10 juin 1957. Le Parti libéral remporta 40 p. cent des suffrages, l'Opposition 30 p. cent; mais le nouveau parlement ne comptait que 105 Libéraux contre 112 Conservateurs. La balance politique, dans le gouvernement conservateur minoritaire, se trouvait entre les mains de 25 cécéfistes et de 19 membres du Crédit social. Le 21 juin 1957 John Diefenbaker devint Premier ministre du Canada.

Les années Pearson

En septembre 1957, Louis St-Laurent annonça qu'il entendait abandonner la direction du Parti. Au congrès national tenu à Ottawa en janvier 1958, Lester B. Pearson fut choisi pour lui succéder. Les politiques du Parti y furent soigneusement discutées et réaffirmées, assorties de certains amendements importants. Pour la première fois, la création d'une communauté commerciale atlantique fut adoptée comme objectif politique du Parti libéral. L'institution d'un vaste programme de bourses d'études nationales, complété de fonds nationaux destinés à assurer des prêts aux étudiants méritants, devint aussi un objectif immédiat du Parti. En outre, le programme libéral comprenait l'établissement d'un fonds de prêts aux municipalités et d'un fonds d'aide en capital au bénéfice des provinces de l'Atlantique, ainsi qu'une assistance spéciale à ces dernières pour l'achèvement de la Route transcanadienne et la construction de routes principales.

Le 1er février 1958, le nouveau chef à peine en fonction, le Parlement fut dissous, et des élections générales déclenchées. Les Libéraux essuyèrent une des plus grandes défaites de leur histoire: ils ne remportèrent que 49 sièges, dans quatre seulement des dix provinces, tandis que les Conservateurs en avaient 208, ce qui constituait la plus grande majorité de l'histoire du pays. Le Crédit social ne remporta pas un seul siège, et les Cécéfistes durent se contenter de huit.

La remontée au pouvoir

Pearson s'employa immédiatement à une double tâche: assurer une opposition efficace au Parlement et reconstruire le Parti libéral dans tout le pays.

Sous sa direction, les Libéraux réalisèrent trois grands objectifs. Ils donnèrent une nouvelle orientation au Parti. Ils constituèrent une nouvelle équipe de personnes compétentes, comme Judy LaMarsh, élue à la Chambre des communes lors des élections partielles de 1961, Maurice Sauvé, Guy Favreau, Walter Gordon, Mitchell Sharp, Charles Drury, Jean-Luc Pépin et John Turner, afin d'aider le Parti à discuter et à définir sa politique. Ils donnèrent l'image d'une opposition responsable au Parlement en proposant des contre-mesures constructives.

Le premier des trois objectifs du Parti fut atteint de manière spectaculaire en 1960 lors de la Conférence libérale de Kingston où fut élaboré un nouveau programme ambitieux et tourné vers l'avenir, comprenant une vaste extension des services de bien-être social. Universitaires, hommes politiques et chefs de file de tous les secteurs de la vie canadienne participèrent à la formulation de la politique libérale.

Au cours de la campagne électorale de 1962, Pearson insista sur le chômage, sur la mauvaise administration à Ottawa et sur la perte, pour le Canada, de son prestige international; ce qui, cependant, consomma plus que toute autre chose la défaite du gouvernement Diefenbaker, fut la question des armes nucléaires. La question remontait à 1957 alors que l'OTAN avait décidé de stocker en Europe des armes nucléaires américaines à l'usage de ses forces (y compris les troupes canadiennes). En 1958, le gouvernement Diefenbaker décida d'abandonner la construction de l'avion Avro Arrow et de le remplacer par le missile Bomarc B qui devait être équipé d'une ogive nucléaire. Il surgit une crise d'indécision quand vint le temps de fournir les ogives nucléaires sans lesquelles le Bomarc n'était qu'une grosse et fort coûteuse cartouche à blanc.

Très divisés sur la question des armes nucléaires, les Conservateurs sortirent des élections de 1962 avec un pouvoir fort réduit: sur les 208 sièges enlevés aux élections de 1958, ils n'en gardaient que 116. L'Opposition libérale doublait le nombre de ses députés en emportant 99 sièges. Le Crédit social et le NPD effectuaient une énorme remontée avec respectivement 30 et 19 sièges. Seul le déséquilibre de la représentation rurale permit à John Diefenbaker de prolonger de quelques mois le mandat de son gouvernement minoritaire.

En 1962, Lester Pearson décida qu'il fallait honorer les engagements du Canada envers l'OTAN et se déclara favorable à l'utilisation des ogives nucléaires au besoin.

Au terme d'une campagne basée sur la promesse des « 60 jours de décision », le Parti libéral sortit victorieux des élections d'avril 1963, mais sans avoir la majorité absolue, ce qui tenait, en partie, à la montée inattendue du mouvement créditiste de Réal Caouette, mouvement qui reçut un appui considérable au Québec. Ces élections se soldaient par les résultats suivants: Libéraux, 129 sièges; Progressistes conservateurs, 95; NPD, 17; et Crédit social, 24.

Dès son arrivée au pouvoir, Pearson se rendit compte que la survie de la Confédération dépendait dans une grande mesure du succès avec lequel il concilierait les aspirations des francophones et des anglophones. À l'automne 1963, le gouvernement chargea la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme « ...de recommander les mesures à adopter pour assurer le développement de la Confédération canadienne sur la base d'une association égale entre les deux races fondatrices... ». Sur la recommandation de la commission, le gouvernement libéral institua un vaste programme en vue de promouvoir le bilinguisme dans la Fonction publique.

Afin de contrer les dissensions grandissantes et d'affermir l'unité nationale, le gouvernement libéral formula une politique de fédéralisme coopératif. Cette politique se définissait ainsi: « coopération entre Ottawa et les provinces à trois échelons — préconsultation dans la formulation des mesures fédérales, collaboration à la rédaction de l'énoncé de ces mesures et coordination dans leur application. » Le fédéralisme coopératif harmonisait les initiatives fédérales et provinciales, surtout dans le domaine des lois sur le bien-être social et celui des programmes conjoints.

