La Presse
mercredi 25 août 2004, p. A17

Intrawest : jusqu'où aller?

Dubuc, Alain

Le lancement des phases III et IV de la station de ski du Mont-Tremblant est un projet majeur. Des investissements d'un milliard sur dix ans, la création de 5000 nouveaux emplois, un impact majeur sur la région et sur l'industrie touristique québécoise.

Mais ce projet d'Intrawest, propriétaire du Mont-Tremblant, n'a pas reçu l'accueil qu'il méritait, essentiellement parce que la participation financière des deux ordres de gouvernement a mal été acceptée. Québec et Ottawa injectent chacun 47,5 millions dans l'aventure. Comment justifier cette aide à une entreprise rentable? Pourquoi le gouvernement Charest a-t-il dit oui à Intrawest après avoir dit non à Alcoa pour la rénovation de son aluminerie de la Côte-Nord et après avoir mis la clé dans la porte de la papeterie Gaspesia à Chandler?

Le mécontentement est encore plus palpable en région où l'on voit l'appui à Intrawest comme un cadeau de plus à une métropole choyée. À Québec, notamment, on a du mal à accepter que Jean Charest soutienne le développement de Tremblant quand il a refusé d'en faire autant pour le Mont-Sainte-Anne, quelques jours après sa victoire, affirmant que la place de l'État n'était pas dans le secteur récréotouristique.

Il y a de la confusion dans l'air, dont le gouvernement Charest est responsable. Les libéraux ont eu raison de vouloir mettre fin à la stratégie de développement du gouvernement péquiste, avec ses subventions coûteuses; qu'on pense au fiasco de la Gaspesia. Mais ils n'ont toujours pas réussi à définir leur propre stratégie et surtout, à l'expliquer.

Il y a bien des raisons pour lesquelles les gouvernements peuvent justifier leur soutien à Intrawest après avoir dit non à plusieurs autres projets. L'aide au projet du Mont-Tremblant respecte plusieurs critères qui devraient toujours encadrer le soutien financier de l'État.

La rentabilité. Un gouvernement ne doit pas engloutir des fonds publics dans un projet privé voué à l'échec. C'était, par exemple, le cas de la Gaspesia, avec ses dépassements de coûts et des perspectives de déficits à répétition. Le know-how d'Intrawest et la performance des premières phases du Mont-Tremblant sont plutôt des gages de succès.

La participation financière des promoteurs. L'État ne devrait pas s'aventurer dans un projet où le promoteur hésite à investir. Il ne devrait pas non plus prendre une part démesurée du risque. C'était le cas avec la Gaspesia. Ce le serait avec le Mont-Sainte-Anne, un projet qui comporte des incertitudes et qui ne peut pas compter sur une participation importante du propriétaire. Dans le cas de Tremblant, l'apport des gouvernements est modeste, 95 millions sur un milliard. Le promoteur, quant à lui, devrait injecter de 250 à 350 millions.

Le sens commun. L'État doit veiller à ce qu'il y ait un lien entre l'effort public et les bénéfices collectifs. Même si ce n'est pas le seul critère, le coût des emplois créés peut parfois départager ce qui est raisonnable de ce qui ne l'est pas. La Gaspesia aurait coûté 750 millions pour 350 emplois. Le soutien à Alcoa aurait coûté 800 millions au Québec pour un projet qui ne crée aucun emploi. À Tremblant, le projet créera 5000 nouveaux emplois permanents.

L'impact économique. Pas les " retombées ", que génère toute activité humaine. Mais la capacité d'un investissement de structurer une économie, de lui permettre de créer de la richesse. Il ne fait pas de doute que le développement du Mont-Tremblant est structurant, tout comme d'ailleurs celui de l'aluminerie de l'Alcoa.

La cohérence. L'aide doit respecter la logique économique et les principes de fonctionnement de l'État. Fournir à Alcoa de l'électricité à rabais quand on manque d'électricité n'a, par exemple, pas de sens. Dans le cas de Tremblant, le gros de l'aide prendra la forme de travaux d'infrastructures, qui s'insèrent naturellement dans la mission de l'État.

La nécessité. L'État doit intervenir quand son aide est absolument nécessaire pour que le projet puisse voir le jour. Dans le cas de Tremblant, le gouvernement libéral consentira deux fois moins que ce que le gouvernement péquiste était prêt à mettre. Tant mieux. On nous dit que cette contribution était nécessaire pour assurer une rentabilité acceptable du projet. À ce chapitre, on aimerait plus de détails.

Bref, voici une façon de réfléchir à la pertinence d'une aide de l'État: définir des critères et établir une grille pour nous guider dans nos choix. Le problème, c'est que je viens de vous proposer ma propre grille.

Ce qu'on aimerait connaître, ce sont les critères qui mènent les libéraux à accorder ou à refuser leur aide à un projet privé. Improvisent-ils, ou ont-ils un plan de match? Sans espérer un livre de recettes on serait en droit de connaître les principes que le gouvernement Charest et son ministre du Développement économique et régional, M, Michel Audet, entendent appliquer pour baliser leur intervention et assurer leur cohérence.

adubuc@lapresse.ca

Catégorie : Éditorial et opinions
Sujet(s) uniforme(s) : Subventions et aide gouvernementale
Taille : Moyen, 576 mots

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Doc. : news·20040825·LA·0042





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