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le compte rendu critique

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Document critiqué

Reporters sans frontières, Solidarité Chine et le Comité de soutien au peuple tibétain, « Au nom des droits de l'homme, non à la candidature de Pékin aux J.O en 2008 », mémoire soumis au Comité international olympique, Paris, 11 juin 2001.

Affichage original sur la Toile : http://www.rsf.org/html/asie/rapport01/ChineJO.html, 11 juin 2001.
Reproduit sur le site Cybermétho avec l'autorisation de Reporters sans frontières :
version HTML : http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/cybermetho/doc/jo-rsf.html, 18 octobre 2007.
version PDF Cliquer sur l'icône pour obtenir une visionneuse PDF gratuite à imprimer  : http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/cybermetho/doc/jo-rsf.pdf, 7 septembre 2001.
http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/cybermetho/doc/jo-rsf-a4.pdf [taille A4], 10 septembre 2001

Le compte rendu critique ci-dessous suit les directives du module sur le compte rendu critique, où l'on trouve aussi des directives sur d'autres types de comptes rendus.



compte rendu suivi de remarques critiques

[mise en contexte]

À un mois environ de la décision du Comité international olympique (CIO) sur l’attribution des Jeux olympiques d’été de 2008, Reporters sans frontières, un regroupement de journalistes luttant pour la liberté d’expression, de concert avec deux autres organismes, Solidarité Chine et le Comité de soutien au peuple tibétain, a rendu public un mémoire dénonçant la candidature de Beijing.

[idées principales]

La candidature de Beijing serait l’une des mieux placées face à ses concurrents Istanbul, Toronto, Osaka et Paris. Au regard de l’esprit olympique, symbole de liberté et de justice, les trois organismes trouvent inacceptable de laisser à la Chine le soin d’organiser ces jeux.

Les auteurs estiment que, bien que depuis 20 ans leur pays s’ouvre, seule une minorité de Chinois ont vu leur sort s’améliorer et la Chine constitue un pays instable et répressif : instable du fait de diverses révoltes paysannes et ouvrières, répressif pour éviter une explosion sociale que les certains experts prédisent. Les Chinois sont ainsi privés de leurs libertés d’association, d’expression, de mouvement et de culte. La répression, en particulier depuis le massacre de la place Tienanmen, se traduit par des exécutions de militants démocrates, l’emprisonnement d’internautes, la destruction de lieux de culte au Tibet, des programmes de rééducation mentale dans des camps. Les Jeux pourraient donner lieu à des déplacements de population et à un « nettoyage social » aux alentours de Beijing.

Ses les auteurs, le futur dirigeant probable de la Chine, Hu Jintao, connu pour ses positions nationalistes et anti-occidentales, pourrait utiliser les Jeux à des fins de propagande idéologique. La population ne dispose pas d’une information pluraliste et le travail des journalistes, même étrangers, n’est pas aisé : on est en droit de s’interroger sur les tensions que créera la présence de milliers de journalistes à l’occasion des Jeux. Il en va de même sur les communications par Internet régies par des lois très strictes dont sportifs et journalistes pourraient être aussi victimes.

En outre, le phare médiatique que constituent les Jeux olympiques pourrait favoriser des attentats de la part d’opposants au régime. Les séparatistes du Xinjiang se radicalisent malgré la répression et pourraient porter le terrorisme au cœur de Beijing. Les Tibétains et leurs soutiens occidentaux ne manqueraient pas de rappeler, pendant les Jeux, le sort qui leur est réservé. Le Falungong, mouvement spirituel victime d’intolérance religieuse, n’hésitera pas non plus à se manifester.

Enfin, les auteurs craingnent que les camps de travail laogaï ne soient transformés en fabriques de produits dérivés des jeux, ce qui fut déjà le cas à l’occasion de la Coupe du monde de football en 1998. Cet esclavage moderne est antinomique de l’esprit olympique.

Bien que les sympathisants de la candidature chinoise affirment que l’ouverture créée par les Jeux va favoriser la libéralisation du pays à l’image de la Corée du sud en 1986, les auteurs du mémoire soutient que le pouvoir chinois voudra transformer cet événement en parade nationaliste. De nombreux pays pourraient boycotter les Jeux olympiques de 2008 en cas de victoire de Beijing, ce qui mettrait en péril l’existence même du mouvement olympique. Reporters sans frontières, Solidarité Chine et le Comité de soutien au peuple tibétain concluent en demandant que l’organisation des Jeux de 2008 ne soit pas confiée à la Chine, une des plus violentes dictatures au monde.