Lorsque Pearson décida de donner un nouveau drapeau au Canada, il apporta sans doute, comme Premier ministre, sa contribution la plus remarquable. Il était convaincu qu'il fallait au Canada un drapeau distinct pour affirmer, ne fût-ce que symboliquement, son identité propre. La longue et difficile lutte sur la question du drapeau immobilisa le Parlement durant presque six mois, en 1964. Cependant, le 15 février 1965, la feuille d'érable rouge sur étendard rouge et blanc devint le drapeau officiel du pays.

La recherche d'une majorité

En septembre 1965, après deux années et demie de gouvernement minoritaire, Pearson ayant dissous le Parlement se mit en quête d'une majorité. De l'avis des Conservateurs, les élections étaient inutiles. Appelée aux urnes pour la troisième fois en quatre ans, la population se déclara du même avis. Les Libéraux remportèrent la victoire le 8 novembre et accrurent leurs sièges de 129 à 131, mais ils n'avaient pas la majorité. Les Conservateurs en obtenaient 97, soit deux de plus qu'aux élections précédentes.

Déçu, sans pour autant s'avouer vaincu, le gouvernement Pearson se consacra à nouveau à l'unité et au progrès et redoubla d'efforts pour élaborer un programme et une philosophie qui lui vaudraient la confiance des Canadiens de tout le pays.

C'est dans cet esprit que le Parti tint sa Conférence politique nationale en octobre 1966. C'était la première fois qu'un parti national se réunissait en pareille rencontre alors qu'il était au pouvoir. La Conférence établit un programme législatif complet et souscrivit à des principes aussi vastes que l'obligation de rendre compte et l'accessibilité universelle à l'enseignement.

Même si on a souvent accusé le gouvernement Pearson d'être inactif et de s'en tenir au statu quo au lieu d'aller de l'avant, il appliqua une liste impressionnante de réformes. Il institua une solide structure de base de la sécurité sociale et du bien-être social (Loi sur la sécurité de la vieillesse, Régime de pensions du Canada, Supplément de revenu garanti, Régime d'assistance publique du Canada et Loi sur les soins médicaux). Certaines mesures législatives importantes assurèrent la réorganisation et l'unification des Forces armées, de nouveaux programmes de placement et de recyclage de la main-d'oeuvre et une aide financière fort accrue aux provinces.

En février 1968, la première Conférence fédérale-provinciale sur la constitution eut lieu à Ottawa. Pierre Elliott Trudeau, alors ministre de la Justice, présenta une Déclaration des droits à incorporer dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, qui, si elle était acceptée, primerait sur les lois fédérales et provinciales. La Déclaration des droits revêtait une particulière importance car elle aurait garanti la protection des droits linguistiques des Canadiens français dans tout le pays.

Les années Trudeau

Le 14 décembre 1967, Lester B. Pearson annonça qu'il entendait abandonner son poste de chef du Parti. Un congrès national fut convoqué pour avril 1968 à Ottawa en vue d'élire un nouveau chef pour le Parti. Le choix de Pierre Elliott Trudeau marqua l'avènement d'une époque et d'un style nouveaux dans la vie politique canadienne. Voici sa définition du libéralisme, telle qu'il la présenta au congrès:

« Le libéralisme est la philosophie de notre temps car il ne cherche pas à préserver toutes les traditions du passé, car il n'applique pas les vieilles solutions doctrinaires aux nouveaux problèmes, car il est prêt à expérimenter et à innover, car, enfin, il sait que le passé a moins d'importance que le futur. »

Le 23 avril 1968, le Parlement fut dissous et des élections générales furent fixées au 25 juin. Au cours de la campagne, les conceptions de M. Trudeau sur le Canada et la « Société juste » se propagèrent dans tout le pays. L'image de M. Trudeau comme homme de raison et son effet charismatique sans précédent sur la population concoururent à reporter les Libéraux au pouvoir avec 155 sièges. Le souci de justice sociale de M. Trudeau et ses capacités intellectuelles frappèrent les imaginations et lui valurent l'adulation de tout le pays. Menés par leur nouveau chef, Robert Stanfield, candidat aux élections générales pour la première fois, les Conservateurs remportèrent 72 sièges tandis que le NPD en obtenait 22 et les Créditistes, 14.

Immédiatement après les élections, le Premier ministre Trudeau se mit à l'oeuvre afin d'instaurer la « Société juste ». Pour la première fois, les méthodes savantes de la gestion moderne se manifestèrent dans la planification gouvernementale. De nouvelles priorités furent établies et de vieux programmes révisés. Une réorganisation massive du gouvernement créa de nouveaux ministères afin de faire face aux problèmes des années 70: Environnement, Affaires urbaines, Sciences et Technologie et Communications.

Le Parti libéral subit, lui aussi, une grande réorganisation. Le Parti réalisa l'oeuvre de réflexion politique la plus élaborée de toute l'histoire politique du Canada. Commencée par une conférence de réflexion tenue à Harrison Hot Springs, Colombie-Britannique, en 1969, cette oeuvre atteint un point culminant avec la tenue de très importantes assises à Ottawa, en novembre 1970. De nombreuses personnes intéressées, représentant toutes les régions du pays participèrent à ce congrès qui permit un vaste échange de vues entre les décisionnaires politiques, l'appareil du Parti et les militants de tout le pays. Ainsi, 2,000 délégués ont-ils contribué à dessiner les objectifs du Parti libéral pour les années 1970.

Le changement et l'innovation sont les traits caractéristiques du premier mandat du Premier ministre Trudeau. Bon nombre de ces changements visaient à rendre les méthodes du gouvernement et du Parlement plus expéditives, plus ordonnées et plus indépendantes des événements et des circonstances imprévisibles.

Beaucoup d'autres actions politiques du Premier ministre ont également eu un grand éclat. Mentionnons les mesures adoptées pour consolider l'unité nationale, objet de vive préoccupation pour M. Trudeau; la Loi sur les langues officielles, une politique de multiculturalisme et le ministère de l'Expansion économique régionale pour lutter contre les disparités régionales. On réalisa d'importants progrès vers une plus grande justice sociale au Canada pour les autochtones, les femmes, les personnes à revenu faible ou fixe; des réformes juridiques majeures ont également été accomplies.

Sur la scène internationale, la reconnaissance de la République populaire de Chine, l'amélioration des relations avec l'URSS, la contribution de M. Trudeau à la Conférence du Commonwealth de 1971 pour prévenir le démembrement de cette importante communauté de même que l'extension de la souveraineté du Canada dans l'Arctique pour arriver à maîtriser la pollution illustrent bien la volonté du jouer un rôle international en tant que puissance moyenne.

De ce mandat ressortent également la force de direction et la rapidité d'action manifestées lors de deux crises graves, la menace du FLQ en octobre 1970 et les conséquences des mesures économiques prises par les États-Unis à la fin de l'automne 1971.

Aux élections générales du 30 octobre 1972, les Canadiens élurent leur cinquième gouvernement minoritaire depuis 1957. Les Libéraux obtenaient 109 sièges; les Progressistes conservateurs, 107; le NPD, 31; et le Crédit social, 15. M. Trudeau et ses collègues, se préparent à se présenter au Parlement et à solliciter la confiance de la Chambre des communes pour s'occuper des questions d'intérêt national. Le 4 janvier 1973, dans le discours du Trône qui inaugure la 29e législature, le gouvernement de M. Trudeau expose ses principaux programmes dans les domaines économique et social.

Le Premier ministre prit une initiative importante au cours de la 29e législature: la Conférence sur les perspectives économiques de l'Ouest qui eut lieu à Calgary en juillet 1973. C'était la première fois qu'un Premier ministre du Canada convoquait ses homologues d'une région donnée du pays pour discuter avec eux les problèmes de cette région. À l'issue de cette conférence, le gouvernement fédéral s'est engagé à intervenir dans bon nombre de domaines (transports, exploitation des ressources, agriculture des Prairies, etc.) ce qui devait aider grandement l'économie des provinces de l'Ouest.

Au mois d'août 1973, le Canada était l'hôte des chefs de gouvernement du Commonwealth. Tous les pays du Commonwealth y étaient représentés, et les participants se sont félicités du caractère positif que M. Trudeau avait su donner à cette réunion. Ce fut là l'occasion d'une nouvelle manifestation de la vitalité du Commonwealth et de sa souplesse.

Le congrès national du Parti libéral tenu les 14, 15 et 16 septembre 1973 à Ottawa a poursuivi le processus de réflexion politique amorcé lors du congrès de novembre 1970. Une vaste gamme de sujets furent abordée: développement de l'industrie et des ressources énergétiques, l'identité canadienne, l'économie agricole et la vie rurale, les politiques des transports et de l'emploi, la politique sociale, les ressources marines et les pêches. Deux mille cinq cents délégués, nombre jamais atteint auparavant, participèrent à ce congrès où 125 résolutions furent adoptées.

Le voyage historique du Premier ministre en Chine au cours du mois d'octobre 1973 marque un rapprochement significatif des deux pays et mène ultérieurement d'autres pays occidentaux à accepter la Chine comme membre des Nations-Unies.

La deuxième majorité Trudeau

Le 8 mai 1974, le NPD présente une motion de censure à l'égard du budget déposé deux jours plus tôt, et il unit ses forces à celles du Parti progressiste-conservateur pour renverser le gouvernement libéral minoritaire par un vote de 137 voix contre 123.

La date des élections générales est alors fixée au 8 juillet. M. Trudeau mène une campagne énergique dans tout le pays et il est réélu, à la tête cette fois d'un gouvernement libéral majoritaire qui détient 141 sièges. Les Progressistes conservateurs de Robert Stanfield, le NPD et le Crédit social obtiennent respectivement 95, 16 et 11 sièges.

La 30e législature s'est ouverte le 30 septembre 1974. Les deux premières années ont été dominées par la lutte contre l'inflation galopante qui sévissait dans le monde entier. De toutes les mesures adoptées, la mise sur pied d'un programme de contrôle des prix et des salaires administré par une Commission de lutte contre l'inflation créée à cet effet fut la plus spectaculaire et la plus efficace. Ce programme fut une réussite comme en témoigne la chute du taux annuel d'inflation qui est passé de 12% en décembre 1974 à 6,5% au milieu de 1976. Le programme de décontrôle devait commencer en avril 1978.

D'autres mesures de lutte contre l'inflation ont été prises, notamment pour augmenter l'offre de biens et de services. Le Premier ministre Trudeau et son gouvernement se sont également appliqués à protéger ceux qui étaient particulièrement touchés par l'inflation: augmentation du nombre de bénéficiaires du Régime de pensions du Canada, création de l'allocation au conjoint en vertu de la Loi sur la sécurité de la vieillesse, prestations plus élevées et octroyées plus largement aux anciens combattants et à leurs familles, création du Régime enregistré d'épargne retraite.

Le gouvernement libéral a également pris des mesures en vue de réduire le chômage, notamment en créant les programmes Canada au travail et Jeunesse Canada au travail et le Programme de crédit d'impôt à l'emploi.

Une nouvelle Loi sur les droits de la personne offre une plus grande protection contre la discrimination. En vertu de cette loi, une Commission des droits de la personne est constituée et un commissaire à la protection de la vie privée jouissant de vastes pouvoirs d'enquête est nommé pour jouer un rôle similaire à celui d'un ombudsman.