[critique interne]

Comme il s'agit d'un texte militant dont le style s'apparente à une charge contre la candidature chinoise, on n'y trouve pas une argumentation fine et tout en nuances. En revanche, les auteurs exposent la situation de manière claire, avec statistiques et témoignages à l'appui. Leur argumentation est cohérente et bien construite  elle fait même une place aux opinions des sympathisants de la candidature de Beijing, dont elle tente toutefois de démontrer la naïveté.

[critique externe]

S'il est vrai que la Chine ne respecte pas les droits de la personne au même titre que la plupart des pays démocratiques de l'Occident, les auteurs balaient néanmoins un peu vite l’argument voulant que l'attribution des Jeux de 2008 à Beijing puisse entraîner des effets positifs à cet égard.

Les auteurs craignent que la Chine n'utilise les Jeux à des fins de propagande et font à cet égard preuve d'une candeur étonnante (surtout de la part de journalistes). En effet, quel pays organisateur des Jeux n’a jamais essayé d’en tirer partie à des fins de politique intérieure, voire à des fins patriotiques sinon nationalistes ? Que l'on pense à Los Angeles, Moscou, Séoul ou plus récemment Atlanta, les Jeux ont constitué une vitrine de propagande pour le pays organisateur. Si la Chine est véritablement en passe de devenir une dictature nationaliste, anti-occidentale, ne serait-ce pas renforcer ce sentiment au sein de la population chinoise que de leur refuser les Jeux ? À coup sûr, ce refus serait exploité par la propagande du pouvoir.

D'ailleurs, il n'est pas évident que la tenue des Jeux olympiques à Beijing renforce le régime autoritaire de la Chine et l'exemple de Séoul mérite un regard plus attentif que celui que les auteurs y portent. En particulier, comme les auteurs le concèdent, rien n'assure que le pouvoir chinois sera en mesure de contenir toute la contestation latente. Olympisme et politique font bon ménage, qu'il s'agisse d'appui au pouvoir ou de contestation. Tout le monde se souvient des athlètes noirs américains tendant le poing vers le ciel à Mexico en 1968.

Rien n'assure non plus que le boycott affaiblirait le pouvoir des dirigeants de Beijing. En effet, une action concertée contre des dictatures fermées n'entraîne pas nécessairement l'affaiblissement d'un régime : qu'on pense à la Libye sous Khadafi, l'Irak sous Saddam Hussein, l'Afghanistan sous les talibans ou la Yougoslavie sous Milosevic. Les expériences passées de boycott des Jeux olympiques n'ont guère porté de fruits : qui se rappelle du boycott de Montréal, en 1976, par 31 pays africains (qui avaient demandé, sans succès, que la Nouvelle-Zélande soit exclue des Jeux, car une de ses équipes de rugby avait récemment joué en Afrique du Sud, dont la politique raciste était condamnée) ? À Moscou, en 1980, grâce au boycott de 65 pays, l’URSS a remporté 195 médailles sans cesser son agression contre l’Afghanistan, tandis qu'en 1984, à Los Angeles, l'absence du bloc communiste ne semble avoir pénalisé que ses athlètes.

[conclusion]

Si la dénonciation de l'autoritarisme chinois repose sur des faits indiscutables, l'argumentation de ce mémoire contre l'octroi des Jeux olypiques de 2008 à Beijing n'est pas convaincante. Reporters sans frontières, Solidarité Chine et le Comité de soutien au peuple tibétain ont tout de même le mérite d'attirer l'attention sur une situation controversée.



Auteur et collaborateurs

Auteur : François-Pierre Gingras, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.

Collaborateurs : La première version de ce résumé a été préparée à l'été 2001 par monsieur Pierre Simonneau, auxiliaire de recherche. La lecture attentive de monsieur Pascal Ntirampeba (chercheur postdoctoral au Laboratoire d’Analyse de corpus, usages et traitements, CNRS/École Normale Supérieure de Lyon) a permis de peaufiner le texte final.

Remerciements : L'auteur tient à remercier le Fonds d'initiatives pédagogiques administré par le Centre de pédagogie universitaire de l'Université d'Ottawa pour son aide financière et son directeur, le professeur Sergio Piccinin, pour son encouragement.



Comment citer cette page

François-Pierre Gingras, « Compte rendu critique de Reporters sans frontières, Solidarité Chine et le Comité de soutien au peuple tibétain, "Au nom des droits de l'homme, non à la candidature de Pékin aux J.O en 2008", mémoire soumis au Comité international olympique, Paris, 11 juin 2001 », Cybermétho, http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/cybermetho/modules/ex/jo-rsf-compterendu.html, 18 octobre 2007.


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Page affichée le 9 septembre 2001 et mise à jour le 18 octobre 2007.

e 18 octobre 2007.