Le gouvernement a également présenté un programme sur l'ordre et la sécurité publique sous forme de deux projets de loi qui ont été adoptés, l'un prévoyant l'abolition de la peine capitale et l'autre visant en général la prévention du crime.

La Loi sur l'immigration fut révisée, pour la première fois depuis 1952, de façon à proscrire toute discrimination et à promouvoir les objectifs nationaux en matière économique, démographique, sociale et culturelle.

Une initiative importante prise lors du 30e Parlement assure une plus grande participation du public au gouvernement: la retransmission télévisée des débats de la Chambres des communes. Sans précédent dans le monde, cette expérience est une très grande réussite en ce qu'elle permet au grand public de mieux se tenir au courant des affaires du pays et d'y prendre intérêt.

À la même époque, un nouveau sujet d'inquiétude prenait de l'ampleur chez tous les Canadiens: les approvisionnements en énergie et le prix de l'énergie. En 1975, le gouvernement Trudeau créa une société pétrolière nationale, Petro-Canada, pour intéresser tous les Canadiens à leur avenir énergétique. La conservation de l'énergie revêtit une importance accrue, comme en témoigne l'instauration de programmes tels le Programme d'isolation thermique des résidences canadiennes. C'est aussi au gouvernement Trudeau que nous devons la législation créant l'Agence sur le pipeline du Nord; le terrain était ainsi déblayé pour la mise en oeuvre de ce vaste projet.

Sur le plan international, le Canada a joué un rôle particulièrement efficace en oeuvrant pour assurer la stabilité économique tant à la Conférence sur la coopération économique internationale que lors de divers sommets économiques.

Au cours des années 70, le Canada, comme la plupart des pays au monde, a dû affronter toute une série de graves problèmes économiques. La flambée du prix de l'énergie, le déplacement massif des ressources financières vers les pays producteurs de pétrole, l'instabilité et les fluctuations extrêmes des monnaies, l'émergence de nations nouvellement industrialisées au Tiers-Monde, les changements survenus dans les schémas traditionnels de croissance de la population et dans la structure de la main-d'oeuvre, tous ces facteurs ont créé une situation économique globale des plus instables, caractérisée par une inflation galopante accompagnée de stagnation économique et de chômage élevé.

En juillet 1978, M. Trudeau et ses homologues occidentaux se réunirent au Sommet de Bonn en Allemagne de l'Ouest, pour mettre au point des solutions aux problèmes économiques communs.

Dans le but de remplir les engagements pris à Bonn et de remédier aux problèmes pressants du Canada, le gouvernement libéral instaura un programme en huit points destiné à stimuler l'économie du pays et à résorber l'inflation et le chômage. On y retrouvait trois mesures notables: l'augmentation de 20$ par mois par ménage du supplément de la pension de vieillesse, l'octroi d'un crédit d'impôt-enfant de 200$ et l'allocation de ressources supplémentaires à l'expansion industrielle.

En novembre 1976, le Québec élut son premier gouvernement séparatiste. Le Premier ministre Trudeau constitua une Commission de l'unité canadienne dont le mandat était de recueillir les opinions des Canadiens, d'encourager les efforts du public pour promouvoir l'unité et de conseiller le gouvernement sur la question de l'unité canadienne. En septembre 1977, il créa un nouveau ministère des Relations fédérales-provinciales. Puis, en novembre et décembre 1977, M. Trudeau se rendit dans toutes les provinces pour discuter de l'unité canadienne et de la réforme de la constitution avec les premiers ministres.

Le discours du Trône du 11 octobre 1978 reflétait les deux principales préoccupations du gouvernement, soit le renforcement de l'économie et le renouvellement de la fédération canadienne.

Principales assemblées politiques

Pendant cette période, le Parti libéral a organisé trois assemblées nationales. En novembre 1975, le Parti réunissait son dixième congrès national. Des délégués de toutes les régions se sont rencontrés à Ottawa pour discuter les politiques et les questions d'importance pour l'avenir du Parti et du Canada. Le grand thème du congrès était la participation de chacun, « Le Canada que moi je veux bâtir ». Au cours des cinq grandes séances et des 10 ateliers, les délégués ont participé à des discussions sur quatre questions importantes: l'action politique, le Canada et les autres pays, la croissance, et la place de l'individu dans la société.

Du 24 au 27 mars 1977, le Parti libéral organisait à Toronto un atelier d'orientation qui réunit plus de 500 participants, libéraux et autres. L'atelier a donné à des personnes venant de tous les coins du Canada la possibilité d'échanger des idées et de discuter librement des problèmes se posant au Canada à moyen terme.

Les participants sont ensuite retournés dans leurs circonscriptions et ont organisé d'autres réunions et échanges régionaux en utilisant les documents de travail portant sur les quatre grands thèmes prévus pour le congrès biennal: stratégies économiques, programmes sociaux, droits et libertés, et unité.

Le congrès national du Parti libéral s'est déroulé du 24 au 26 février 1978 à Ottawa et a réuni plus de 3,500 personnes. Un nombre record de résolutions a été proposé pour discussion et approbation par les délégués. Ces résolutions portaient sur les grandes questions intéressant tous les Canadiens, l'économie et l'unité venant au premier plan.

Les Canadiens face à deux élections

Le Parlement fut dissous en mars 1979. Les élections auraient lieu le 22 mai 1979. La révision de la carte électorale avait porté à 282 le nombre de sièges à la Chambre des communes.

Après 16 ans de gouvernement libéral, les Canadiens optèrent pour un gouvernement conservateur minoritaire. Les Conservateurs se retrouvaient avec un nouveau chef, Joe Clark, élu au congrès national de son Parti en février 1976, et 136 députés. Les Libéraux obtenaient 114 sièges; le NPD, 26; et le Crédit social, 6.

Dans les mois qui suivirent, les Libéraux s'employèrent à renforcer le Parti partout au pays et à bien remplir leur rôle d'opposition forte et efficace à la Chambre des communes.

Le gouvernement de Joe Clark ne survécut même pas un an. Le 13 décembre 1979, il succomba à une motion de censure sur le budget qu'il avait déposé deux jours auparavant et qui semblait inacceptable aux Libéraux. Libéraux et Néo-démocrates unirent leurs voix pour mettre fin à neuf mois de gouvernement conservateur. Les élections furent fixées au 18 février 1980.

Le 21 novembre 1979, Pierre Trudeau avait annoncé sa démission de son poste de chef du Parti libéral et demandé la convocation d'un congrès d'investiture. À l'annonce des élections, le groupe parlementaire libéral et le Parti libéral le prièrent de rester à leur tête. Celui-ci accepta.

Les promesses non tenues des Conservateurs, l'impression de « mauvaise administration » qu'ils donnaient et leur budget concoururent à leur défaite. Le 18 février 1980, les Canadiens élurent un gouvernement libéral majoritaire, le troisième pour Pierre Trudeau, lui donnant 146 sièges sur 281 (les Libéraux remportèrent un 147e siège dans une circonscription où l'élection avait été reportée). Les Progressistes-conservateurs remportaient 103 sièges et le NPD, 32. Appuyé par un cabinet fort et énergique et un groupe parlementaire revitalisé, M. Trudeau se prépare à faire entrer le Canada dans les années 80.

Peu après sa victoire électorale de 1980, le Parti libéral s'est à nouveau réuni en congrès national, du 4 au 6 juillet 1980. Pour la première fois, ce congrès n'eut pas lieu à Ottawa mais à Winnipeg. Les délégués ont débattu d'un projet de manifeste qui tentait de réunir en un seul document l'histoire du Parti libéral, ses objectifs et les principes qu'il défend. Chaque association provinciale et territoriale ne devait alors présenter que trois résolutions prioritaires chacune et la Commission féminine ainsi que la Commission jeunesse n'en présentaient qu'une chacune. Le Projet de manifeste modifié par le congrès fut renvoyé à la Commission des politiques qui devait l'étudier et présenter un rapport au congrès suivant, à Ottawa, du 5 au 7 novembre 1982.

La nouvelle Commission des politiques organisa un colloque de 100 Libéraux en juin 1981 (le Colloque de Carleton) afin de déterminer les principaux thèmes du congrès. Un total de 73 résolutions furent adoptées sur l'expansion économique, le développement des ressources, l'accroissement de l'emploi, certaines révisions à la politique sociale, la réforme parlementaire, électorale et gouvernementale ainsi que sur la réforme du Parti.

Répondant à une question de la Commission des politiques, le congrès de 1982 a également décidé que le Projet de manifeste de 1980 ne devait pas être considéré comme le seul énoncé des principes et politiques libéraux et que l'on maintiendrait le système de résolutions comme élément fondamental de la formulation de la politique du Parti.

Réalisations du gouvernement

Le 14 avril 1980, Pierre Elliott Trudeau revenait à la Chambre des communes Premier ministre. La première session de la 32e législature ne prit fin que le 30 novembre 1983, établissant un record de 588 jours - session la plus longue et la plus productive de l'histoire parlementaire canadienne. Plus de 200 projets de loi furent présentés et 150 d'entre eux sont effectivement devenus lois. Nombre d'initiatives importantes ont été lancées par le gouvernement libéral et « quatre en particulier ont transformé le Canada » selon les termes du discours du Trône clôturant la première session.

Les Québécois ayant rejeté la souveraineté-association à l'occasion d'un référendum, le gouvernement libéral fédéral entreprit de renouveler la fédération en rapatriant la constitution canadienne accompagnée d'une formule d'amendement et d'une charte des droits et libertés. Grâce aux efforts du Premier ministre Trudeau surtout, depuis des années, le Canada est devenu une nation entièrement indépendante en avril 1982 et la nouvelle constitution garantit officiellement à tous les citoyens certains droits et libertés fondamentaux.

Cette garantie devait encore être renforcée lorsque le Parlement adopta, en 1983, une

résolution invitant le gouvernement manitobain à respecter ses obligations constitutionnelles en protégeant les droits de la minorité francophone dans sa province.

Une autre grande réalisation du gouvernement fut, en 1980, le programme énergétique national. Cet ensemble complet de mesures vise la sécurité de l'offre, un renforcement des prises de contrôle et de participation canadiennes et la protection du consommateur dans le développement de notre potentiel pétrolifère.

Au début des années 1980, le Canada s'est trouvé plongé dans une grave récession économique mondiale. Le gouvernement libéral réagit en annonçant le programme des 6 et 5 p. cent afin de protéger au mieux les Canadiens de la récession internationale et de l'inflation intérieure. Ce programme qui limitait la majoration des revenus et des prix à 6 et 5 p. cent sur deux ans, fut renforcé par le secteur privé et les provinces qui, dans l'ensemble, ont décidé d'y adhérer.

Cherchant à minimiser encore les effets de l'inflation sur les Canadiens, le gouvernement a aidé les nouveaux propriétaires de logements en leur offrant des subventions pouvant atteindre 3000$. Des mesures spéciales furent adoptées pour aider les agriculteurs, les pêcheurs et les petites entreprises. La déduction pour enfants à charge fut doublée pour atteindre 2000$ par enfant. On lança des programmes de formation et d'emploi à l'intention des jeunes chômeurs canadiens.

Le quatrième point fort de cette session fut l'adoption, à la fin 1983, de la Loi sur le transport du grain de l'Ouest, qui instaure un système plus équitable que l'ancien tarif du Pas-du-Nid-du-Corbeau. Un réseau ferroviaire moderne et efficace apportera à l'Ouest du Canada des milliards d'investissements directs et des milliers de nouveaux emplois.

Le gouvernement libéral a innové sur plusieurs autres fronts. Il a nommé la première femme président de la Chambre des communes et la première femme juge de la Cour Suprême du Canada. « O Canada » est devenu l'hymne national. Le gouvernement a également consolidé le système d'assurance-maladie de notre pays.

La politique étrangère du Canada a pris de nouvelles dimensions lorsque le Premier ministre Trudeau exposa un plan hardi visant à diminuer les tensions entre l'Est et l'Occident par des initiatives politiques plutôt que militaires. M. Trudeau est allé rendre visite aux chefs d'État du monde entier pour tenter de les intéresser à son initiative de paix visant le contrôle des armements et le désarmement. Les efforts du Premier ministre ont poussé le monde à demander la reprise des pourparlers et lui valurent le Prix Albert Einstein de la Paix: une grande victoire pour M. Trudeau et pour le Canada.

Les années Turner

Chef du Parti libéral pendant plus de 15 ans, Pierre Elliott Trudeau annonça son intention de se retirer le 29 février 1984. On convoqua un congrès national d'investiture pour les 14, 15 et 16 juin 1984. Plus de 3,400 délégués étaient à Ottawa et le 16 juin, au deuxième tour de scrutin, John Napier Turner fut élu chef du Parti libéral. Deux semaines plus tard, le 30 juin, il était assermenté Premier ministre du Canada.

Le 9 juillet, le Parlement fut dissous. Les élections générales seraient le 4 septembre 1984. L'électorat avait le choix entre deux nouveaux chefs: le Premier ministre John Turner et Brian Mulroney que le Parti progressiste-conservateur avait élu à son congrès d'investiture, en juin 1983. D'autre part, le Parti libéral était au pouvoir depuis 1963 - plus de 21 ans - sauf pour le bref intervalle du gouvernement conservateur de Joe Clark en 1979. Au fur et à mesure que la campagne avançait, on s'aperçut que les Libéraux faisaient face à un grand désir de changement de la part de l'électorat.

Le 4 septembre 1984, les Canadiens élurent un gouvernement progressiste-conservateur majoritaire. Le Parlement comprenait maintenant 211 Conservateurs, 40 Libéraux, 30 Néo-démocrates, et 1 Indépendant.

Bien que les résultats électoraux furent désastreux pour les Libéraux, le chef, le groupe parlementaire et les militants du Parti aux quatre coins du pays ont vite compris le défi et la chance qui s'offraient à eux de renouveler et de moderniser le Parti. La résolution 40 du Congrès national de 1982 avait abouti à la création du Comité de la présidente sur la réforme du Parti libéral dont le mandat était de consulter largement les membres du Parti et de recommander des réformes significatives dans les structures, l'organisation et les pratiques du Parti. Ce processus démocratique de réforme avait été interrompu par le congrès d'investiture et les élections de 1984 mais fut repris avec fermeté en 1985. John Turner devait déclarer: « Pour les Libéraux de tout le Canada, c'est le début d'une ère de réforme et de renouveau. »

Opposition 1984

Certains « experts » et observateurs prédisaient sinistrement qu'avec seulement 10 députés de plus que le Parti néo-démocrate, le Parti libéral du Canada en était arrivé au dernier chapitre de sa longue histoire. John Turner et ses collègues parlementaires leur ont prouvé combien ils avaient tort.

Les Libéraux n'avaient pas connu de longue période dans l'Opposition depuis le balayage Diefenbaker en 1958. Il leur fallut réapprendre l'art de l'opposition et trouver de nouvelles stratégies pour réagir à titre d'Opposition officielle aux programmes très marqués par la droite du gouvernement Mulroney.

La première grande confrontation vint lorsque les Conservateurs se proposèrent de désindexer les pensions de vieillesse. Les Libéraux furent les premiers à défendre le principe de l'universalité des programmes sociaux du Canada, programmes que les gouvernements libéraux successifs avaient institués. L'opposition féroce qui s'est élevée à la Chambre des communes et dans tout le pays obligea le gouvernement à faire marche arrière en 1985.

Le groupe libéral obligea le gouvernement à rendre des comptes sur tout un éventail de questions et notamment sur une série de scandales qui mena à la démission de plusieurs ministres.

Après des promesses répétées de ne pas augmenter les impôts, le gouvernement majora la charge fiscale des Canadiens à faible et moyen revenus et diminua celle des riches et des grosses sociétés, pour finalement imposer la taxe sur les produits et services de 7 p. cent qui prit effet en janvier 1991. Le gouvernement diminua également les ressources des programmes sociaux et les subventions à l'expansion régionale, supprimant totalement la contribution fédérale aux programmes d'assurance-chômage, imposant les pensions d'assurance vieillesse, refusant d'honorer ses promesses au sujet de la garde d'enfants et de la reconversion professionnelle, pour ne citer que quelques exemples.

Ces politiques régressives se sont heurtées à l'opposition vigoureuse des Libéraux à la Chambre des communes et au Sénat. Partout au Canada, les Libéraux ont soutenu et encouragé l'Opposition parlementaire en organisant des débats et discussions très réfléchis à l'occasion de plusieurs de leurs assises.

Renouveau et reconstruction du Parti

En novembre 1985, sous la direction de la présidente du Parti, Iona Campagnolo, les Libéraux se réunissent à Halifax pour la Conférence sur la réforme. Ils proposent un certain nombre de changements à la Constitution du Parti afin de moderniser ce dernier et d'encourager les femmes, les jeunes et les autochtones à participer plus activement à l'action du Parti qui devait aussi devenir plus représentatif de la nature multiculturelle de notre pays. Nombre de ces propositions furent présentées en même temps que d'autres au Congrès d'orientation de 1986 à Ottawa et reçurent l'appui des délégués. Ceux-ci adoptèrent entre autres le principe d'une résolution portant création d'une Commission des peuples autochtones. Le congrès était aussi appelé à voter sa confiance à John Turner, ce qu'il fit de façon massive.

Après le Congrès de 1986, le chef convoqua une série de Conférences Canada visant à réunir des Libéraux et des experts dans diverses disciplines. Plus de 450 personnes devaient participer à ces trois conférences à la fin de 1987 et au début de 1988. Les thèmes en étaient: Consolider l'économie canadienne: Programme des années 90; Consolider la société canadienne: Valeurs familiales et sociales d'une nation parvenant à maturité; et Consolider la nation canadienne: Souveraineté et politique étrangère dans les années 90.

Ces discussions, les résolutions des congrès de 1985 et de 1986, une conférence en 1988 sur les autochtones et les droits de l'homme ainsi que d'autres rencontres et discussions menèrent les Libéraux à élaborer une plate-forme en 40 points pour les élections de 1988.

L'accord commercial Canada-États-Unis

Toutefois, ces élections portèrent essentiellement sur l'accord commercial du gouvernement conservateur avec les États-Unis, accord auquel s'opposait fermement la majorité des Libéraux. John Turner demande aux sénateurs libéraux de retarder l'adoption du projet de loi jusqu'à ce que le peuple canadien ait eu la possibilité de se prononcer sur ce nouvel accord des plus complexes. Les Libéraux y voyaient beaucoup d'inconvénients: l'abandon progressif de la souveraineté canadienne et du contrôle de nos politiques économiques et sociales, l'incidence négative de l'accord sur les agriculteurs, les pêcheurs et plusieurs autres groupes, l'insuffisance des programmes de soutien aux victimes de l'accord et un certain nombre d'autres problèmes, notamment que le gouvernement ait accepté d'entreprendre de longues négociations avec les Américains au sujet de la définition de « subventions ».

Réforme constitutionnelle

En 1987, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux signent l'Accord du lac Meech en vue de modifier la Constitution. Suite à d'importants débats au sein du Parti, le Groupe libéral devait présenter un certain nombre d'amendements et la majorité de ses membres ont appuyé l'initiative visant à ramener le Québec à la table des négociations. L'accord ne devait finalement pas aboutir puisqu'il n'obtint pas l'approbation unanime des provinces à l'issue de la période de trois ans prévue pour sa confirmation. La rigidité du processus et le fait que le gouvernement Mulroney ait refusé d'envisager toute modification furent les principales raisons de cet échec.

Campagne 1988

Bien que le grand enjeu de cette campagne fut l'accord commercial, la plate-forme électorale du Parti libéral en 40 points portait également sur un régime fiscal équitable, sur la garde des enfants, le logement, l'environnement et un certain nombre d'autres mesures progressistes. La magnifique performance de John Turner durant la campagne, et en particulier au cours des débats avec les chefs des deux autres partis, lui gagna les louanges et l'admiration des Canadiens. Les résultats électoraux furent néanmoins décevants pour les Libéraux même si leur représentation à la Chambre des communes avait doublé. Le NPD n'avait pas tellement progressé et la majorité du gouvernement avait diminué. Résultats finaux: Libéraux, 83; Conservateurs, 169; et NPD, 43.

Congrès national d'investiture à Calgary - 1990

Le 3 mai 1989, John Turner annonce qu'il entend démissionner du poste de chef du Parti. Un congrès d'investiture est convoqué à Calgary en juin 1990. L'honorable Herb Gray est nommé chef de l'Opposition à la Chambre des communes le 7 février 1990, poste qu'il occupe jusqu'à ce que le nouveau chef soit assermenté en décembre de la même année. En prévision du congrès, six tribunes sont organisées aux quatre coins du pays afin de donner aux candidats la possibilité d'expliquer comment ils entendent traiter les grands enjeux de l'actualité et d'écouter ce que les Libéraux ont à dire dans les différentes régions.

Près de 5,000 délégués se sont retrouvés à Calgary, non seulement pour élire un nouveau chef, mais également pour élire un nouvel Exécutif national et se prononcer sur un certain nombre d'amendements à la constitution du Parti. Coprésidé par le président sortant Michel Robert et la députée de Western Arctic Ethel Blondin, le congrès choisit l'honorable Don Johnston comme nouveau président et l'honorable Jean Chrétien comme nouveau chef.

Un des premiers actes du nouveau chef fut de lancer une grande campagne en vue de réorganiser le Parti et de renouveler ses efforts de financement afin de remettre le Parti en état de disputer les prochaines élections. Il réorganisa aussi le « Cabinet fantôme », attribuant de nouvelles responsabilités aux porte-parole du groupe parlementaire.

Le 10 décembre 1990, Jean Chrétien se fait élire dans Beauséjour au Nouveau-Brunswick à l'occasion d'une élection partielle et rejoint ainsi ses collègues à la Chambre des communes. Il est assermenté chef de l'Opposition le 20 décembre 1990. Le nouveau chef s'empresse de faire le nécessaire pour défendre l'unité nationale au nom du Parti libéral. Comparaissant devant la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir de la province quelques jours seulement après l'élection partielle, M. Chrétien déclare:

« Une étude attentive des faits nous mène inévitablement à la conclusion que ce qui a fait de nous l'une des sociétés les plus avancées du monde mérite d'être protégée. »

Commission de la réforme

Un mandat visant l'étude et le dépôt d'amendements proposés à la Constitution du Parti fut accordé à la Commission de la réforme en 1990, lors du congrès national d'investiture à Calgary. On demanda spécifiquement à la Commission de formuler des recommandations sur la méthode de suffrage universel que l'on pourrait utiliser pour élire le prochain Chef libéral, l'établissement d'une commission électorale permanente, les finances du Parti, la structure du Parti, ses membres ainsi que toutes autres propositions qui rehausseraient la démocratie, l'accessibilité, la responsabilité et l'équité au sein du Parti. Les recommandations contenues dans le rapport final de la Commission intitulé « Direction réforme », furent utilisées à titre d'ébauche pour les amendements constitutionnels lors de la tenue du Congrès constitutionnel de 1992 qui a eu lieu à Hull, Québec, les 20 et 21 février.

Colloque d'Aylmer

Peu de temps après son élection, Monsieur Chrétien a demandé au Parti libéral du Canada de convoquer un colloque afin de discuter et de débattre la question de la place du Canada dans un monde en pleine transformation, tant au niveau international que structurel. Le but de ce colloque était de rassembler des experts canadiens et étrangers afin de discuter les implications de cette mondialisation et le rôle du gouvernement dans l'économie, l'environnement, la santé, les sciences et la technologie.

Le colloque, qui a eu lieu du 22 au 24 novembre 1991, a connu un succès retentissant. Plus de 200 participants provenant des secteurs de l'industrie, du bénévolat, des groupes d'intérêts et d'établissements d'enseignement ont pris part à ce colloque pour y discuter des questions majeures auxquelles fait face notre nation, alors que l'on se dirige vers le 21e siècle et, plus particulièrement, le défi de gouverner en cette ère nouvelle.

Le colloque d'Aylmer fut le point déterminant du retour de la tradition du Parti libéral entourant les « colloques d'idées » établis par le colloque de Port Hope en 1933 et celui de Kingston en 1960. Il fut aussi le point important du plan pré-électoral du Parti libéral, qui incluait le congrès constitutionnel du Parti et le congrès biennal de février 1992, ainsi que la formulation du Comité de la campagne nationale et le Comité de la plate-forme nationale.

Élections de 1993

En février 1992, lors du Congrès biennal du Parti libéral, où se sont rassemblés des milliers de militants libéraux en provenance des quatre coins du Canada, une série de résolutions fixant les buts d'un nouveau gouvernement libéral, furent adoptées. Durant l'année 1992 et la première tranche de 1993, le Comité de la plate-forme du Parti, co-présidé par Paul Martin et Chaviva Hosek, s'est penché sur le travail de 1990 et 1991 et a voyagé à travers le Canada, rencontrant et écoutant des milliers de Canadiens et Canadiennes. Cette consultation a eu pour effet la formulation de « Pour la création d'emplois, Pour la relance économique: Le plan d'action libéral pour le Canada ». Le « Livre Rouge » paru lors de la campagne électorale, est basé sur une approche cohérente et intégrée à la politique économique, sociale, environnementale et étrangère.

Le 25 octobre 1993, le Parti libéral du Canada a réussi à obtenir 177 sièges, le seul parti politique à faire élire des députés dans chaque province du pays. Jean Chrétien fut assermenté le 4 novembre 1993, à titre de 20e Premier ministre du Canada.

Congrès biennal 1996: Trois ans de Gouvernement libéral

« Pour la création d'emploi, pour la relance économique », notre Livre rouge, fut au coeur de la campagne électorale de 1993. C'était la première fois qu'un parti politique déclarait publiquement, par écrit et de façon détaillée, comment il entendait gouverner. Au Congrès biennal du Parti en 1996, le très honorable Jean Chrétien innovait encore en dévoilant le « Bilan des réalisations », compte-rendu précis expliquant en 120 pages comment son gouvernement avait tenu 78% des promesses du Livre rouge et ce, après trois ans seulement d'un mandat de cinq ans.

Qu'il s'agisse de grandes initiatives tel que l'assainissement des finances publiques essentielle à la création d'emplois ou de mesures plus précises tel que le rétablissement du financement des programmes d'alphabétisation ou la création d'un programme de nutrition prénatale, le « Bilan des réalisations » présente un rapport honnête de l'action du gouvernement depuis son élection en 1993.

Les Libéraux remportent 155 sièges, soit une deuxième majorité d'affilée

Le 2 juin, les Libéraux, d'un bout à l'autre du pays, célébraient la deuxième majorité consécutive du gouvernement Chrétien, ce que l'on n'avait pas vu depuis les deux victoires consécutives du Premier ministre Louis Saint-Laurent en 1953. Ayant élu des députés dans toutes les régions du pays, le Parti libéral du Canada reste le seul qui puisse prétendre être un parti politique vraiment national.

Lorsque le Premier ministre a annoncé le 28 avril que les élections auraient lieu début juin, il savait que les Canadiens examineraient les différentes options qui s'offraient à eux avant de décider du genre de pays qu'ils souhaitaient, pour eux et pour leurs enfants.

Durant toute la campagne, Jean Chrétien a exposé sa vision du Canada. Son approche n'est pas faite de promesses grandioses et de gestes d'éclat. Il a présenté aux Canadiens un plan pratique et pragmatique pour assurer notre avenir commun. Le programme du Parti «  Bâtir notre avenir ensemble  » repose sur les bases solides et stables que le gouvernement libéral a jetées au cours des quatre dernières années. Il prévoit des mesures réalisables qui nous permettront de progresser ensemble et d'élargir les possibilités de tous les Canadiens, de nous mettre en marche vers le siècle prochain sous le signe de la confiance et du succès.

Les élections de 1997 furent également l'occasion pour un nombre record de femmes de briguer la députation fédérale. Le Premier ministre avait annoncé que le Parti aurait au moins 75 candidates. Finalement, elles étaient 84 à se présenter sous la bannière libérale, et 37 ont été élues.

Nous avons maintenant cinq partis officiels à la Chambre des communes et la 36ème législature sera certainement marquée par la diversité et la politique.

[Ce texte a été rédigé après les élections fédérales de 1997]


Comment citer cette page

GINGRAS, François-Pierre, « Document. Le Parti Libéral du Canada : son histoire, son héritage, ses chefs », http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/doc/histoire-pc.html, 10 janvier 2001.


Liens intéressants

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L'histoire du Parti Progressiste-Conservateur du Canada du Canada

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Page mise à jour le 10 janvier 2001.